Démocratie s1

LA DÉMOCRATIE C’EST FINI….

Voilà le genre de question , comme l’a écrit un élève, qu’on « se pose, on répond non et on passe à autre chose »… Sauf que la question doit être posée.. C’est bien d’ailleurs la nature même de la démocratie d’être questionnée… Mais le questionnement que l’on voudrait porter n’a pas grand chose avec les affirmations à l’emporte pièces lisibles dans plusieurs compte rendus.. Les discussions ont évoqué plusieurs thèmes qu’il faudrait utiliser, creuser pour mieux les comprendre et non pas tout envoyer balader comme cela est d’usage dans la communication grand public en hurlant au discrédit…

A – la référence à Athènes apparaît encore. Comme si Athènes était un fondement ! Comme si la démocratie suivait une ligne droite depuis le Ve siècle av JC, et qu’elle « perdure » depuis Athènes.. Heureusement d’autres remarques montrent bien que la démocratie athénienne n’est pas de même nature que la démocratie actuelle. D’autres exemples sont utilisés. L’importance mondiale des USA fait que l’exemple américain est souvent cité. Plus étonnant est l’utilisation de régimes asiatiques dont le caractère démocratique devrait -au moins – être remis en contexte si ce n’est discuté.. La Corée du Sud ou Singapour n’ont pas toujours été démocratique et des efforts ont été faits dans ce sens. Quand à évoquer la Chine comme démocratique, cela fait montre de l’absence d’information, surtout avec les événements de Hong Kong depuis au moins une année….

B – Au delà des références, les élèves traitent du vote. « Le pouvoir du peuple se traduit par le vote » dit-on, « notre système se base sur le droit de vote »… Mais les remarques sont très nombreuses, et, il faut bien le reconnaître, si elles ne sont pas dénuées d’intérêt, elles peuvent donner l’occasion de verser dans le populisme qui s’appuie sur la critique de la démocratie. Quels sont les problèmes ? D’abord « le droit de vote est de moins en moins utilisé avec l’augmentation de l’abstention » . Du coup « la démocratie représentative représente de moins en moins le peuple ». L’abstention est une plaie qui discrédite le système : on voudrait même remplacer le »droit de vote par un devoir de voter »…
B2 – Au delà de l’abstention, d’autres problèmes guettent le vote. « Pour voter il faut être un minimum instruit et avoir le libre-arbitre », remarque qui semble laisser entendre que nombre de nos concitoyens ne seraient pas aptes à voter.
B3 – Autre élément discréditant le système électoral l’idée selon laquelle par le vote, le pueple donne le pouvoir pour la durée du mandat à un représentant qui, une fois élu, fait ce qu’il veut. On voit là le progrès dans l’opinion des idées des gilets jaunes exprimés voilà 2 ans… « une fois élu le président fait ce qu’il veut ». Associée à cela l’idée que « on donne la majorité au parti du président » qui vient d’être élu, conséquence évidente de l’adoption du quinquennat en 2000.
B4 – L’offre politique est visée également quand vous exprimez que « on vote contre et non pas pour », ou qu’il faut « voter pour le moins pire »… Si on ajoute cela à l’épisode du referendum de 2005 « refusé par 55% des Français » et dont la plupart des décisions sont passées malgré tout dans le traité de Lisbonne en 2007, on obtient une conclusion assez péremptoire « les élections n’ont plus de valeur », « la démocratie n’est pas représentative ».

C – un deuxième domaine est abordé à propos de cette démocratie, en lien avec la liberté d’expression. Le constat est fait d’une difficulté de dialogue : avec « l’accroissement du politiquement correct », « la liberté d’expression est remise en cause ». On a « peur de s’exprimer ». Les idées balancent entre « le peuple ne peut pas s’exprimer », « les gilets jaunes montrent que le peuple se révolte » et « entre amis on parle rarement de ce sujet »…. La question médiatique est bien connue et évoquée : la crainte de « la propagande avec les réseaux sociaux, les journaux, la publicité ». Les réseaux sociaux qui sont jugés à la fois « favorables à la démocratie » et « au totalitarisme ». Ils « peuvent corrompre la démocratie » avec les exemples des élections de 2016 et 2017. Dépossédé de moyen de parole, pour certains « le peuple se retrouve sans pouvoir ».

D – en allant un peu plus loin d’autres idées expriment un « essoufflement de la démocratie » de manière plus structurelle, le « problème de fond étant le pouvoir ». Ce pouvoir « appartient aux entreprises qui influencent » la législation. Ailleurs on avance que « nous sommes dans une oligarchie dont les élites sont élues par le peuple »… Les parallèles avec l’Ancien Régime existent et sont soulignés. Ceux qui dirigent « appartiennent à une élite », ils ont « tous la même formation, donc ils pensent tous de la même manière ». Là encore manque de représentativité. Même constat quand il s’agit de regarder la représentativité sociale : « le président a tous les pouvoirs , il est riche et déconnecté » de la France… Cet « effritement du lien gouvernant-gouverné » entraîne une « perte de confiance » de la part des citoyens….

En conclusion si « la démocratie est au service du peuple », beaucoup ont l’opinion selon laquelle « elle s’effondre », elle est « décrédibilisée », « remplacée par une oligarchie ou une ploutocratie »… D’autres, au contraire, soulignent qu’il « faut relativiser l’idée d’une fin de la démocratie » et séparer l’idée démocratique de celle de l’anarchie où, imagine-t-on, la liberté est totale. Il faut donc bien chercher pour trouver quelques élèves qui, malgré leur jugement sur la « non représentativité » du régime, termine en disant (pour se rassurer ou non ) que « la démocratie n’est pas terminée »