3 OTC Inde

Objet de travail conclusif : État et religions en Inde
Jalons
– État et religions : « sécularisme » et dimension politique de la religion.
– Les minorités religieuses.
– Des enjeux géopolitiques : l’Inde et le Pakistan.

———————————MARDI 2 JUIN

ETAT ET RELIGIONS EN INDE

plan

I – les aspects historiques et géopolitiques
1 – la Partition de 1947 et ses suites
2 – les tensions entre l’Inde et le Pakistan
II – Le monde indien et les religions
1 – l’hindouisme
2 – les minorités religieuses
III – Religion et politique
1 – le « sécularisme » indien, origine, réalisation et contradictions
2 – le nationalisme hindou

Entrer dans le monde indien ne laisse jamais indifférent. La masse humaine, la religiosité, l’ancienneté de la civilisation et sa richesse, la diversité qu’on a toujours du mal à retranscrire… Le monde indien est au singulier, mais c’est sans doute un erreur…. Imaginez qu’ils disent le nous « le monde européen »…
Donc, devant cet océan restons modestes et n’ayons pas l’arrogance de croire que nous pouvons comprendre l’Inde… Essayons déjà de l’approcher. Ce sera déjà pas mal…. Nos maîtres à penser nous demandent d’étudier la thématique « Etat et religions »… En quelques heures nous aurons le temps d’égratigner ce thème en le passant par trois grilles de lectures. D’abord la question historique et géopolitique, qui est celle qu’on abord déjà un peu à propos de l’indépendance de la colonie britannique. Cela posé, on s’approchera des question religieuses en Inde avant de voir les rapports entre religions et politique en Union Indienne depuis l’indépendance.

I – les aspects historiques et géopolitiques
1 – la Partition de 1947 et ses suites

La question de la partition de l’Inde est de celle qu’on a déjà vu de loin à propos de la décolonisation (en 3eme ????). Déjà , intégrez le nouveau sens du terme PARTITION qui ici ne signifie pas langage musical mais division en plusieurs parties… parties => partition…
L’inde devint britannique entre le milieu du XVIIIe et le milieu du XIXe.. Peu à peu, les Britanniques prennent toute la place, non seulement sur les Indiens eux-mêmes mais aussi sur les autres puissances coloniales présentes sur place, comme la France par exemple… La colonie indienne, « l’empire des Indes » était un territoire duquel la Grande Bretagne tirait une grande fierté. On passe rapidement sur le mouvement indépendantiste des années 1930 mené en grande partie par Gandhi et le parti politique du CONGRES… ce parti là est celui qui mène l’indépendance après la seconde guerre mondiale. Les revendications se multiplient en effet après la victoire de 1945.. Mais dans ces revendications les hindous ne sont pas seuls. La ligue musulmane menée par Ali Jinnah cherche à obtenir la sécurité pour les musulmans :il demande donc la création d’un PAKISTAN dans les zones dans lesquelles les musulmans sont les plus nombreux. Ces sur ces données que les négociations de la partition se lancent.

En 1947, le 15 août, ce sont donc 2 Etats qui naissent selon leur majorité religieuse : le Pakistan, musulman, l’Union Indienne majoritairement hindoue. Le Pakistan est un Etat composé de deux grands territoires séparés par l’Union Indienne. Voilà ce que ça donne de manière simplifiée :

partition 1947

Lors de la création de ces deux Etats, les populations ont suivi leur instinct de conservation et leur peur : des millions de musulmans ont décidé de quitter leur lieu de résidence dans la nouvelle Union Indienne pour rejoindre le Pakistan, et en sens inverse des millions d’hindous partirent des deux Pakistan pour entrer en Union Indienne. Ce chassé croisé de ces 15 à 20 millions de personnes ne s’est pas passé sans heurts : on dénombre un demi million de morts lors des affrontements rien que dans l’été 1947…

amritsar 1947

La gare d’Amritsar pendant l’été 1947….

Les relations s’annoncent compliquées entre les deux Etats

IndépendanceInde

L’équilibre entre les deux parties du Pakistan, occidental et oriental, est très difficile. Après une vingtaine d’années, le Pakistan Oriental décide de se séparer à son tour : c’est la création du Bangladesh en 1971. Les conditions de cette séparation sont là encore extrêmement violentes. Alors qu’un cyclone a balayé le pays en novembre 1970, me mouvement d’indépendance bengalais arrivant au pouvoir par les élections de décembre, l’armée pakistanaise multiplie les massacres d’hindous dans les premiers mois de 1971. Des centaines de milliers d’hindous fuient vers l’Inde. C’est l’intervention militaire de l’Inde en novembre 1971 qui fait reculer le Pakistan. Le Bangladesh devient indépendant en décembre 1971.

