01 LIMES

TRACER DES FRONTIERES
1 – Pour se protéger : le LIMES rhénan

question préparatoire : à partir des trois documents ci dessous (textes doc 1 et 2, et carte doc 4) en quoi peut-on dire que le limes rhénan était une frontière ?

Document 1 : Des origines de Rome aux invasion barbares, M. Christol & D. Nony, 1974, p 152. (à associer au doc 4 p 145)

Dans la terminologie militaire du Ier siècle ap JC, le LIMES désignait les routes qui s’enfonçaient dans les territoires hostiles situés en avant des terres d’Empire, routes militaires, jalonnées de postes fortifiés (…) destinées à faciliter d’éventuelles offensives (…) Le terme désigne tout autre chose après Trajan (empereur 98-117), quand on renonça à l’offensive et quand les routes militaires devinrent exclusivement des voies longitudinales (…) : LIMES devint alors synonyme de frontière établie par l’homme par opposition à RIPA, frontière naturelle (rive de fleuve)(…)
A la limite des Champs Decumates, gagnés par les Flaviens (famille d’empereurs ayant régné de 69 à 96) sur la rive droite du Rhin, afin de réduire l’angle rentrant formé par le Rhin et le Danube supérieurs, on rebâtit en pierre les anciens forts de bois et, en avant de ces ouvrages, on creusa un fossé surmonté d’une palissade. Au contact de cet obstacle se trouvaient les forts de petites unités de surveillance, aux soldats semi-barbares, les NUMERI, qu’épaulaient à courte distance les camps des unités auxiliaires.

doc 4 limes rhénan

Document 2 : Le Haut-Empire romain en Occident, P. Le Roux, 1998,p. 392

Le mot LIMES est impropre parce que la réalité qu’il entend recouvrir ne répond pas à ce que fut l’organisation des frontières romaines. La ligne fortifiée et défensive qu’il suppose ne figure pas dans les sources ni sur le terrain, ce qui conduit à douter également de la stratégie envisagée à l’appui de cette définition (…) La notion même de grande stratégie est incongrue dans le contexte romain. Non seulement l’empire n’a jamais pensé une frontière idéale (…) mais il n’a jamais utilisé un concept unique pour tenter de localiser ses efforts militaires et représenter ses relations avec ceux de l’extérieur.

Document 3 : L’empire romain en mutation des sévères à Constantin, 192-331, J-M Carrié & A. Rousselle, 1999, p. 617

Cette fiction terminologique (l’emploi du mot LIMES comme une muraille, un rempart)a entraîné de graves distorsions dans l’étude des divers secteurs frontaliers. Elle a porté à généraliser des problématiques au mépris de la diversité des conditions régionales. Il importe au contraire […] de traiter de façon différenciée les problèmes défensifs de l’empire, selon les secteurs géographiques. La frontière rhéno-danubienne présente effectivement l’aspect d’une rocade militaire continue, et cette caractéristique s’est encore renforcée, sur le Danube, après l’abandon de la Dacie et la pression croissante des Goths […] Il n’en va pas de même en Orient où certaines zones frontalières […] sont pratiquement abandonnées à elles-mêmes […] Quand à la (Grande-)Bretagne, elle est le seul secteur à avoir été doté, avec le mur d’Hadrien, d’un ouvrage continu aussi puissant […]

document 4 : Fronts et Frontières, M. Foucher, 1991, p 64

Le limes germaniae et rhetiae, situé entre Rhin et Danube, était une route stratégique avec tours de garde en bois et remparts en argile entourant des castella, renforcée de palissades en bois hautes de 3m : environ 550 km de long, 1000 tours de garde, 100 castella. En fait 4 limes successifs furent construits, le dernier maintenu jusqu’au Ve siècle. Plus qu’une ligne fortifiée de manière continue, c’était une route fortifiée, pour la liaison Rhin-Danube, édifiée à la suite de l’échec de la conquête de la Germanie. En arrière, le territoire, d’abord colonisé par les Gaulois et des Germains, fut organisé sous le nom de Champs décumates, avec des colonies de vétérans, pour doubler la capacité de résistance.