prendre le temps

prendre le temps de réfléchir, je ne vois rien de plus anachronique aujourd’hui… Qui réfléchit dans tous les papiers qu’on nous met sous les yeux embués après ces attentats ? Chacun tire la couverture à soi et le manège continue. Il faut bien le dire, réfléchir n’est pas l’activité la plus répandue parmi nos contemporains, mais comme c’est mon métier, que je le fasse bien ou pas, je vais essayer de me mettre au travail. Voilà donc le résultat de cette réflexion…
L’assassinat d’un collègue clairement motivé par son activité pédagogique en fait un martyr de la cause, cela est évident et ne peut susciter aucune contradiction. Son activité est bien orientée vers la liberté d’expression : il n’est pas mort parce qu’il avait prêché la haine ou la discrimination. Là dessus on a du mal à ne pas crier avec la foule.
C’est en rentrant dans les détails que les choses se décantent… Qui de nous ne connaît un collègue vivant dans ces conditions ? Même si je suis très loin de ces conditions d’enseignement, je sais les difficultés autrement que par les infos des médias quand ça explose (information-spectacle à vomir.. mais manifestement, on aime ça !) . L’abandon de l’Etat est réel et les profs et instits se retrouvent parfois seuls représentants de cette « puissance publique », inexistante dans certains territoires… Cela crée des ambiances très spécifiques dans les établissements et je ne jetterais pas la pierre aux collègues qui ont peur.
Comment Samuel Paty a été repéré et ciblé ? Les réseaux sociaux ! Jusqu’à quand attendra-t-on pour brider ces outils de liberté/oppression… De telles armes aux mains de Hitler et Staline auraient assuré une tranquillité extraordinaire aux régimes totalitaires ! La diffusion à grande échelle du bavardage a un effet encore plus délétère que le comique sans limite : des affirmations de café du commerce sentant le pastis usagé deviennent des « opinions ». Quand on réfléchit avec la bouche, on n’affirme ni notre liberté ni notre dignité d’être humain. On ne voit pas monter une ambiance de méfiance où chacun est dans son réseau sans grande ouverture vers le tout autre, forcément dérangeant..
On n’en a pas fini de redéfinir encore et encore les contours de la laïcité. Qu’on soit bien d’accord, celle-ci a été une arme de lutte contre les catholiques à la fin du XIXe… Catholiques qui étaient partout dans le pouvoir, l’armée, etc… Mais depuis plus d’un siècle, après des combats idéologiques, mais aussi physiques, le catholicisme a accepté la laïcité, voire même la défend. Car pour un catholique, échanger son expérience sur Dieu avec quelqu’un d’une autre religion ne pose pas de problème. La lecture de la presse étrangère nous amène à constater qu’il en est de même chez les musulmans et dans les autres religions.La laïcité va plus loin que cette tolérance religieuse, certes ! Mais les derniers ouvrages du trio Ricard-André-Jollien nous montrent que l’on peut échanger sur sa vie spirituelle quelle que soit sa religion ou sa non-religion. Mais là encore, on ne parle pas d’ouverture spirituelle. La laïcité c’est ne pas prendre en compte les affaires religieuses dans les affaires légales. S’il y a des associations religieuses elles ne sont pas spécifiques par rapport aux autres associations réunies sur d’autres critères que le religieux…D’où le point suivant.
