HIS 4.1 Guerre

LA PREMIERE GUERRE MONDIALE

Nous voilà au pied d’un chapitre que vous connaissez déjà, qui fait l’objet d’une grande débauche d’émissions (pas autant que la 2GM toutefois…) et qui , à l’occasion, provoque l’intérêt des élèves…. Donc , alors que le bateau fuit de toutes parts, il faudrait que je redise de manière forcément maladroite , rapide et confinée, ce que d’autres vous ont raconté, en cours ou sur l’ordi ou dans la télé, avec bien des historiettes édifiantes, images inédites et autre colorisation.. Je suis un vieux prof qui n’a que quelques unes des armes mises sur le marché, et en plus j’ai horreur de verser dans le « show off ». Voilà donc ci dessous le reste du reste, traduisez ce qu’on trouve quand il n’y a plus rien. La première guerre comme on aurait pu l’improviser en 1 heure à la bourre.. C’est sans doute pour certains d’entre vous, une grande passion de voir les humains s’entredéchirer (ne sommes nous pas férus de Game of Thrones ?) mais il y a des limites… Cette guerre de 14-18, celle que ses combattants auraient voulu être la « Der des Der », elle est en quelque sorte la clef de compréhension du XXe siècle… Sans 14-18, il n’y a pas de révolution russe donc pas d’URSS, et peut être pas de seconde guerre mondiale.. Sans 14-18, pas cette ponction sur la population européenne (surtout) accélérée par la pandémie de grippe espagnole….
=> Parole aux Décodeurs du Monde :
C’est la plus grande pandémie du XXe siècle. La grippe espagnole s’est propagée en 1918 et 1919 dans le monde. En France, elle a duré un peu plus d’un an entre avril 1918 et mai 1919. Elle s’est poursuivie jusqu’à l’été 1919 en Océanie. Le chiffre établissant 50 millions de morts est plutôt juste. Il s’agit même de l’estimation basse. « Les premiers chiffres en 1919 ont donné un bilan autour de 20-30 millions de morts », explique Freddy Vinet. Or, « il y a eu une réévaluation en 2002 avec un bilan situé plutôt entre 48 et 100 millions de victimes, avec de grosses inconnues sur le nombre de décès en Chine, en Russie ou dans le monde ottoman ». Au total, de 30 à 50 % de la population mondiale aurait été touchée. En France, les sources s’accordent autour du chiffre de 240 000 morts. (https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2020/05/15/peut-on-comparer-les-mesures-prises-face-a-la-grippe-espagnole-de-1918-et-face-au-covid-19_6039799_4355770.html)

Oui le détour était long, mais bon d’une pandémie à l’autre ça vaut le coup de prendre le temps… Bref ! Tout ça pour dire que la 1GM reste la première guerre impliquant le monde entier… et qu’elle fut inattendue, dans son déroulement comme dans ses conséquences… Il en est autrement de ses origines. Pour bien repérer les composantes de cette matrice du XXe siècle…. pas de problématique, car poser une question pour les attentes du BO équivaudrait à poser une stupide question descriptive qui vous ferait croire à sa validité.. Pas de question de PB… juste deux directions pour décrire cet embrasement : d’abord ce qui concerne le début et le déroulement, puis dans un deuxième temps, les conséquences immédiates, sur les colonies et sur l’empire de Russie.

