HIS 3.1 installation

spécial confinement…

————————————————-Pour le 28 avril 13h30..

discussion du 280420 : discussion 280420
Rappel : le mardi 5 mai, on reprend au II-2… un DM à rendre question 4 p 179…

voilà le cours en entier.. tout compris… ce que je vous aurais dit en classe et les exos qu’on aurait pu faire…
Dès que vous avez dit bonjour sur le fil de discussion, vous commencez la lecture en posant les questions le cas échéant… Je vous indiquerai ensuite qui fait quoi dans la première série d’exercices.
Puis on recommence lecture – exercice

le montage sur la Commune, c’est pour changer un peu.. pas de question
le discours de Gambetta, pas de question

INSTALLATION LENTE DE LA REPUBLIQUE
1870-1914
cours HIS 3.1

Intro

La fin du XIXe siècle est marquée en France par une stabilisation politique importante qui contraste avec les changements de régime nombreux depuis la Révolution…. Depuis 1799, on compte pas moins de 7 constitutions. L’abdication de Napoléon III, pris au piège dans la ville de Sedan le 2 septembre 1870 ouvre un autre épisode de cette succession de régimes. Les Républicains arrivent enfin à faire proclamer la République par l’assemblée législative de l’Empire… Mais contrairement à ce qu’il s’est passé depuis 1799, la situation politique et militaire ne permet pas la fixation immédiate du régime.. La République est proclamée, mais la France reste en guerre contre l’Allemagne qui se proclame Empire à Versailles, le 18 janvier 1871. La guerre s’arrête quelques jours après, la France accepte, par le biais de son gouvernement provisoire, les conditions d’armistice de l’Allemagne : Alsace Lorraine, indemnité de 5 milliards de francs. Mais Bismarck tient à ce que cet armistice soit validé et ratifié par une Assemblée élue. Les élections ont lieu en février et amènent une assemblée majoritairement monarchiste1 : les villes ont élu des candidats républicains, les campagnes plutôt des monarchistes qui veulent profiter de l’occasion pour restaurer le trône royal. Or cette assemblée, est celle qui met en place le plus long régime du XIXe : la IIIe République qui fut assez solide pour résister à la guerre de 14-18 alors qu’elle ne survécut pas à la deuxième guerre mondiale. Comprendre comment ce paradoxe fut possible : une assemblée monarchiste met en place une République ? Ce sera un des points fondamentaux de ce chapitre et cela explique la lenteur de la mise en place. Car proclamer la République ne suffit pas, il faut mettre en place les principes et les institutions nécessaires. Cela se fait dans une certaine agitation : d’abord celle de la Commune (mars-mai 1871) puis face aux contestations qui sont dès le début très vives. On perçoit certains paliers par lesquels le régime confirme l’adhésion d’un nombre de plus en plus important de Français : 1880 correspond à une acceptation à la tête de l’Etat : la République rassemble plus qu’elle ne divise. Les années 1900 correspondent à une période vive de lutte religieuse au cours de laquelle la laïcité devient une valeur de la République. Enfin le traumatisme de la première guerre mondiale est vécu par tous comme la défense du pays et de la République sans oppositions, au moins au départ.