Peut-on vraiment parler de « droit au blasphème » ? Je considère cette expression comme le « droit au crime de lèse-majesté »… Je ne comprends pas qu’une autorité laïque pour qui la religion n’entre pas en ligne de compte, se mette à parler de blasphème… Insulter Jésus Christ, cela ne veut rien dire pour des gens qui n’y croient pas… D’ailleurs, qui réagit aux caricatures de Jésus ? Plus personne… Quand vous regardez de près, vous entendez les chrétiens dire, » non ça ne me fait pas rire », « c’est exagéré », « ils pourraient dessiner autre chose »… A-t-on parlé de blasphème lors de l’affaire de « la dernière tentation du Christ » ? Bien sur que non ! Seuls les croyants peuvent parler de blasphème. Pour les non croyants c’est une opinion, une insulte… Mais elle ne peut viser que les gens, pas la divinité !
Maintenant, le point de vue de la caricature ou de l’insulte est un autre sujet. Je n’ai jamais vraiment apprécié l’humour de Charlie… J’ai toujours trouvé qu’ils allaient trop loin, que les propos étaient outranciers… quand on parle des « caricatures de Mahomet », de quoi parle-t-on..? De ce Mahomet dessiné par Cabu qui se prend la tête dans les mains en disant « c’est dur d’être aimé par des cons ».. J’avoue, celle là me plaît beaucoup.. Et on pourrait la décliner avec Jésus, Moïse, Marx, Rousseau, De Gaulle etc…Parle-t-on de ce personnage enturbanné, nu avec une étoile dans le cul ???? Je dois avouer la difficulté à rire devant ce cul étoilé, qu’il ait un turban, une kippa, ou une croix sur la tête. Donc je suis très circonspect avec cet humour anarcho-libertaire qui existe depuis fort longtemps, qui est presque une tradition urbaine voire parisienne. Et ce n’est pas parce que au milieu d’une foule d’illustration à faire vomir, se cache à l’occasion une idée géniale, que je vais être un adhérent fervent…N’empêche… Aucune sorte d’excuse ou de prétexte là dedans : l’humour de Charlie ne me plaît pas mais Charlie a le droit de dessiner ce qu’il veut, c’est la liberté d’expression.
Cette liberté d’expression n’est pas totale : elle est , comme toute liberté, bornée par la loi : pas d’appel au meurtre, pas d’appel à la discrimination. Si les caricatures correspondent à une discrimination, ça se plaide et ça a été fait. Je ne vois pas en quoi dessiner les couilles de Mahomet, ou de Jésus, ou de Moïse ou de Vishnu peut faire avancer les affaires ??? D’ailleurs, insulter le président de la République ou sa femme ou le maire ou quiconque, je ne vois pas non plus en quoi ça peut faire avancer les choses… que ce soit la situation politique ou même la liberté… Insulter est un droit… Dans la rue, insulter c’est le début d’une bagarre. En conférant à l’insulte le droit d’expression, je ne sais pas quel chemin on prend… La liberté d’expression est-ce la liberté d’insulter ? Oui ! Dans la rue ça se termine en baston, et c’est ça que font les nazislamistes : « tu parles mal, tu mérites la mort ». Ce qui se passe dans la rue, n’est pas forcément acceptable, on voit la nuance : on peut insulter, mais on peut pas mal réagir.. alors que l’insulte est faite pour humilier l’autre, on ne laisse pas à l’autre la possibilité de réagir avec la violence initiale qui vient de la rue. De ce point de vue, on est en pleine « démocratisation » : les habitudes de la rue pénètrent les habitudes des « caves » comme disait Audiard… La liberté d’expression, du point de vue de ma pratique, c’est le respect de l’opinion personnelle. Pouvoir dire que les décisions prises ne sont pas les bonnes, que les idées à la mode sont dénuées d’intérêt, c’est laisser chacun exprimer son idée. Si dans un établissement, on ne peut pas dire que le Coran a été