I – La Grande Guerre
1 – les origines
La question des origines de la guerre a permis de nombreuses productions historiennes qui ont cherché, glané, récolté, ratissé les différentes causes possibles. Traditionnellement, comme vos parents l’ont appris, on a distingué les causes indirectes et les causes directes.. Là je pourrais prendre le temps de faire un peu d’historiographie… Non , mais.. Comme si on avait le temps !!!!
Les causes indirectes sont de natures diverses…
– territoriales et nationales disons.. La 1GM prend feu sur des revendications territoriales et nationales que ce soit à l’ouest entre le Reich et la France à propos de l’Alsace et de la Lorraine ou que ce soit à l’est à propos des territoires des Balkans qui recherchent d’une manière ou d’une autre à être indépendants de l’empire d’Autriche-Hongrie. Sans revenir sur tous les événements qui ont émaillé le devenir de l’empire ottoman, il faut quand même signaler que depuis la fin du XIXe siècle cet empire commandé par le Sultan depuis Istanbul, perd du terrain en Europe… Les alliés d’hier (européens) unis contre les Ottomans se retournent les uns contre les autres entraînant deux « guerres balkaniques » entre 1912 et 1913… On a très chaud en Europe à ce moment là… Je ne dis rien de plus de l’idée de Revanche en France, l’Affaire Dreyfus est là pour montrer cette obsession de l’Allemagne et de la reprise de l’Alsace..
– économiques et impérialistes. Le monde de 1914 est un monde libéral et capitaliste, comme le nôtre ! Libre concurrence, placement des firmes dans le monde entier, courses aux marchés, dans le cadre de la colonisation.. Cette ambiance concurrentielle prend parfois des aspects d’affrontement ou de tensions internationales… Bismarck a tout fait en 1885 pour calmer les puissances coloniales mais cela n’empêche pas les incidents… Le plus connu et celui qui fit monter la pression reste le discours du Kaiser Guillaume II à Tanger en 1905 : les Allemands sont présents pour soutenir le Maroc contre les prétentions françaises… L’affaire est réglée par la diplomatie lors de la conférence d’Algésiras en 1906… Quelques années plus tard , alors que la France conquiert gaillardement le Maroc, un navire allemand menace Agadir pour rappeler à la France que le Maroc est déclaré indépendant et qu’elle n’a pas tous les droits. Scandale.. Là on est très près d’une guerre franco-allemande.. Mais non, là encore la diplomatie se débrouille et réussi à faire reculer l’Allemagne dans un traité dans lequel la France échange sa liberté de manœuvre au Maroc contre un territoire d’Afrique : le Cameroun… Donc les tensions existent entre puissances européennes à cause des colonies. L’Allemagne de Bismarck n’en voulait pas ou très peu. Après le départ du chancelier (1890) le Kaiser a entrepris une politique mondiale du Reich en essayent de conquérir des territoires…
– commerciales : les pays européens sont en concurrence commerciale, ce qui peut aider à nourrir des haines réciproques , d’autant que les idéologies nationalistes se sont bien développées
– nationalismes….?

Les causes directes se résument à l’assassinat de François Ferdinand… Ben non, en fait l’assassinat a lieu le 28 juin 1914 et la guerre ne commence que début août. En fait si l’on regarde de près, la réaction n’a pas été immédiate. L’héritier autrichien est assassiné en Bosnie par un Bosniaque pro-Serbe, pas très net, qui refuse la politique Autrichienne en Bosnie. François Ferdinand n’était pas très apprécié par l’empereur autrichien. L’ultimatum autrichien vis à vis de la Serbie ne part qu’à la fin du mois de Juillet. Les provocations autrichiennes se multiplient.. Bref… On veut en venir aux armes. Les Autrichiens consultent les Allemands avant de lancer l’ultimatum.
Le souci c’est que l’affaire ne peut pas rester entre la seule Autriche et la seule Serbie… Chacune est alliée : la première avec l’Allemagne et l’Italie, la seconde avec la Russie, elle-même alliée de la France et de la Grande Bretagne.
Les dernières guerres du continent n’ont duré que quelques mois. Rien n’empêche les dirigeants d’imaginer faire une guerre courte qui se terminera avec les tractations des diplomates…Et tout le monde s’y précipite !

2 – phases et caractères

On ne va pas pousser trop loin la gageure..

Les soldats de tous les pays se lancent avec rage dans la guerre, même si il y eut des opposants à la mobilisation : cette opposition n’a pas été publique ni remarquée ! Le mouvement d’entrée dans la guerre est apparemment unanime partout, puisque tout le monde semble persuadé que chacun rentrera chez soi rapidement. Vous connaissez la suite.

Les phases sont connues et simples : mouvement-position-mouvement
mouvement : de l’été à l’hiver 1914
position, c’est-à-dire les tranchées, l’obsession de la percée, la débauche d’artillerie… de l’hiver 14-15 jusqu’au printemps 1918
mouvement : de mars à novembre 1918

La guerre est marquée par l’association entre la guerre, la technique et la science. Les pièces d’artillerie s’agrandissent, les avions sont inventés pour le combat, les sous-marins fonctionnent bien, le camouflage s’apprend (surtout en France où les soldats étaient en bleu et rouge au début !), la radio est utilisée et surtout l’industrie fait la guerre… Tout ça vous l’avez amplement vu dans les classes précédentes (économie de guerre, munitionnettes etc…). (cf p 295)
Guerre totale, guerre d’usure, guerre économique, guerre de propagande… L’ampleur de la guerre sidère. La hargne des soldats, la longueur des bombardements, le nombre des morts, la réduction de la vie humaine à si peu de chose… Sans compter les questions génocidaires qui font leur apparition (cf p 298-299)

