01 Axe 1

année 2021-2022

Tracer des frontières, approche géopolitique

Pour se protéger : Le limes rhénan.

Pour se partager des territoires : la conférence de Berlin et le partage de l’Afrique.

Pour séparer deux systèmes politiques : la frontière entre les deux Corée.

archives———-2019-2020

TRACER DES FRONTIERES
1 – Pour se protéger : le LIMES rhénan

question préparatoire : à partir des trois documents ci dessous (textes doc 1 et 2, et carte doc 4) en quoi peut-on dire que le limes rhénan était une frontière ?

Document 1 : Des origines de Rome aux invasion barbares, M. Christol & D. Nony, 1974, p 152. (à associer au doc 4 p 145)

Dans la terminologie militaire du Ier siècle ap JC, le LIMES désignait les routes qui s’enfonçaient dans les territoires hostiles situés en avant des terres d’Empire, routes militaires, jalonnées de postes fortifiés (…) destinées à faciliter d’éventuelles offensives (…) Le terme désigne tout autre chose après Trajan (empereur 98-117), quand on renonça à l’offensive et quand les routes militaires devinrent exclusivement des voies longitudinales (…) : LIMES devint alors synonyme de frontière établie par l’homme par opposition à RIPA, frontière naturelle (rive de fleuve)(…)
A la limite des Champs Decumates, gagnés par les Flaviens (famille d’empereurs ayant régné de 69 à 96) sur la rive droite du Rhin, afin de réduire l’angle rentrant formé par le Rhin et le Danube supérieurs, on rebâtit en pierre les anciens forts de bois et, en avant de ces ouvrages, on creusa un fossé surmonté d’une palissade. Au contact de cet obstacle se trouvaient les forts de petites unités de surveillance, aux soldats semi-barbares, les NUMERI, qu’épaulaient à courte distance les camps des unités auxiliaires.

doc 4 limes rhénan

Document 2 : Le Haut-Empire romain en Occident, P. Le Roux, 1998,p. 392

Le mot LIMES est impropre parce que la réalité qu’il entend recouvrir ne répond pas à ce que fut l’organisation des frontières romaines. La ligne fortifiée et défensive qu’il suppose ne figure pas dans les sources ni sur le terrain, ce qui conduit à douter également de la stratégie envisagée à l’appui de cette définition (…) La notion même de grande stratégie est incongrue dans le contexte romain. Non seulement l’empire n’a jamais pensé une frontière idéale (…) mais il n’a jamais utilisé un concept unique pour tenter de localiser ses efforts militaires et représenter ses relations avec ceux de l’extérieur.

Document 3 : L’empire romain en mutation des sévères à Constantin, 192-331, J-M Carrié & A. Rousselle, 1999, p. 617

Cette fiction terminologique (l’emploi du mot LIMES comme une muraille, un rempart)a entraîné de graves distorsions dans l’étude des divers secteurs frontaliers. Elle a porté à généraliser des problématiques au mépris de la diversité des conditions régionales. Il importe au contraire […] de traiter de façon différenciée les problèmes défensifs de l’empire, selon les secteurs géographiques. La frontière rhéno-danubienne présente effectivement l’aspect d’une rocade militaire continue, et cette caractéristique s’est encore renforcée, sur le Danube, après l’abandon de la Dacie et la pression croissante des Goths […] Il n’en va pas de même en Orient où certaines zones frontalières […] sont pratiquement abandonnées à elles-mêmes […] Quand à la (Grande-)Bretagne, elle est le seul secteur à avoir été doté, avec le mur d’Hadrien, d’un ouvrage continu aussi puissant […]

document 4 : Fronts et Frontières, M. Foucher, 1991, p 64

Le limes germaniae et rhetiae, situé entre Rhin et Danube, était une route stratégique avec tours de garde en bois et remparts en argile entourant des castella, renforcée de palissades en bois hautes de 3m : environ 550 km de long, 1000 tours de garde, 100 castella. En fait 4 limes successifs furent construits, le dernier maintenu jusqu’au Ve siècle. Plus qu’une ligne fortifiée de manière continue, c’était une route fortifiée, pour la liaison Rhin-Danube, édifiée à la suite de l’échec de la conquête de la Germanie. En arrière, le territoire, d’abord colonisé par les Gaulois et des Germains, fut organisé sous le nom de Champs décumates, avec des colonies de vétérans, pour doubler la capacité de résistance.

TRACER DES FRONTIERES
2 – Pour se partager des territoires, la conférence de BERLIN et le partage de l’Afrique

préparation : question 1 p 149

montage : MTG AFRIQUE BERLIN 19-20

Document : L’Etat indépendant du Congo, extraits de l’article de J. Chailley, « L’Etat indépendant du Congo », dans L’économiste français, dec. 1899