réuni un siècle après la mort de Mahomet, que ces textes sacrés, comme tous les autres textes sacrés, ont une histoire, un contexte, des interprétations variables… Là, pour le coup, il faut faire la révolution… Mais ce n’est pas en disant que Mahomet aille se faire enculer qu’on fera la révolution : ce n’est pas la révolution, ça, c’est de la provocation. Et la provocation c’est ingérable.. la révolution aussi d’ailleurs ! Devant le montée de l’extrémisme religieux, on doit aider les victimes, les premières victimes qui sont les musulmans eux-mêmes : discuter avec eux, leur donner des lieux pour développer la critique des textes, prier avec eux, pourquoi pas…. Cela se retrouve dans ma pratique professionnelle…
Car je dois enseigner la liberté d’expression, c’est mon métier. D’ailleurs, c’est le seul moment où on se souvient que l’école n’a pas été créée pour former des ingénieurs, mais pour former des citoyens… Avec des épreuves d’HG qui ne comptent que pour 5% du bac, on est en pleine hypocrisie : les valeurs c’est pour les médias, à l’école gardons que ce qui est utile, les maths et la physique… J’aime à penser que si on stressait moins pour les études-formations et qu’on se concentrait plus sur études-citoyenneté, on en serait pas là…. La liberté d’expression, bien entendu ce sont des choix pédagogiques. Mais c’est avant tout une attitude générale. Le prof (attention caricature) ancien premier de la classe, qui a bien réussi ses concours, qui a bien été humilié par ses enseignants universitaires, qui a réussi à s’en sortir parce qu’il est bon, que fera-t-il ? Il reproduira le schéma de l’école où celui qui sait pose les questions aux ignorants.. Et les humilie ! Et l’histoire géo est la meilleure matière pour cela : comment ? tu ignores où est Vaduz ? Samuel Paty n’était pas de ce style là, les témoignages de ses élèves l’ont bien mis en avant : ouvert, investi, à l’écoute… Manifestement, le stade 0 de la liberté d’expression c’est de soi-même l’établir dans sa classe… Et ce n’est pas facile dans un établissement abandonné par la République. Mais ce n’est pas évident non plus dans un établissement où sont scolarisés les fils de ministres ou de notables… La tension sociale existe partout, et dans les catégories sociales plus aisées, d’autres freins existent, d’autres tabous existent… Ce n’est pas parce que c’est plus facile, que l’on a rien à faire… Être ouvert aux réflexions des élèves, à leurs erreurs, c’est le début. C’est implanter non pas des principes mais des pratiques. On a tous à le faire dans nos classes. Et j’ose croire qu’on le fait à peu près tous ! Au delà de cette ambiance que l’on peut ou pas créer (parce que les élèves et l’ambiance globale le permettent ou non), on a des choix pour aborder les sujets… Samuel Paty a choisi les caricatures (mais notez bien que personne ne nous les as montré, les caricatures de Mahomet, il y en a des tonnes sur google images) pour son travail sur la liberté d’expression, et ça devait bien marcher puisque ce n’était pas la première fois qu’il les montrait. Je n’aurais pas fait ces choix là. Par peur ? Si vous voulez le croire, croyez le ! Mon avis est déjà écrit plus haut : je n’apprécie pas cette entrée dans le sujet. Je sais que dans les choses humaines, y compris la médecine, les extrêmes permettent souvent de comprendre les situations qui le sont moins… Donc c’est à la recherche du « jusqu’où » que la réflexion tombe sur les caricatures… Je ne clos pas la discussion car ces choix là sont légions.

