Dans l’introduction de son livre « La révolution culturelle nazie », J Chaputot utilise le témoignage de Primo Levi sur l’attitude des bourreaux d’Auschwitz. L’extrait est connu :
« Son regard ne fut pas celui d’un homme à un autre homme : et si je pouvais expliquer à fond la nature de ce regard échangé comme à travers la vitre d’un aquarium, entre deux être appartenant à deux mondes différents j’aurais expliqué du même coup l’essence de la folie du IIIe Reich »
Le passage fait froid dans le dos.. Pourtant ce regard de mépris, d’indifférence, d’étrangeté, il ne faut pas croire qu’il soit réservé au nazi regardant un juif. Ce regard vous le trouverez dans les yeux de ceux qui méprisent… Ils sont légion et méprisent les juifs, les arabes, les hommes, les femmes, les pauvres, les riches, et la liste n’est pas exhaustive… Non ce regard n’est pas l’originalité du IIIe Reich ou même pour ceux qui assimilent, l’originalité du système soviétique. Non !
S’il est un trait commun aux régimes totalitaires, il est bien dans ce mépris organisé, institutionnalisé, réglementé, légitimé… Ces régimes organisent le mépris et l’utilisent. C’est bien là le seul point commun. Il faut mépriser et déshumaniser à haute dose pour tuer, violer, torturer quelqu’un… Ces régimes là l’ont admis, l’ont intégré : il faut mépriser X ou Y, le détruire, lui enlever sa dignité et tout devient possible pour le mépris. Mais non, ce ne sont pas les seuls cas… Ce mépris se retrouve dans nos démocraties… Même si l’on ne parle pas que des criminels… Le mépris des uns et des autres ne nous transforme certes pas tous en tortionnaire, bien évidemment, mais nombreuses sont les décisions politiques, économiques, administratives, dans lesquelles le mépris est à l’œuvre, dans l’indifférence des conséquences humaines de ces décisions.
Le mépris c’est le refus de la dignité de l’autre… Et renoncer au mépris est une pratique qui commence tôt et n’est jamais acquise….