I – la République proclamée

1 – La Commune

L’épisode de la Commune semble être le dernier sursaut révolutionnaire parisien, après la grande Révolution de 1789-1799, les différents soulèvements de 1830, 1848 surtout (février et juin), et dans une moindre mesure en 1851 lors du coup d’Etat de Napoléon III. Paris est épuisé par le siège mené par les Allemands. Les Parisiens sont majoritairement républicains et sont déçus des résultats des élections de février 1871. La concurrence entre le peuple parisien et le gouvernement de Thiers est évidente quand celui-ci décide le déplacement du gouvernement à Versailles (18 mars), symbole de tous les refoulements des quartiers populaires parisiens. A ce moment là les hostilités sont déjà engagées entre les Parisiens que l’on nomme Communards ou fédérés (en rapport avec la Fédération des Gardes Nationaux) et les « Versaillais ».
La Commune est donc ce soulèvement parisien qui a duré un peu plus de deux mois (72 jours), pendant lequel un pouvoir s’est installé et a dirigé le cours de la vie à l’intérieur de la ville de Paris. Si Lyon et Marseille ont connu des mouvements révolutionnaires en lien avec la capitale, ces soulèvements ont été sans suite, alors qu’à Paris il a tenu plusieurs semaines. Les épreuves de la guerre et du siège ainsi que le nombre de sympathisants et militants de gauche expliquent la durée et la profondeur du mouvement. Les souvenirs de 1848 sont encore vivants chez certains acteurs qui avaient vécu les journées de juin ; l’héritage de 1793 est une référence pour une bonne partie de ceux qui dirigent la Commune. Celle-ci démarre le 18 mars alors que la troupe gouvernementale essaye de récupérer des canons situés sur les hauteurs de Montmartre, dans le nord de la ville. Ces canons, confiés à la Garde Nationale, avaient pour but , pendant le siège, de tenir les Allemands à distance : le gouvernement veut les récupérer.. et ne pas les laisser aux parisiens. Il suffit d’une journée pour alerter ceux ci qui se mobilisent contre cette réquisition. Le soir même Thiers a quitté Paris et s’installe à Versailles.

Très vite un pouvoir se met en place à l’Hôtel de Ville dans le cadre de la Fédération de la Garde nationale (milice citoyenne créée sous la Révolution.. d’où l’appellation de « fédérés ») et organise les élections municipales à la fin du mois de mars. Sur près de 80 élus, on compte une majorité d’ouvriers et d’employés. Ils déclarent être attachés à la République et à l’autonomie communale. Rappelons que Paris n’est pas une commune et ce pratiquement depuis le Consulat : les autorités ont décidé que Paris était trop agité pour avoir ce genre d’autonomie (et cette situation a perduré jusqu’en 1976 !) Les décisions prises par la Commune rappellent parfois les décisions révolutionnaires : confiscation des biens des congrégations, mais aussi des mesures morales contre la prostitution ou les jeux de hasard.

…. En image : MTG commune

L’enseignement est généralisé et laïcisé. Même si en avril il est décidé de réquisitionner les ateliers abandonnés pour les mettre à dispositions d’associations d’ouvriers, il n’y a aucune mesure de collectivisation. En revanche les dérives policières font penser à la Terreur : les exécutions d’otages sont surtout courantes pendant la dernière semaine, du 21 au 26 mai, la Semaine sanglante, quand les forces versaillaises attaquent. Mais dès le 18 mars des officiers étaient abattus… Côté versaillais, les troupes ne font que très peu de prisonniers : dès le début lors de la prise du mont Valérien, les prisonniers « fédérés » sont fusillés.

Le nombre des victimes de la semaine sanglante s’élève à 877 du côté des troupes gouvernementales (et un peu moins de 200 disparus), entre 3 et 4000 de communards pendant les combats. On parle de 10 à 20.000 communards fusillés sans jugement. Les otages exécutés par les fédérés étaient une centaine, dont l’archevêque de Paris. Quelques 36.000 personnes sont arrêtées pour être jugées. Les 24 conseils de guerre sont encore au travail en 1877. Un peu plus de 10.000 ont été condamnés, 93 à mort, 251 aux travaux forcés et 4500 à la déportation.