stock de docs…
le site du CLEMI sur le dessin de presse
LA lettre de Jean Jaures aux INSTITUTEURS (extraits)
histoire de caricature très catholique…
voilà ce que ça a donné quand en 2010 Plantu a dessiné un pape sodomisant un enfant…ARTICLE et le dénouement ICI… une autre conséquence : LA
pour ceux qui veulent se souvenir qu’avant Mahomet, les caricaturistes avaient un super sujet à leur porte : DIEU
articles du journal Dajar, de Beyrouth, Liban, sur le sujet :
COMMENT des dessins peuvent-ils devenir plus graves que des meurtres ? 30 octobre
Les DICTATURES du monde musulman ont entrainé l’islam dans leur faillite – 31 octobre
Sur le BOYCOTT des produits français – 24 octobre
Sur la VIOLENCE ISLAMISTE par un journal libanais – 17 octobre

tempête

Voilà une semaine que la société française a du mal à respirer.
On avait le Covid, les incivilités et le non respect des règles… On a aujourd’hui un prof massacré… La tempête verbiale a succédé à la stupeur du moment… comme toujours.. L’attentat fait taire d’abord. C’est le moment de réussite du terroriste. Je sais ce n’est pas correct de dire que le terroriste a réussi, mais c’est malheureusement un fait… Le terroriste qui arrive à tuer a réussi ce qu’il voulait faire, nous mettre dans la terreur. La Terreur c’est maintenant, quand vient le tsunami de commentaires, de condamnation, d’anathème, où les mots ne sont jamais assez forts, les idées jamais assez radicales pour condamner le radicalisme… Et la machine s’emballe ! Il faut sans doute être plus radical que le radical, ou peut-être même employer ses méthodes ? La barbarie contre la barbarie ? Le contre-terrorisme contre le terrorisme ? Les terroristes de tout poil se frottent les mains, ils ont réussi : nous sommes effrayés, divisés, on ne se comprend plus, on ne sait plus quoi faire, mesures de sécurité, grand discours aux élèves, grand moment de silence, grand-messe de cette ancienne fille aînée de l’Eglise qui glisse dans le bavardage ne sachant plus à quel saint se vouer….
Vous avez le choix : ne pas pouvoir réfléchir devant l’avalanche de paroles, ne pas chercher à réfléchir parce que cette situation n’est pas la votre, ne pas réfléchir parce que la faute est toujours loin (l’Etat, le système, la gauche, la droite ou autre…). Voilà quelques extraits de presse internationale pour stimuler la réflexion de ceux qui voudraient en avoir une….. EXTRAITS

veau, vache, cochon…

Sur le site de JLL qui fait du conseil, des rapports, bref qui cuisine notre capitalisme bien aimé :

Notre conception de la production des biens et de leur distribution baigne dans une idéologie mondialiste, expansionniste et mercantile. Conditionnés par une culture de croissance sans fin et son mantra « No Border », nous avons construit un modèle économique qui dissocie opérationnellement la production et la distribution.

C’est dans ce contexte, qu’à la préoccupation écologique et sa contreculture de la décroissance, est venue se rajouter des considérations sanitaires dont la gravité pandémique n’épargne aucune région du monde.

Ce cocktail a servi de révélateur à une situation connue, mais que curieusement nous semblons découvrir aujourd’hui avec effarement. C’est bien 80% de notre consommation qui vient d’une région lointaine dont nous ne contrôlons rien. Que face à l’urgence, nous dépendons entièrement d’un ou deux pays pour des produits aussi vitaux que des médicaments et des équipements sanitaires de base.

Nous étions convaincus d’avoir organisé la planète avec une supply chain (= chaîne logistique) sans faille et millimétrée pour inonder nos marchés de marchandises et d’équipements. Comme après une fête trop arrosée, nous nous réveillons groggy, en constatant que la mondialisation heureuse est à 30 jours de bateau et qu’elle n’est qu’une mécanique improbable. Elle s’est dézinguée en quelques semaines et le suspect est un petit mammifère insectivore recouvert d’écailles. Nous vivions dans une abondance désinvolte et insouciante. Nous devons aujourd’hui gérer la pénurie et dans son sillage des comportements de peur et de panique.

Nous sortirons de cette situation. Mais que ferons-nous le jour d’après ?

A l’urgence du court terme de relancer notre économie, se rajoutera nécessairement une réflexion sur les défaillances et in fine les faiblesses de notre modèle. Rien ne sera plus comme avant nous dit-on. Si c’est bien le cas, il ne faudra pas renouer automatiquement avec la facilité du « business as usual », mais réfléchir à un modèle alternatif ou au moins profondément transformé. La tâche est immense et difficile, tant elle nécessite de changer tout un univers mental. Il ne suffira pas de trouver quelques recettes supplétives d’appoint, mais de bouleverser notre paradigme actuel.

Certains promoteurs du développement durable soutiennent depuis longtemps que seul un choc et une vraie catastrophe humanitaire peuvent changer notre mode de pensée et notre modèle. La tragédie et sa cohorte de morts que nous traversons actuellement pourront peut-être nous y conduire. Mais il faudra rester lucide, en séparant ce qui relève du court terme et ce qui relève du moyen terme.

https://www.jll.fr/fr/views/quelle-supply-chain-apres-le-coronavirus

en passant

Rien de tel qu’un peu de lecture….
aujourd’hui ce sera bref…ou pas
je ne saurais trop vous conseiller la lecture du livre de A Banerjee et E. Duflo intitulé « Economie utile pour des temps difficiles »… je déteste l’économie, mais j’ai trouvé dans ces 450 pages, des raisons de garder espoirs que parmi cette catégorie de gens qui sont prêts à vous prouver demain qu’ils avaient raison d’avoir tord hier, il est quelques gens lucides….