C’est l’islam qui détermine la création du Pakistan en 1947. L’Empire des Indes anglais se trouve divisé par une formidable poussée de la logique religieuse.
La division qui intervient ensuite, en 1971, entre le Pakistan et le Bangladesh, est, au contraire, la revanche du fait territorial sur le fait religieux.
A. Chauprade, Géopolitique, constantes et changements dans l’histoire, paris, 2003, p 398.

2 – les tensions entre l’Inde et le Pakistan

Avant d’aller vers le conflit entre le Pakistan et l’Union Indienne, une première carte pour percevoir les questions posées par la frontières occidentales de l’Inde :

cachemire LMD

On voit bien la mosaïque de peuples qui se dessine au Pakistant qui permet de comprendre les tensions entre l’Inde et le Pakistan mais aussi (en passant) l’implication des Pakistanais dans tout ce qui concerne l’Afghanistan….

Cette région du Cachemire est au coeur de l’affrontement entre les deux pays.. qui possèdent tous les deux la bombe atomique… ce qui ne rassure personne !!!

place à l’info :

Extrait de Courrier international du 20 novembre 2019 :

Le Cachemire, dont la population est à 80 % musulmane, est dirigé par un maharajah hindou, et celui-ci refuse d’opter pour le Pakistan. Le Pakistan réagit alors en coupant les routes entre le Cachemire et l’Inde. Une action qui pousse le maharajah à appeler l’Inde à l’aide. Delhi accepte, mais à une condition : que le Cachemire lui fasse allégeance. Le maharajah obtempère. Peu après, l’armée pakistanaise investit la région. Le 1er janvier 1949, l’ONU impose finalement une ligne de cessez-le-feu qui deviendra plus tard la ligne de contrôle, en actant le principe d’un référendum d’autodétermination que l’Inde renoncera finalement à organiser. Une partie de l’ancienne principauté forme, depuis 1950, deux États de la fédération indienne : le Jammu-et-Cachemire et le Ladakh.

En 1962, la Chine annexe une partie du Ladakh et la nomme Aksai Chin, devenue un territoire de la République populaire de Chine.

En 1965, puis en 1971, et encore en 1999, le Pakistan tentera d’aller au-delà de cette frontière non reconnue internationalement, sans succès.

Le 5 août 2019, conformément à sa promesse de campagne, le Premier ministre Narendra Modi, réélu pour cinq ans en mai 2019, décide de changer le statut des deux régions qui forment le Cachemire indien. Depuis le 31 octobre 2019, le Jammu-et-Cachemire et le Ladakh ont cessé de former un État de la fédération, avec une assemblée régionale et un drapeau, et sont désormais deux territoires administrés directement par New Delhi.

En image voilà ce que ça donne :
les conséquences de la partition de 1947 et la guerre Inde-Pakistan au Cachemire :
cachemire 47

les conséquences des affrontements avec la Chine dans les années 1962-1963 :
cachemire 6263

et les derniers soubresauts grâce à N Modi en novembre 2019 :
cachemire 2019

Les questions religieuse, historiques et géopolitiques sont bien imbriquées pour former un des problèmes géopolitiques les plus tendus de la planète et un des plus anciens avec la question de la Palestine. (Ce sont d’ailleurs tous les deux des conflits sortis de la décolonisation, britannique de surcroît, dit le prof français qui en a marre qu’on serine dans les manuels que les British ont beaucoup mieux négocié leurs décolonisation que la France qui n’a pas pu éviter 2 grandes guerres coloniales…)

II – Le monde indien et les religions
1 – l’hindouisme

Extraits de Les religions de l’humanité, M. Malherbe, Paris, 1993.

Sur l’hindouisme (p 210)

L’approche de l’hindouisme est profondément déroutante. On ne perçoit dès l’abord qu’un foisonnement de dieux aux formes étranges, au rôle mal défini, qui s’entremêlent dans une mythologie sans fin.
Pour faire bonne mesure, rien, semble-t-il, ne peut s’expliquer en français. Il paraît exclu que notre vocabulaire possède des équivalents, même approximatifs, pour rendre les notions mystérieuses de karma, dharma, yoga, mantra, etc… Certains occidentaux se passionnent pour cet exotisme où ils voient la révélation d’une spiritualité inconnue.