Exercices : extraits des articles du Cri du Peuple, journal de J. Vallès, qui paraît du 22 février au 23 mai 1871. – [travail cri du peuple]
consigne répondez aux questions suivantes en utilisant des citations des documents :
1/ retrouvez les principes sur lesquels s’est construite la Commune.
2/ que veut la Commune pour la France ?
3/ quelles sont les idées des communards sur l’enseignement ?
TRAVAIL CRI DU PEUPLE
Rappel : vous ne donnez la réponse que quand vous êtes interrogés….
question 1
1A de Pasero à Voyer et 1M de Ribes à Volpei
question 2
1A de Beauvieux à Gafari et 1M de Allouch à Habre
question 3
1A de Gensollen à Mignot et 1M de Hartmann à Quatre
correction : CORR cri du peuple

Exercices : questions 1 à 4 p 173
question 1 et 2 p 173
1A de Beauvieux à Imbert et 1M de Allouch à Masse
question 3 et 4 p 173
1 A de Jahier à Voyer et 1M de Mawazini à Volpei

La Commune saigne l’extrême gauche parisienne pour une bonne dizaine d’années. D’un autre côté elle permet des recompositions politiques. Les républicains modérés rejettent la révolution parisienne. Cela permet de séparer les partisans de gauche les plus extrêmes des autres républicains.

2 – L’affirmation du régime 1875-1885

Le régime politique reste provisoire. Adolphe Thiers garde le pouvoir qu’on lui a confié en février 1871, alors que l’on s’attend à une restauration avec une assemblée majoritairement monarchiste. Pour 250 députés républicains, 400 sont monarchistes (divisés entre légitimistes et orléanistes). Pendant l’été, le prétendant au trône, le comte de Chambord (qui devrait devenir Henri V) précise qu’il adoptera le drapeau blanc de la monarchie. Cela provoque un crise chez les monarchistes. En effet, les orléanistes refusent le drapeau blanc et tiennent au drapeau tricolore. Les discussions se poursuivent, mais petit à petit, le régime se stabilise devant l’impossibilité de restaurer la monarchie (puisque les monarchistes ne sont pas d’accord entre eux et que l’idée républicaine fait son chemin…)
A la fin de l’été 1871, Thiers reçoit le titre -toujours provisoire – de président de la République. Deux ans plus tard il démissionne face à l’Assemblée qui se défie de lui. Il laisse la place à un officier, le maréchal Mac Mahon. L’Assemblée fixe son mandat à 7 années. Dès janvier 1875, alors que sont écrites les « lois constitutionnelles », on évoque le poste de président de la République dans les institutions. Il n’y a pas une constitution mais deux lois principales réglant les relations entre les différents composants de la République : le président, le gouvernement, l’Assemblée et le Sénat. Ainsi la « constitution » de la IIIe République est marquée par l’hésitation initiale. Malgré ce caractère, la IIIe république a quand même tenu plus de 60 ans, et si elle a été éliminée par la seconde guerre mondiale elle a quand même résisté à la première !
Après la fixation des règles institutionnelles, Mac Mahon, en butte avec l’hostilité de l’Assemblée, utilise le droit de dissolution de l’assemblée, le 16 mai 1877. Mais son calcul se retourne contre lui puisque les élections d’octobre amènent cette fois une majorité clairement républicaine. La campagne a été menée tambour battant par un républicain célèbre depuis son combat pour la République dès les années 1860, Léon Gambetta.[à voir le discours de Lille lors de la campagne électorale de 1877]
Devant la victoire républicaine, Mac Mahon reconnaît alors la liberté des parlementaires. Deux ans plus tard, alors que les républicains ont obtenu une majorité aux élections municipales et sénatoriales, il démissionne, en janvier 1879. C’est l’arrivée d’un authentique républicain au poste de président : Jules Grévy (ancien président de l’assemblée). Les Assemblées qui siégeaient à Versailles depuis mars 1871 s’installent à Paris.
A ce moment, la République semble admise et elle prend les décisions qui stabilisent le régime et crée les conditions d’une démocratie complète tout en intégrant définitivement des acquis de la révolution. Le drapeau tricolore, ainsi que la devise Liberté, Egalité, Fraternité sont définitivement adoptés, de même que la Marseillaise devient officiellement l’hymne du régime dès 1879. La fête nationale est fixée au 14 juillet (6 juillet 1880). Les communards sont amnistiés le 13 juillet 1880. Pendant l’été 1881, le droit de réunion publique est proclamé et la loi du 29 juillet 1881 met en place le régime très libéral pour la presse : les journaux ont une liberté totale de publication et de ligne éditoriale. Aucune autorisation préalable n’est demandée. Il existe des délits de presse limités à la diffamation ou la provocation. L’année suivante, les maires, jusque là nommés par les préfets et le pouvoir central, sont élus directement par les conseils municipaux (mars 1882). Ces années sont aussi celles de la création du système scolaire obligatoire et laïque (lois Ferry de 1880-1882). Les enfants étaient majoritairement scolarisés. La grande différence est le caractère obligatoire, la construction d’un système dirigé par l’Etat et la proclamation de la laïcité. Enfin en 1884, alors que du côté professionnel les syndicats sont autorisés, du côté de la société, une loi rétablit la possibilité du divorce qui avait été interdit sous Napoléon Ier (après que la Révolution l’eût permis)