ça fait un bien fou quand on voit que même des gens intelligents arrivent à revenir aux fondamentaux humains…
« Définir les gens par leurs problèmes, c’est transformer l’accident en essence. C’est nier tout espoir. La réaction naturelle est alors de se replier sur son identité, ce qui a des conséquences terribles pour la société tout entière » p 433
« Les enseignants à qui l’on dit que certains sont plus intelligents que les autres (alors qu’on les a seulement choisis au hasard) les traitent différemment, si bien que les enfants finissent de fait par avoir de meilleurs résultats. » p 432

sur les économistes…
« Les économistes sont plutôt des plombiers : ils résolvent les problèmes par un mélange d’intuition faite de science, de conjecture fondée sur l’expérience et d’une bonne dose d’essais et d’erreurs.
Cela signifie que les économistes se trompent souvent (…)Tout le monde peut se tromper. en soi, ce n’est pas dangereux. Ce qui l’est , en revanche, c’est d’être si attaché à son point de vue que l’on interdit aux faits de le contredire. » p 19-20

sur l’immigration et ses conséquences…
Résultat d’une enquête de 2018 sur l’immigration « En Italie, par exemple, la part réelle des immigrés dans la population est de 10% ; la part perçue est, quant à elle, en moyenne de 26%. (…) Pendant la campagne de 2017, Marine Le Pen répétait que 99% des immigrés étaient des hommes adultes (en réalité 58%) et que 95% de ceux qui s’installaient en France étaient « pris en charge par la nation » puisqu’ils n’y travailleraient pas (en fait, 55% des immigrés présents en France appartenaient alors à la population active). » p 24
« Ce n’est pas uniquement dans les pays en voie de développement que les gens s’abstiennent de tout quitter pour améliorer leur situation économique : entre 2010 et 2015, alors que la crise économique frappait la Grèce de plein fouet, on estime que mois de 350.000 Grecs ont émigré, soit 3% de la population. Pourtant le taux de chômage était en 2013 et 2014 de 27% et les Grecs, en tant que citoyens de l’UE, avaient la possibilité d’y travailler et de s’y déplacer librement. » p 29
Sur l’impact des immigrés cubains sur les salaires en Floride menée par D. Card en 1980 (arrivée de 125.000 personnes) : « Card n’a constaté aucune différence, ni immédiatement après l’arrivée des immigrés cubains, ni quelques années plus tard. Les salaires des autochtones n’ont pas été modifié (…) même constat pour les salaires des immigrés cubains installés à Miami avant cet exode (…) Pour la première fois, il était démontré que le modèle le plus simple de l’offre et de la demande de travail ne s’appliquait pas directement à l’immigration » p 36
« En général les immigrés peu qualifiés ne nuisent pas aux salaires et à l’emploi des autochtones. Mais le niveau de passion voire de violence du débat politique actuel, étayé ou non par des faits, ne permet guère de dépasser les postures politiciennes de ceux qui en sont les protagonistes. (…)le rapport sur l’immigration (de la national academy of sciences) : Depuis plusieurs dizaines d’années, la recherche empirique montre (…) que l’impact de l’immigration sur les salaires des autochtones, mesuré sur une période de plus de 10 ans, est très faible » p 39
« La complémentarité l’emporte sur la rivalité, parce que les immigrés sont généralement prêts à effectuer des tâches auxquelles rechignent les autochtones, comme tondre des pelouses, faire des hamburgers, garder les enfants, s’occuper de personnes malades. Et quand il y a plus d’immigrés, le prix de ces services tend à baisser, ce qui incite les travailleurs autochtones à prendre d’autres emplois. Les femmes très qualifiées, en particulier, ont plus de chance de travailler quand il y a beaucoup d’immigrés. » p 42-43

sur mondialisation et inégalités
« Correlation n’est pas causalité. Peut-être la mondialisation n’est-elle pas en soi la cause de l’accroissement des inégalités. Après tout, la libéralisation du commerce ne s’accomplit presque jamais seule : dans tous ces pays, les mesures commerciales se sont inscrites dans un ensemble de réformes. » p 88-89