Pour ceux qui en veulent davantage, n’hésitez pas à aller vous confronter aux pages
260-261 pour la première phase de mouvement,
268-269 pour une des batailles de la guerre de position (La Somme, 1916)qui a lieu pendant le grand sacrifice français de Verdun… Comme on l’a étudié pendant les 15 ans qui ont précédé, les officiels ont sans doute voulu changer un peu….
274-275 pour la reprise de la guerre de mouvement en 1918…

Les récits de batailles sont sans fin… toujours des pauvres gars qui se font bombarder la nuit pendant des heures, dorment à côté des cadavres, se font mitrailler le lendemain, meurent accrochés aux fils de fer barbelés, envoyés au front par des officiers qui restent au chaud… la connaissance des détails des opérations, des tactiques fait partie de la passion de certains. Désolé, je n’y suis pas ! Le sacrifice de ces p’tits gars qui n’attendaient rien d’autre que la vie à vos âges a bien été exploité pour formater des générations de jeunes qui devaient être prêts à donner leur vie pour la patrie… Respect.. Oui, bien sûr… sauf que pour des élèves, les sacrifices des poilus sont aussi vivants que ceux de Jeanne d’Arc ou des soldats de 1870 ou de Valmy…
Pour comprendre ce que signifie la guerre pour un jeune de cette époque, lisez Voyage au bout de la nuit. Il a beau avoir été proche des nazis pendant la seconde guerre, L.F. Céline décrit avec merveille l’absurdité de cette guerre (et puis les colonies aussi…)…
Allez ça suffit !

II – une guerre mondiale
1 – la guerre et les empires coloniaux

Le nationalisme associé au colonialisme ont permis aux peuples colonisés de participer à cette Grande Guerre… Comme la France s’enorgueillissait d’avoir une population coloniale supérieure à celle de la métropole, naturellement les colonisés ont été mobilisés, bien entendu sans être volontaires ! Les tirailleurs sénégalais sont les plus connus (cf p 262), mais il ne faut pas oublier non plus les troupes d’Algérie (colons pieds noirs et colonisés musulmans) et les Annamites. Les troupes du Commonwealth britannique sont engagées sur tous les fronts. On les retrouve en France comme sur la mer Noire (p 266-267). C’est la population blanche coloniale qui est mobilisée essentiellement.(A voir La promesse d’une vie de R. Crowe -2015- racontant l’histoire d’un père australien à la recherche de ses trois fils disparus dans le débarquement à Gallipoli en 1915….)

2 – les révolutions russes et la fin de l’empire

En 1917, comme une sorte d’annonce fatale pour les empires –ça ce n’est pas de l’histoire c’est du sous-lyrisme qui se la joue historien, vous comprenez ? ça ne veut rien dire (alors pourquoi tu le dis ?.. pour que tu te le fourres dans le cerveau, Béotien !)-, la Russie sombre dans la Révolution. C’est le premier empire à s’écrouler. Les trois autres engagés dans les hostilités n’en sortiront pas indemnes : l’empire d’Autriche, l’empire allemand et l’empire ottoman tous les trois s’effondrent à l’issue de la première guerre mondiale. L’année 1917 est marquée sur le front par la multiplication de mutineries dans tous les camps (cf p 300-301)

La fin de la Russie tsariste n’est pas la conséquence de la seule guerre, mais elle l’a accélérée. La contestation du régime tsariste est ancienne et remonte à la fin du XIXe siècle. Quand Nicolas II monte sur le trône en 1896, il gouverne d’une main de fer, tout comme son père. La révolte de 1905 est le signe de son manque de souplesse. La troupe tire sur la foule de manifestants. Quand 9 ans plus tard, il fait entrer la Russie dans la guerre, conséquence des alliances avec la France et la Grande-Bretagne, l’empire reste fragile, même si on peut croire que c’est encore un colosse. Mais les premiers engagements ne sont pas favorables. Après 3 années de guerre, des mutineries et des oppositions nombreuses, de gauche comme de droite, l’empire s’écroule en deux temps. D’abord en février 1917 puis en octobre 1917.