II – les combats de la jeune république

1 – agitation populiste et antisémitisme

Alors que le régime clairement parlementaire est stabilisé au début des années 1880, l’opposition à ce régime existe déjà. Le fonctionnement du régime n’y est pas pour rien. Dès son arrivée, Jules Grévy a bien limité le pouvoir du président de la République par ses discours et par ses actes. Le personnel politique républicain de ces années là est très attaché à la représentation nationale : l’élu est véritablement l’émanation de la Nation. Le député n’est pas à Paris pour représenter les électeurs de sa circonscription, mais il a la charge de représenter la Nation, en son âme et conscience. De plus, à cette époque, la structure des partis politiques n’existent pas encore. Il y a certes des mouvements, des regroupements. Mais rien d’aussi formel que les partis politiques qui apparaissent au tournant du XXe siècle. Le député peut appartenir à un courant, d’une certaine sensibilité mais il se garde la liberté de voter comme bon lui semble ; il n’obéit pas à une discipline de parti. On est trop fier du mandat confié par les citoyens pour ne faire que suivre une décision d’un mouvement. D’où les périodes d’instabilité qui arrivent à plusieurs reprises dans l’histoire de la IIIe République.
Ayant une très haute idée de leur charge, l’ensemble des députés ne sont pas à l’abri de critiques. Dans l’ambiance de Revanche créée avec la défaite de 1870, les affaires internationales deviennent très sensibles. Les Français connaissent une grande ferveur coloniale dans les années 1880, on y reviendra. Les relations avec l’Allemagne sont aussi l’objet de toutes les attentions ; diplomatiquement, la France est isolée en Europe. Les dirigeants le comprennent et restent prudent. Les difficultés économiques se multiplient avec une situation complexe dans les années 1880. Le mécontentement populaire vise de plus en plus les parlementaire, développent ce que l’on nomme « l’antiparlementarisme ». Les députés et sénateurs sont régulièrement accusés de ne pas faire ce qu’il faut, d’en profiter et les affaires ne manquent malheureusement pas. Dans cette ambiance, l’arrivée du général Boulanger au ministère de la guerre en 1886 est appréciée. Il est très populaire quand il fait adopter par l’armée un modèle de fusil plus efficace, améliore les conditions de vie des soldats et fait peindre les guérites en tricolore. La revue militaire qu’il rétablit pour le 14 juillet 1886 est un grand succès. Le nationalisme du personnage ressort au moment de l’affaire Schnoebelé en 1887, quand un espion français est arrêté par les Allemands. Boulanger est prêt aux hostilités mais les parlementaires le sont beaucoup moins. Un des chefs radicaux, Clemenceau, lance à cette occasion là que la guerre est « une chose trop grave pour la laisser aux militaires »… Alors que le gouvernement est tombé assez vite, les responsables politiques ont jugé raisonnable de renvoyer Boulanger à Clermont Ferrand. Mais c’est sans compter sur la popularité que le personnage a acquise désormais. L’antiparlementarisme se déploie avec le scandale des décorations (le gendre du président de la République a détourné des décorations…) qui montre la corruption d’une partie du personnel politique du régime. Le boulangisme fait son chemin, regroupant ceux qui critiquent la forme actuelle de la République et demande une refonte de celle-ci avec leur slogan « Dissolution-Constituante-Révision ». Pensant se débarrasser du Général, on le met à la retraite en 1888 ce qui le rend éligible ; il est alors élu à Paris mais n’ose pas alors prendre le pouvoir par la force, ce que demande son entourage. Dès lors il s’exile en mai 1889 alors qu’il est poursuivi par la justice. Le « boulangisme » ne survit pas à son modèle.