un peu d’info

Difficile de passer à côté… on côtoie l’info du matin au soir, le meilleur et le pire…
quelques sélections de ce qui me semble important… Attention quand je dis important c’est pas que ce soit vital, le principal c’est la vie et c’est vrai que on peut râler contre le confinement, ce qu’on peut plus faire etc.. Pensons un peu à ceux qui perdent leurs proches, aux malades qui sont forcément seuls, aux soignants qui n’arrêtent pas… Là est l’important. Pendant ce temps, nous on ne peut que réfléchir…
Voilà quelques éclaircissements :

quelques indicateurs de l’effondrement…

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2020/04/01/bruit-circulation-electricite-douze-indicateurs-d-une-france-a-l-arret_6035150_4355770.html

sur la suite, la fin du confinement, les théories qui nous tiennent enfermés.. c’est pas super réjouissant, mais ça vaut le coup d’être au courant….

https://www.lemonde.fr/sante/video/2020/04/08/coronavirus-pourquoi-la-fin-du-confinement-ne-sonnera-pas-la-fin-de-l-epidemie_6035940_1651302.html

le désamorçage de quelques intox, même si l’article a 1 mois, il est encore valide :

https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2020/03/13/coronavirus-petit-guide-pour-distinguer-les-fausses-rumeurs-des-vrais-conseils_6032938_4355770.html

iran et populisme

à ne pas manquer ….
l’émission du dessous des cartes sur l’Iran :
https://www.arte.tv/fr/videos/083964-020-A/le-dessous-des-cartes-iran-au-coeur-des-tensions/
à visionner rapidement

toujours sur arte, l’intervention de Rosanvallon dans le 28 minutes de samedi… très intéressant sur l’évolution politique de ce personnage et sur son analyse de la société et de la démocratie….
version youtube : https://www.youtube.com/watch?v=vmqqn1sbX64
sur arte tv : https://www.arte.tv/fr/videos/090009-002-A/28-minutes-samedi/

Dans la dernière livraison de LA VIE, n°3880, un entretien de Regis Debray… Il y parle de l’écologie, de la société, de notre culture… et une petite pensée pour les réseaux sociaux :
« Quant aux réseaux sociaux, ils sont la démocratisation du procès. Tout le monde y met tout le monde en examen. On se fait justice soi même comme dans le far west. Ce retour au premier degré bulles groupales. Vraiment, il y a de la sauvagerie dans l’air ! »

facebook, algorithme et démocratie

un extrait d’une lecture faite plus ou moins par hasard.. à réfléchir

https://jean-jaures.org/nos-productions/en-immersion-numerique-avec-les-gilets-jaunes consulté le 12/04/2019