Au mois de septembre 1876, une Conférence géographique, siégeant à Bruxelles, fut réunie par le roi Léopold et jeta les bases d’une vaste association […] Une seconde Société […] se fondait, deux ans plus tard, en novembre 1878, également sous les auspices du roi de Belgique. II s’agissait, […] d’étudier non plus l’Afrique en général, mais la seule et, d’ailleurs, vaste région du Congo.
Deux choses avaient décidé de ce choix. L’une, c’est que cette région était à peine explorée et encore inoccupée, […] l’autre, c’est que Stanley(1) parti de la côte orientale, venait aboutir à la côte occidentale d’Afrique, après avoir parcouru des contrées immenses, reconnu le cours du Congo et proclamé, après bien d’autres voyageurs, l’incroyable richesse de cette partie du continent.
En l’année 1886 1’État indépendant du Congo, alimenté par des fonds d’emprunt et par les contributions du roi de Belgique, devenu, sans autre lien qu’un lien personnel, souverain du nouvel État, se charge de toute la partie politique et administrative, laissant à d’autres le soin de la partie commerciale. […] Une première Société sous le nom de Compagnie du Congo pour le commerce le l’industrie […] avait un double objectif : 1° faire toutes opérations d’industrie et de travaux publics, de commerce et de finance dans l’État indépendant du Congo et dans les territoires avoisinants ; 2° étudier les moyens de communication entre le Haut et le Bas-Congo ; et, à cet effet, étudier et améliorer la navigation du Congo et de ses affluents, étudier, construire et exploiter tous chemins de fer et autres voies de communications […]
Mais il était évident que des deux objectifs signalés, le plus urgent était une voie de communication reliant ce bassin au reste du monde civilisé. Pour la Compagnie du Congo, la première chose à faire était donc de construire le chemin de fer reliant le Haut et le Bas-Congo.
Pour que le chemin de fer réussisse, il faut qu’il traverse des pays riches et facilement exploitables, afin que les produits de ces pays, rassemblés de toutes parts puissent affluer vers lui et lui fournir du fret…

(1)Journaliste anglais (1841-1904), en 1869 il partit à la recherche de Livingstone et les années suivantes explora le bassin du Congo.

TRACER DES FRONTIERES
3 – pour séparer deux systèmes politiques, la frontière entre les deux COREES

Pour vendredi 24
préparation : Revue de presse sur la rencontre Trump-Kim Jong Un du 30 juin 2019. (30 minutes)
consigne : à partir des médias que vous consulterez, répondre à la question suivante
Quelle place a la frontière entre les deux Corées dans cette rencontre ?
… vous donnez vos sources sous forme de liste des médias consultés (liens)

Pour le cours : MTG corée

le point de vue de M. Foucher en 1991 : FRONTSET

un article de 2010, en pleine tension nucléaire : article carto 2010

un article de 2013 sur la frontière : corée gde déchirure

rencontre inter-coréenne 2018 :

Il a suffi d’un pas, au sens propre du terme, pour que bascule l’histoire : le 27 avril 2018, M. Kim Jong-un a franchi la ligne de démarcation militaire divisant la péninsule, main dans la main avec son homologue, M. Moon Jae-in. Pour la première fois depuis 1953, un dirigeant de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) foulait le sol de la République de Corée, à Panmunjon (Panmunjon est situé à 52 kilomètres de Séoul et à 147 kilomètres de Pyongyang), du nom du village où l’armistice fut signé, la zone démilitarisée (DMZ) installée et la ligne de démarcation dessinée.

Les deux chefs d’État ne se sont pas contentés de ce geste symbolique. Ils ont adopté une déclaration commune, en trois points et treize sous-points. Une déclaration qualifiée par M. Moon d’« accord audacieux afin d’offrir à l’ensemble du peuple coréen et aux gens qui veulent la paix un grand cadeau », tandis que M. Kim parlait d’une « nouvelle histoire [qui] commence ».

Le point le plus important est évidemment l’affirmation que « l’objectif commun est de parvenir à une péninsule coréenne dénucléarisée. [Les deux pays] sont d’accord pour dire que les mesures déjà prises par la Corée du Nord (Le gel des essais nucléaires et des tirs de missiles et l’annonce du démantèlement du site de Punggye-ri, où ces essais étaient réalisés. Ce sera effectif le 24 mai 2018) sont très significatives et cruciales pour la dénucléarisation de la péninsule coréenne ». Il est révélateur que cet engagement n’arrive qu’à la fin du texte commun — la dénucléarisation complète de la péninsule n’est plus un préalable.

Au paragraphe précédent, il est d’ailleurs noté que les deux veulent « mettre fin à l’état d’armistice actuel, peu naturel, et instaurer un régime de paix ». Ils entendent négocier un traité de paix en bon uniforme. Et de préciser, quelques lignes plus loin, que ces discussions se dérouleront dans le cadre de « réunions trilatérales (les deux Corées et les États-Unis) ou de réunions quadrilatérales (avec la Chine) ». De quoi rassurer Pékin.

La déclaration s’ouvre sur « le principe selon lequel le destin de la nation coréenne relève de sa propre détermination ». Cela paraît anodin mais les interférences sont si grandes — et notamment celles des États-Unis au cours des dernières décennies — que l’affirmation a valeur d’engagement. De fait, depuis, les deux dirigeants se sont rencontrés deux autres fois dont une à Pyongyang, où s’est rendu M. Moon.

Sur certains points, ils sont passés des déclarations d’intention aux actes. Le 14 septembre 2018, ils ont inauguré un « bureau de liaison commun », comme ils s’y étaient engagés, dans l’ancienne zone industrielle conjointe de Kaesong (fermée par l’ancienne présidente de Corée du Sud, Mme Park Geun-hye). De même, comme prévu, ils ont commencé à déminer la zone démilitarisée (DMZ) qui sépare les deux Corées, à démanteler les haut-parleurs qui, de chaque côté, servaient à diffuser la propagande. Des premiers pas ont été accomplis pour « moderniser les chemins de fer » afin de « les connecter ».

Martine Bulard, dans Manière de voir n°162, dec 2018-jan 2019.