Les partisans du général se retrouvent à l’extrême gauche comme à l’extrême droite. Le nationalisme à ce moment n’est pas spécifique d’un côté ou l’autre. Une des conséquences du boulangisme dans les années 1890 réside dans le développement d’un côté des différents courants socialistes et de l’autre du nationalisme. D’autres questions se posent avec le ralliement des catholiques au régime, accéléré par la prise de position favorable du pape lui-même qui cherche à réconcilier les catholiques français avec leur régime politique. Le scandale de Panama en 1892 redonne de l’audience à l’antiparlementarisme puisque des députés et même des ministres sont accusés d’avoir favorisé la multiplication des actions de la société du canal de Panama alors en grande difficultés financières. Dans ce contexte, il faut noter également le développement de l’antisémitisme qui se pose comme une explication des malheurs du temps. Si le régime va mal ? Si l’économie va mal ? Si la corruption se développe ? La solution antisémite est d’accuser les juifs de tous ces maux.
L’antisémitisme est un des éléments, mais pas le seul, qui ressort de l’affaire Dreyfus qui secoue la France profondément dans les années 1890. En 1894 un officier juif Dreyfus est accusé d’espionnage au profit de l’Allemagne. Alors qu’il proclame son innocence, Alfred Dreyfus est condamné fin 1894, dégradé en public en janvier 1895 et exilé en Guyane. Le journal antisémite La libre parole de Edouard Drumont explique la culpabilité de Dreyfus par son judaïsme. Drumont qui a écrit un pavé intitulé la France juive quelques années auparavant y voit la vérification de ses thèses. Il y voit aussi la confirmation de ce qu’il dénonce depuis longtemps, la multiplication des juifs parmi les sous-officiers. Mais si l’antisémitisme est une tendance de l’opinion à cette époque, il n’est pas le seul problème dans cette affaire. Dreyfus a-t-il été accusé seulement parce qu’il était juif ? C’est probable mais pas certain. Son caractère hautain et carriériste n’était apprécié de personne. Mais au delà des caractéristiques du personnage, ce qui est établi depuis c’est qu’il n’a pas commis ce dont on l’accuse. Le véritable coupable, espion donnant des renseignements aux Allemands par l’intermédiaire de l’ambassade à Paris, est un officier obscur et passablement marginal, Estherazy. L’écrit que l’on a utilisé contre Dreyfus est , en réalité, un écrit de Estherazy. Cela étant évident pour ceux qui soutiennent le combat du capitaine Dreyfus (son épouse, son frère, et le Lieutenant Colonel Picquart). En janvier 1898, Esterhazy passe en jugement et est acquitté. Picquart est arrêté, la défaite de Dreyfus paraît totale. Mais les soutiens de Dreyfus portent encore un coup : le 13 janvier 1898, le journal l’Aurore publie en première page sur 6 colonnes à la une la lettre ouverte que Emile Zola écrit ; Clemenceau trouve le titre : « J’accuse ». L’Affaire commence.
En effet dans les années précédentes, cette affaire n’en était pas une, ou du moins assez marginalement traitée par la presse. Du moment qu’un écrivain largement connu se met à défendre un accusé à tord, la presse se déchaîne, et la justice aussi… En effet Zola en accusant tout un tas de personnages de l’Etat et de l’Armée se met sous le coup de la loi du 29 juillet 1881. Les personnages visés accusent Zola qui doit passer en jugement et c’est son objectif : rouvrir le dossier Dreyfus, le mettre sur la « place publique » lors de son procès… Le problème principal est le refus de l’Armée de revenir sur le jugement de 1894. L’Etat major et le personnel politique ne veulent pas reconnaître l’erreur judiciaire. On pense alors que si l’Armée reconnaît la faute qu’elle a commise, elle s’affaiblit d’autant : comment croire encore que cette armée nous mènera à la revanche si on reconnaît qu’elle commet des erreurs de jugement ? L’ambiance de revanche de la guerre de 1870 et de l’humiliation de la défaite est fondamentale dans cette affaire. Les antidreyfusards qui soutiennent la position de l’Armée s’appuient sur la nation, la grandeur de la France. Ils sont nationalistes. On y retrouve les partisans de l’armée, de l’ordre, un grande partie des catholiques. A l’opposé, les partisans de Dreyfus s’appuient sur la justice et les droits de l’homme comme la Déclaration de 1789 les a défini. L’historien Michel Winock a proposé une mise en perspective des idées des deux groupes (M. Winock, Nationalisme,antisémitisme et fascisme en France, Seuil, 1990, p 165.)