Terminons cette note par deux pistes de réflexion, d’abord sur le rôle joué par les algorithmes de Facebook dans le succès du mouvement des « gilets jaunes », et ensuite sur les enjeux numériques et démocratiques de cette séquence politique.
Il faut rappeler que Facebook héberge des comptes individuels, des pages officielles et des groupes. Les pages sont gérées par des acteurs institutionnels : des médias, des partis politiques, des marques, des célébrités. On peut commenter les publications postées par le gérant de la page, mais pas en créer soi-même. Les groupes sont au contraire des rassemblements d’utilisateurs qui se retrouvent autour d’un intérêt commun. Ces groupes sont créés et gérés par des utilisateurs classiques, des membres du réseau comme les autres. N’importe qui, dès lors qu’il est inscrit sur le groupe, peut poster du contenu que tous les autres membres pourront voir. Pour résumer, on suit une page mais on participe à un groupe.
L’algorithme de hiérarchisation du contenu de Facebook a longtemps fait en sorte de mettre en avant les contenus produits par les pages. Mais, au lendemain de l’élection de Donald Trump, la plateforme américaine s’est rendu compte que ce modèle avait permis à celles qui diffusaient volontairement des fake news de gagner une audience significative et d’influer sur le résultat final du vote. À titre d’illustration, deux rapports publiés en décembre 2018 par la firme de cybersécurité américaine New Knowledge et l’Université d’Oxford ont calculé que les fausses pages créées par les services russes au cours de la campagne américaine avaient à elles seules engendré 76,5 millions d’interactions sur Facebook, contribuant ainsi à pourrir de l’intérieur le débat public.
Pour assainir la circulation de l’information et apaiser le débat en ligne, la firme de Mark Zuckerberg a donc décidé en janvier 2018 de changer son algorithme afin que les utilisateurs soient moins exposés aux contenus proposés par les pages et aient au contraire plus naturellement accès aux publications de leurs amis, de leurs voisins et des groupes Facebook dont leurs proches et eux-mêmes font partie. En encourageant ainsi un recentrage de l’information autour des gens qui nous sont intimement et géographiquement proches, Facebook souhaitait rassembler des communautés locales aux intérêts similaires, par nature moins susceptibles de se déchirer autour de polémiques issues des débats nationaux.
Le premier effet de ce changement d’algorithme a été positif car il a permis de faire significativement baisser l’audience des pages gérées par des propagateurs de fake news. Mais les effets négatifs sont nombreux. Les médias traditionnels, qui opèrent depuis des pages, ont vu ainsi s’effondrer leurs chiffres de fréquentation sur Facebook. Pour les cinq médias français traditionnels les plus suivis sur la plateforme, il a par exemple été constaté une baisse moyenne de 31 % des audiences entre mars 2017 et mars 2018. La conséquence logique de cette moindre visibilité des pages est également une plus grande exposition aux contenus publiés par ses amis, avec qui il est fréquent de partager les mêmes intérêts, mais aussi les mêmes opinions politiques. S’il répond à l’invitation d’un ami à rejoindre un groupe, l’algorithme fera en sorte que l’utilisateur soit prioritairement exposé aux publications qui en émanent.
Le lien entre ce changement d’algorithme et le succès viral des « gilets jaunes » est direct. Il suffit de s’inscrire dans deux ou trois de leurs groupes Facebook pour le constater : dès lors que l’utilisateur y est admis, 80 % de son fil d’actualité est désormais composé de publications issues de ces groupes. Plus rien d’autre ne semble exister dans le monde en dehors de l’actualité des « gilets jaunes » et des centaines de liens, de vidéos et de commentaires outrés auxquels l’internaute est exposé à chaque connexion. Celui-ci se retrouve alors prisonnier volontaire d’une bulle cognitive où tout concourt à renforcer sa détermination en l’isolant des informations discordantes et des avis opposés. Ce recentrage affectif et géographique dans la hiérarchisation de l’information sur Facebook est un tournant majeur. Que Priscillia Ludosky et Éric Drouet, les deux internautes à l’initiative de la mobilisation en ligne, soient originaires du même département ne doit rien au hasard. Ils ne se connaissaient pas : c’est le nouvel algorithme de Facebook qui, détectant des intérêts communs et une proximité spatiale, les a mis en contact. La propagation du mouvement en province a obéi à la même logique et au même mécanisme.