Sur les castes (p 214-215)

En 1955, une loi contre la discrimination raciale et religieuse abolit les barrières sociales et administratives résultant du système des castes en Inde. Contrairement à ce qu’on pense généralement, ce système n’est pas indissociable de l’hindouisme et de nombreux mouvements religieux qui en sont issus rejettent la notion de caste. (les quatre grandes catégories correspondent aux trois fonctions anciennes concernées par les sacrifices d’animaux) fournir la bête, la tuer et célébrer la cérémonie. Il s’agissait de fonctions sociales entre lesquelles n’existaient pas de cloisons étanches. Ces fonctions se retrouvent dans les trois premières castes :
brahmanes-prêtres
kshatriyas – guerriers
vaishyas, agriculteurs ou artisans.
Plus tard (…) le système se rigidifia tandis que les peuples envahis constituaient tout naturellement une nouvelle caste de serviteurs, les shudras.(…)
On appartient à une caste par la naissance et on y reste jusqu’à la mort. Ce système est extrêmement rigide. (…) Au cours des siècles la situation s’est compliquée à l’extrême, chaque caste ayant donné naissance à des sous-castes, au nombre de plusieurs milliers, qui correspondent généralement à l’exercice d’un métier.(…)
(pour une estimation de la répartition dans la population hindoue)
brahmanes 6%
kshatriyas 6%
vaishyas 6%
shudras 60%
hors-castes (intouchables-dalits) 15%
membres de tribus (non-classés) 7%
(…) Jadis l’appartenance à une caste fixait très précisément ce que chacun devait et pouvait faire. Par exemple, un brahmane ne pouvait absorber une nourriture préparée par quelqu’un de caste inférieure… Il y avait donc des restaurants pour brahmanes, à cuisiniers brahmane et ainsi de suite.(…donc) les brahmanes n’étaient pas tous prêtres(…) C’est la pureté rituelle du métier pratiqué qui caractérise une caste.
Cette rigueur s’est un peu assouplie (…) et le système des castes s’est figé dans un état ancien de la société, il n’y a pas de règle applicable pour les métiers modernes. L’Inde vit aujourd’hui un système composite où les castes jouent un rôle déterminant dans certains cas et n’ont plus grande importance dans d’autres situations. Le changement apporté par la loi de 1955 a surtout été appréciable pour les intouchables qui étaient jusque là, véritablement exclus de toute promotion sociale.

2 – les minorités religieuses

extrait de l’Atlas des religions, p 172, INDE :

L’hindouisme est pratiqué par 80 % des Indiens. D’autres religions, comme le sikhisme, le jaïnisme ou le zoroastrisme rassemblent des millions de fidèles mais restent marginales en regard de la démographie d’un pays peuplé de plus d’un milliard habitants. L’État indien officiellement laïque, et favorise la liberté de culte.
L’extraordinaire complexité de l’hindouisme, l’absence de dogme et de prophète qui la distinguent des religions révélées, font de l’hindouisme une religion hermétique et méconnue. À la fois monothéiste (croyance en Brahman, être suprême) et polythéiste (cultes de divinités inférieures), animiste par certains aspects, la religion hindoue s’est lentement constituée par syncrétisme, précédant de plusieurs siècles les Veda, textes qui en furent la première expression écrite plus de 1000 ans avant J.-C.
Plus de 13 % des Indiens sont musulmans, formant ainsi la deuxième communauté religieuse du pays. L’islam s’y est introduit dès le VIIIe siècle, et durablement renforcé sous la domination des Mongols.La constitution séculière de l’Inde garantit aux musulmans le droit de vivre selon la loi islamique.
Les chrétiens représentent 2 % des Indiens, et se concentrent dans le sud de l’Inde, dans les provinces du Kerala, du Tamil Nadu ou de Goa. De nombreux « intouchables » (dalits) se convertissent au christianisme pour échapper au système de castes hindoues.
Le culte sikh (sikhisme) rassemble 2 % des Indiens, et fut fondé au XVIe siècle par le gourou Nanak. Il s’est inspiré de l’islam et de l’hindouisme, en rejetant cependant le culte hindou des divinités inférieures à l’être suprême. Les Sikhs sont concentrés dans la province du Pendjab, au nord-ouest de l’Inde. La menace d’un séparatisme sikh avait poussé le gouvernement indien à réprimer durement les indépendantistes du Pendjab dans les années 1980. L’assassinat de la première ministre Indira Gandhi par un garde du corps sikh causa le massacre de plusieurs milliers de sikhs en 1984.