Dreyfusisme

Antidreyfusisme

Vérité Autorité
Justice Ordre
Raison Instinct – lois naturelles
Universalisme Nationalisme exclusif (antisémite et xénophobe)
Droits de l’homme (individualisme) Préservation sociale

La presse se déchaîne : l’opinion se passionne pour l’Affaire et la presse relaye cet intérêt. En janvier 1898 les journaux sont majoritairement contre Dreyfus. L’opinion et la presse dépendent des informations données. La justice a condamné plusieurs fois Dreyfus, ce n’est sans doute pas pour rien peut-on se dire.. Les débats de l’année 1898 font évoluer l’opinion et la presse. Les thématiques en cause dans cette affaire sont très mobilisatrices en ce temps de développement du nationalisme. Les débats peuvent déchirer les familles comme le montre la fameuse caricature de Caran d’Ache, « un dîner en famille » :

carandache

L’Affaire se déroule sur une bonne dizaine d’années jusqu’à la réhabilitation complète de Dreyfus en 1906. Il en ressort une mise au clair des tendances entre gauche et droite en politique. Ayant défendu l’Armée et l’Ordre au nom de la Nation, la droite semble avoir récupéré le nationalisme. A gauche, le premier rang est donné aux droits et à la justice, contre les institutions et l’ordre, sans pour autant que la gauche puisse renoncer au patriotisme. Il ne s’agit pas de détruire la France pour eux, mais de sauver un innocent, là où , de l’autre côté, on se dit que l’ordre doit être sauvé coûte que coûte, même si un innocent doit en payer le prix.
Les sentiments antisémites et xénophobes ressortent également transformés de cette Affaire. Pendant plus de 10 ans ils ont été au cœur des explications des antidreyfusards. Le contexte intellectuel de l’époque favorise ce genre d’idées exclusives. Un racisme ordinaire est diffusé dans la population qui permet de comprendre pourquoi l’Europe domine aussi bien le monde, qu’il soit africain ou asiatique. L’Européen s’estime bien au dessus des autres populations : les races, le judaïsme et les étrangers en font régulièrement les frais. La ségrégation américaine est officielle en 1896, les habitants d’Aigues Mortes font une chasse aux Italiens en août 1893 et les Européens se sont divisés le continent africain sans se soucier d’une quelconque représentation des peuples du continent (congrès de Berlin 1884-1885).
Il n’en reste pas moins que les idées républicaines triomphent. Le régime se stabilise, malgré les oppositions et les agitations qui sont nombreuses : syndicalistes, anarchistes… Les premières années du XXe siècle voient la fin de la querelle religieuse et la fixation de la laïcité comme principe du régime.