Pourquoi ce paramètre est-il fondamental ? Parce que la moitié des Français s’informent désormais uniquement sur Facebook. Les sites d’info en ligne sont consultés chaque jour par 16,7 millions de Français[52]. Sur Facebook, ce sont 22 millions de Français qui se connectent chaque jour, 38 millions chaque mois[53]. Si des bataillons numériques de journalistes, de scientifiques, d’experts et de politiques n’investissent pas en masse cette plateforme, et si Facebook ne prend pas d’initiatives ambitieuses pour favoriser la diffusion d’une information fiable et vérifiée, la vie démocratique française connaîtra le même problème qui s’est produit aux États-Unis lors de la campagne présidentielle de 2016 : un pan entier de l’électorat, accessible à toutes les manipulations, vivra sincèrement dans une réalité parallèle sur laquelle aucun fait établi, aucun chiffre contradictoire, aucun argument rationnel n’aura prise. La présidence Trump nous rappelle chaque jour depuis deux ans que le résultat d’un tel mélange est connu.
La seconde piste de réflexion pour l’avenir concerne les données collectées par Facebook sur les « gilets jaunes ». Un rapide examen des profils Facebook des simples membres de leurs groupes permet un constat : beaucoup ne parlaient pas de politique avant le déclenchement du mouvement. Si l’on remonte les historiques de publication, on trouve des photos de leurs enfants, de leurs animaux, de leurs voitures, de leurs motos. Rarement du contenu politique. Avec leur adhésion à ces groupes et au mouvement, des millions d’électeurs potentiels ont confié à la machine de collecte de données qu’est Facebook le secret de leurs colères, de leurs envies politiques et de leurs inclinaisons idéologiques.
Facebook, comme il l’a déjà fait par le passé pour d’autres cibles électorales[54] et puisque c’est le cœur de son métier, recoupera, classera et vendra ces données à n’importe quel acteur politique souhaitant cibler les « gilets jaunes ». Cela pourrait alors constituer le principal héritage de ce mouvement : l’arrivée sur le marché des données personnelles d’une frange supplémentaire de l’électorat, accélérant encore l’avènement d’une nouvelle ère démocratique où les candidats ne s’adresseront plus à des familles politiques ou à des groupes sociaux mais, via des discours fragmentés à l’extrême pour que chacun puisse entendre ce qu’il désire, à des individus. C’est déjà ce qu’il s’est passé au cours de l’élection présidentielle américaine de 2016 : la campagne de Donald Trump a ainsi su profiter du ciblage électoral extraordinairement fin offert par Facebook pour diffuser 5,9 millions de versions différentes de ses publicités, allant jusqu’à adapter et personnaliser la couleur des boutons sur lesquels les électeurs étaient invités à cliquer en fonction des préférences graphiques que la plateforme californienne avait pu identifier[55].
Le contrôle et l’accès aux données des électeurs sont ainsi devenu un aspect absolument essentiel des campagnes électorales modernes. Le Mouvement 5 Étoiles et sa plateforme internet « Rousseau » en est un autre exemple éloquent. C’est avec cet outil controversé de consultation et d’organisation militante[56] que le parti populiste italien s’est structuré. C’est en se basant sur les données qu’il récoltait sur les visiteurs du site qu’il a déterminé sa ligne politique et choisi ses candidats à l’investiture. En proposant aux « gilets jaunes » d’utiliser cette plateforme comme il vient de le faire, Luigi Di Maio, soucieux de déstabiliser Macron, ne s’y est pas trompé : il sait que, s’ils en ont l’ambition, les « gilets jaunes » pourraient avoir les moyens de s’installer dans la durée dans le paysage politique français. Le leader du Mouvement 5 Étoiles est en effet bien placé pour savoir qu’un mouvement populiste peut se mettre en ordre de marche. S’ils ont pour l’instant refusé son offre par souci de rester indépendants de toute force partisane, on notera toutefois que les « gilets jaunes » ont déjà créé leur propre site officiel, indispensable préalable à une éventuelle future structuration. Tout reste possible, et une seule chose est certaine : l’arrêt des défilés du samedi et l’évacuation des ronds-points ne devront en aucun cas être interprétés comme la fin du mouvement. L’opinion publique se lassera, les médias passeront à autre chose, mais Internet n’oubliera rien.

Nouvelles de la Chine

Petite introduction lisible même hors abonnement dans le monde -l’article est intéressant par ailleurs – pour nous montrer que
1 – une intro de journaliste ça dit tout, vive la technique de l’entonnoir
2 – comprendre, autant que c’est possible (!), la politique chinoise…

Et en cette période de Noël, la statistique à retenir c’est 90%… des jouets vendus viennent de Chine… (commandes, conteneur, lenteur, stratégie, etc…)

à lire sur le monde :

A Macao, Xi Jinping vante « l’amour de la patrie »

Selon la Chine, l’éducation patriotique dispensée dans les écoles de Macao mais rejetée à Hongkong explique en grande partie la crise actuelle
Le retournement est spectaculaire. Jusqu’en septembre, le président chinois Xi Jinping qualifiait « Hongkong, Macao et Taïwan » de « risques majeurs » pour le Parti communiste chinois. Désormais, Macao fait figure de modèle. Dans un discours prononcé vendredi 20 décembre, à l’occasion du vingtième anniversaire de la rétrocession de cette petite colonie portugaise à la Chine en 1999, Xi Jinping n’a cessé de faire l’éloge de ce territoire de 670 000 habitants et de l’opposer à Hongkong.

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