III – Religion et politique
1 – le « sécularisme » indien, origine, réalisation et contradictions

quand on a un souci de manuel, on le dit à gaby et voilà : 294-295

Questions 1, 2 et 3 p 295
+ question 4 p 297

296-297

les références DU spécialiste C. Jaffrelot… article jaffelot sécularisme

2 – le nationalisme hindou et les violences religieuses

question 2 p 297

tout est là : https://iesr.hypotheses.org/1742

et un peu plus ici : article jaffrelot nationalisme LMD 2014 pour LV.. c’est toujours du même auteur, spécialiste français… Quand on a une bonne source, on l’exploite !!!!

DOCUMENTATION ————————————————

Un peu de vocabulaire….

On parlera de laïcisation pour exprimer la volonté politique d’un Etat et de son gouvernement de modifier le rapport de force entre les Eglises et l’Etat en retirant aux Eglises leur influence ou leur pouvoir exercé sur la société (…) La laïcité est le résultat d’un processus historique et d’abord une réalité juridique, c’est-à-dire la façon dont la loi règle les rapports entre l’Etat et les religions. Certains pays ont choisi d’inscrire dans leur loi fondamentale, la constitution, cette notion de laïcité. La sécularisation est définie par les sociologues des religions comme la moindre emprise du religieux sur la société. Elle est moins une volonté politique qu’une évolution de la société dans son rapport au religieux. Elle se manifeste par le moindre respect du dimanche comme jour chômé en France par exemple (ouverture des magasins, etc.), la moindre influence des Eglises sur les lois régissant la vie sociale, et en particulier le droit de la famille (divorce, avortement, etc.). (…) Enfin, le terme « Sécularisme » (c’est le mot « secularism » qui est employé dans la Constitution indienne) est employée en Inde pour signifier la reconnaissance et le respect de toutes les religions, sans aller jusqu’à la notion française de séparation de l’Eglise et de l’Etat.

d’après https://ajei.hypotheses.org/files/2012/07/SJC04Paumier.pdf

pour un peu mieux comprendre…
Gandhi, le film de R Attenborough, vieux (1982) qui a permis de révéler Ben Kingsley et long (3heures) mais qui vous plonge dans la réalité indienne du milieu du siècle et les combats pour l’indépendance.
bien sur, « Slumdog Millionaire » de 2008 pour comprendre à la fois le bidonville de Dharavi et les heurts religieux…

pour les lecteurs..
le pavé de Lapierre et Collins, un must des années 1970, « Cette nuit la liberté » (1977) qui raconte à peu près la même chose en 700 pages. Ils ont écrit aussi d’autres bouquins sur l’Inde, comme « Il était minuit cinq à Bhopal » par D. Lapierre tout seul qui abord la question de la catastrophe de Bhopal (fuite de gaz toxiques) en 1984 qui fit des dizaines de milliers de morts dans les bidonvilles…

la source nécessaire et suffisante…
Soit un élève parfait…. (raisonnement par l’absurde)
En écoutant et en annotant ces émissions là, il en saurait plus que le prof… sans problème !

https://www.franceculture.fr/personne-christophe-jaffrelot.html

La dernière émission (la première accessible, du 210520) porte sur la pandémie… Et du coup on y retrouve les questions religieuses…. pas tout de suite….
https://www.franceculture.fr/emissions/cultures-monde/les-societes-face-a-la-pandemie-quatre-etudes-de-cas-44-inde-le-drame-du-confinement

C’est bien plus net dans des émissions que vous pouvez consulter sur la même page :
– Aux origines du nationalisme hindou (100320)
https://www.franceculture.fr/emissions/le-cours-de-lhistoire/des-indes-a-linde-les-avatars-du-nationalisme-24-aux-origines-du-nationalisme-hindou

– Inde : l’hindouisation à marche forcée (260220)
https://www.franceculture.fr/emissions/cultures-monde/foi-politique-pouvoir-religieux-34-inde-lhindouisation-a-marche-forcee

– Uttar Pradesh : au cœur du nationalisme hindou (100519)
https://www.franceculture.fr/emissions/grand-reportage/uttar-pradesh-au-coeur-du-nationalisme-hindou
– L’Hindouisme est-il un nationalisme ? (212218)
https://www.franceculture.fr/emissions/cultures-monde/pouvoirs-et-religions-les-liaisons-dangereuses-34-lhindouisme-est-il-un-nationalisme