2 – les principes de la République

Pour terminer, on va utiliser deux faits dans lesquels se manifestent ces principes républicains : les funérailles nationales de Victor Hugo en 1885 et la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat , vingt ans plus tard en 1905.
=> questions 1 et 2 p 179

———————————————–SEANCE 5 MAI

déroulement :
exercices p 183 + fin du cours…

puis exercices répartis harmonieusement….
voir en bas

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=> questions 1 à 5 p 183

La séparation de l’Eglise et de l’Etat est l’aboutissement d’un processus qui démarre assez tôt.
Les catholiques depuis le début du régime sont plutôt assimilés à des opposants, puisque la majorité de l’électorat catholique était plutôt favorable aux monarchistes. La création du système d’enseignement par les lois Ferry insiste sur le côté laïque, comme on a pu le voir dans les instructions de la Commune aux instituteurs et institutrices parisien(ne)s. Alors que les religieux étaient nombreux dans l’enseignement public, la rupture de Ferry est d’enlever l’enseignement des mains des religieux. Dès 1880, les congrégations subissent un régime un peu spécial puisque elles doivent être autorisées par l’Etat, les autres sont expulsées, et c’est le cas des Jésuites.. Dans les années 1890, les catholiques suivant le pape se rallient, avec plus ou moins de bonne volonté. Des organisations chrétiennes à caractère social se créent alors. Détacher les questions religieuses des questions publiques est fondamental pour les radicaux qui sont au pouvoir depuis 1899. Ils ont lancé la loi sur les associations en 1901, mais les congrégations religieuses ont un statut spécial , là encore soumis à autorisation. La loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat doit annuler les effets du Concordat de 1807, signé par le pape et Napoléon Ier, au terme duquel il existe un ministère des Cultes qui subventionnent les religions. Il s’agit de séparer complètement les deux et de profiter de la loi des associations pour que les fidèles puissent eux-mêmes gérer leurs biens. En 1904 toutes les congrégations sont interdites d’enseignement. Au terme de la loi de 1905, l’Etat confie la gestion des biens d’Eglise à des associations cultuelles, ce qui nécessitait un inventaire de ces biens… Ce fut alors l’occasion d’une grande agitation pendant 3 mois au début de l’année 1906, puisque la circulaire prévoyait l’ouverture des tabernacles. Le gouvernement Clemenceau décide de suspendre les inventaires prévus.

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le deal :
vous avez des sujets E3C sur documents sur le chapitre… Votre objectif n’est pas de faire un écrit, mais d’être capable d’en discuter à l’oral après une quinzaine de minutes de réflexions… et quelques traces sur un brouillon….
voilà la répartition :
groupes différenciés bis
et les 4 exercices :
exo 1
exo 2
exo 3
exo 4

Voilà la partie correction :

Dans ces cas là, de ce côté là des copies, on se dit qu’on raté quelque chose…
La plupart de vos intros, quel que soit le groupe, manque de présentation des docs.. Il me semblait vous l’avoir dit d’une manière ou d’une autre.. Dans l’intro d’une étude de doc, on présente les docs… On essaye de lancer le devoir, , donc avec une phrase pour démarrer qui est toujours la plus complexe à trouver, parce que c’est souvent celle qui donne le ton de la copie… Mais bon, tous les profs qui corrigent le bac ne se prennent pas pour des correcteurs de concours… Donc chacun fait comme il peut.. Après la présentation des docs, faut annoncer la PB et le plan….
Je ne vous dis pas que ce qui suit est un modèle à suivre, mais considérez cela comme une correction possible… J’ai essayé partout de faire une présentation (date-auteur(quoique…)-nature-intérêt) suivie d’un rappel de la PB et de l’annonce du plan.. Le tout en UN SEUL PARAGRAPHE…. Le plus idiot serait de ne pas utiliser cela. Le moins idiot consisterait (pour tous, rares sont les 10/10 à l’exercice) à refaire votre intro ou celle d’un autre sujet, voire les 3 autres, juste histoire de vous entraîner et de les comparer au corrigé ci-dessous… A vous !