Là encore on pourrait reprendre un peu d’historiographie car les historiens communistes s’en sont donné à coeur joie sur la thématique révolutionnaire, des deux révolutions (bourgeoise d’abord, communiste et populaire ensuite), la théorie des deux pouvoirs (le gouvernement provisoire après la 1ere révolution d’un côté et le peuple et les bolcheviques de l’autre)etc…
sans s’embourber dans la chronologie il faut bien séparer les deux révolutions de 1917 car ce ne sont pas les mêmes.
La première, de février 1917, est une révolte spontanée, populaire, sortie de la contestation de la population (des femmes !) ne voulant plus assumer les privations imposées par l’économie de guerre. En résumé : le peuple a faim et la troupe ne voit plus le sens du combat… Révolution spontanée alors que Nicolas II est sur le front. La manifestation n’est pas réprimée par la troupe qui fraternise avec les manifestants. Le reste s’ensuit. L’abdication de l’empereur, puis de celui qui est désigné pour le remplacer. Le gouvernement provisoire est mis en place avec Kerensky. La guerre continue… Les choses semblent donc changer assez peu. De fait c’est toute la société d’Ancien Régime qui s’écroule. La surveillance qui s’exerçait sur l’extrême gauche révolutionnaire se relâche. Ils ne sont pour rien dans les événements de février, mais Lénine le premier, ils fourbissent leurs armes pour prendre le pouvoir. La période février-octobre est celle du renforcement de l’influence du mouvement de Lénine, les Bolcheviques, l’intérieur de la gauche… Cette influence est telle que les nouvelles structures mises en place avec la révolution de février, les soviets, ce sont des « conseils » d’ouvriers et de soldats, sont souvent favorables aux bolcheviques. Ceux-ci préparent la prise de pouvoir. Et alors que la réunion des représentants des Soviets de toute la Russie se profile pour octobre, Lénine lance la prise du pouvoir la veille de la première réunion pour que le congrès des soviets valide et légitime la prise de pouvoir qui est faite au nom des Soviets… Donc si février est une révolution spontanée, octobre est un coup d’Etat minutieusement préparé.

En prenant le pouvoir les Bolcheviques établissent un régime communiste inspiré du K. Marx mais bien revu par Lénine lui-même qui ne fait pas que théoriser mais applique aussi un certain nombre de principes. La lutte à mort démarre avec l’année 1918 entre les partisans et les opposants de ce nouveau régime. On peut y voir la matrice du XXe siècle : communisme, puis nazisme, puis guerre froide… Certains défendent même que s’il n’y avait pas eu de communisme , il n’y aurait pas eu de nazisme..Avec des si… On peut voir cette prise de pouvoir comme le résultat des exaspérations des Russes eux-mêmes. On peut y voir le résultat de la Révolution Industrielle, le communisme est né de celle-ci… Bref on peut dire beaucoup de choses, et beaucoup de bêtises également… Retenons pour cette partie du cours que la révolution communiste est sortie des exaspérations d’une population soumise au régime autoritaire du tsar, exacerbées par les difficultés de la guerre. Lénine parlait de l’accélération de l’Histoire, la révolution qu’il a menée en Russie en est une preuve ! Mais n’oublions pas que le communisme ne s’est pas établi en Russie après une révolution spontanée, mais après une opération menée par une minorité armée et minutieusement programmée.. Qui n’a pas été immédiatement remise en cause, d’ailleurs ! Cela est une autre histoire !

Cette première guerre mondiale fut effectivement une première. Pourtant on ne peut pas dire qu’elle fut la première guerre du nationalisme : les guerres révolutionnaires, les guerres du XIXe siècle le furent tout au tant. Elle fut nationaliste, mais pas seulement. La société industrielle toute entière s’engagea dans cette guerre : tous les composants de cette société firent la guerre : ouvriers, usines, acier, chimie, aviation, voiture, artillerie.. Tout devînt guerre. Cette totalité eut raison de l’humanité, il n’est que de voir les dégâts, le bilan humain, le bilan moral… L’idéologie nationale, la force de l’Etat, les progrès industriels, la toute puissance de la science expliquent largement la profondeur de cette guerre. Le soldat s’acharne pour faire mourir et pour se garder en vie. Cela ressort par la suite car la guerre a « brutalisé » les sociétés, c’est la thèse de l’historien G. Mosse pour qui cette brutalisation explique les changements des sociétés avec la première guerre mondiale et explique aussi le succès du fascisme chez les anciens combattants italiens, comme celui du nazisme chez les anciens combattants allemands.

d’abord on souffle ici : http://dgab.coursbastide.fr/?p=7142
ensuite on passe au HIS 4.3 directement…