sujet 1

La IIIe République s’est stabilisée avec les années 1880, quand les républicains prennent définitivement le pouvoir après quelques années d’hésitations politiques. Le document proposé ici en est une belle illustration. Cette lithographie anonyme montre le défilé des bataillons scolaires lors du 14 juillet 1883. C’est la fête de la toute nouvelle symbolique républicaine : fête nationale, drapeaux, école.. Cette œuvre se veut davantage idéologique que figurative, même si le dessin de la place de la République est respectée. Cette illustration plutôt populaire, d’une facture assez simple : c’est un document que l’on rencontre dans la petite bourgeoisie voire en milieu ouvrier, loin de la peinture officielle de la même époque. Par son contexte plutôt modeste ce document nous permet de percevoir l’adhésion des Français à la République. Pour cela on présentera d’abord les décisions des années 1880 correspondant à certaines valeurs, visibles sur l’image, puis nous regarderons les symboles qui apparaissent dans un document qui n’est pas seulement un souvenir d’un évènement mais doit également considéré comme un objet de propagande républicaine.

Sujet 2

La Commune (mars – mai 1871) fut pour certains historiens la dernière manifestation d’une révolution populaire. Louise Michel est un personnage devenu légendaire pour sa participation. Les documents qui nous sont proposés ici brossent le portrait d’une révolutionnaire. Le premier texte est une lettre de Louise adressée à G. Clemenceau en mars 1871, au début des évènements, qui reprend les décisions de citoyennes. L’engagement y apparaît sans fard, à l’état brut des décisions prises dans le feu de l’action. Le deuxième texte est un extrait des minutes du procès de Louise Michel à la fin de la même année 1871. Là encore son engagement est facilement visible, tellement elle le revendique. Ces deux documents montrent donc, l’un, l’action révolutionnaire de Louise Michel et l’autre son attachement passionnel à la cause de la Commune. Voilà comment ils nous permettront de percevoir les combats de la Commune pour les idées de République sociale et anticléricale. On pourra dans un premier temps s’intéresser aux aspects sociaux, la question des femmes, des ouvriers de la pauvreté et dans un deuxième temps voir la réaction anticléricale des communards qui s’est traduit par l’exécution d’un bon nombre de clercs pendant la Commune.

Sujet 3

L’année 1898 est celle du déclenchement de l’Affaire Dreyfus. Les deux documents en proviennent en ligne directe et constituent de bons témoins des oppositions d’alors. Le document 1 est une « une » d’un journal opposé à Dreyfus, caricaturant des personnages engagés pour la réouverture du dossier du capitaine accusé à tord. Le doc 2 est le premier manifeste de la ligne des droits de l’homme fondé pour défendre Dreyfus et tous ceux qui pourraient être inquiété dans une erreur judiciaire et le non respect de leurs droits. Ces deux documents témoignent de cette division profonde qui marque la société française à la fin du XIXe à propos de cette affaire. Dans un premier temps on reprendra le déroulement pour ensuite préciser les thématiques opposants les deux bords irréconciliables avant de voir quelles furent les conséquences sur la société.

Sujet 4

Après le dénouement sanglant de la révolte populaire de la Commune, la république vit quelques années d’hésitations avant de se stabiliser au début des années 1880. Les deux documents présentés ici proviennent de deux périodes. Le document 1, discours de Gambetta lors de la campagne de 1877, après la dissolution de la Chambre par Mac Mahon, témoigne des capacités rhétoriques de ce héraut de la République mais également de la situation politique du moment alors que des monarchistes sont encore élus ou peuvent l’être. Là où certains se posent la question du suffrage, Gambetta répond en montrant les avantages du suffrage universel. Le deuxième document est une peinture, très officielle et en grande partie idéologique montrant ce suffrage universel. Daté de 1891, il présente une élection, et le parallèle avec le discours de Gambetta une quinzaine d’année avant est tout à fait pertinent. Entre ces deux dates, le régime républicain s’est enraciné et a été adopté par les Français de toutes catégories sociales. On pourra retrouver dans un premier temps les pratiques politiques liées au régime et dans un deuxième temps les symboles qui facilitent l’adhésion de tous.