iran et populisme

à ne pas manquer ….
l’émission du dessous des cartes sur l’Iran :
https://www.arte.tv/fr/videos/083964-020-A/le-dessous-des-cartes-iran-au-coeur-des-tensions/
à visionner rapidement

toujours sur arte, l’intervention de Rosanvallon dans le 28 minutes de samedi… très intéressant sur l’évolution politique de ce personnage et sur son analyse de la société et de la démocratie….
version youtube : https://www.youtube.com/watch?v=vmqqn1sbX64
sur arte tv : https://www.arte.tv/fr/videos/090009-002-A/28-minutes-samedi/

Dans la dernière livraison de LA VIE, n°3880, un entretien de Regis Debray… Il y parle de l’écologie, de la société, de notre culture… et une petite pensée pour les réseaux sociaux :
« Quant aux réseaux sociaux, ils sont la démocratisation du procès. Tout le monde y met tout le monde en examen. On se fait justice soi même comme dans le far west. Ce retour au premier degré bulles groupales. Vraiment, il y a de la sauvagerie dans l’air ! »

facebook, algorithme et démocratie

un extrait d’une lecture faite plus ou moins par hasard.. à réfléchir

https://jean-jaures.org/nos-productions/en-immersion-numerique-avec-les-gilets-jaunes consulté le 12/04/2019

Terminons cette note par deux pistes de réflexion, d’abord sur le rôle joué par les algorithmes de Facebook dans le succès du mouvement des « gilets jaunes », et ensuite sur les enjeux numériques et démocratiques de cette séquence politique.
Il faut rappeler que Facebook héberge des comptes individuels, des pages officielles et des groupes. Les pages sont gérées par des acteurs institutionnels : des médias, des partis politiques, des marques, des célébrités. On peut commenter les publications postées par le gérant de la page, mais pas en créer soi-même. Les groupes sont au contraire des rassemblements d’utilisateurs qui se retrouvent autour d’un intérêt commun. Ces groupes sont créés et gérés par des utilisateurs classiques, des membres du réseau comme les autres. N’importe qui, dès lors qu’il est inscrit sur le groupe, peut poster du contenu que tous les autres membres pourront voir. Pour résumer, on suit une page mais on participe à un groupe.
L’algorithme de hiérarchisation du contenu de Facebook a longtemps fait en sorte de mettre en avant les contenus produits par les pages. Mais, au lendemain de l’élection de Donald Trump, la plateforme américaine s’est rendu compte que ce modèle avait permis à celles qui diffusaient volontairement des fake news de gagner une audience significative et d’influer sur le résultat final du vote. À titre d’illustration, deux rapports publiés en décembre 2018 par la firme de cybersécurité américaine New Knowledge et l’Université d’Oxford ont calculé que les fausses pages créées par les services russes au cours de la campagne américaine avaient à elles seules engendré 76,5 millions d’interactions sur Facebook, contribuant ainsi à pourrir de l’intérieur le débat public.
Pour assainir la circulation de l’information et apaiser le débat en ligne, la firme de Mark Zuckerberg a donc décidé en janvier 2018 de changer son algorithme afin que les utilisateurs soient moins exposés aux contenus proposés par les pages et aient au contraire plus naturellement accès aux publications de leurs amis, de leurs voisins et des groupes Facebook dont leurs proches et eux-mêmes font partie. En encourageant ainsi un recentrage de l’information autour des gens qui nous sont intimement et géographiquement proches, Facebook souhaitait rassembler des communautés locales aux intérêts similaires, par nature moins susceptibles de se déchirer autour de polémiques issues des débats nationaux.
Le premier effet de ce changement d’algorithme a été positif car il a permis de faire significativement baisser l’audience des pages gérées par des propagateurs de fake news. Mais les effets négatifs sont nombreux. Les médias traditionnels, qui opèrent depuis des pages, ont vu ainsi s’effondrer leurs chiffres de fréquentation sur Facebook. Pour les cinq médias français traditionnels les plus suivis sur la plateforme, il a par exemple été constaté une baisse moyenne de 31 % des audiences entre mars 2017 et mars 2018. La conséquence logique de cette moindre visibilité des pages est également une plus grande exposition aux contenus publiés par ses amis, avec qui il est fréquent de partager les mêmes intérêts, mais aussi les mêmes opinions politiques. S’il répond à l’invitation d’un ami à rejoindre un groupe, l’algorithme fera en sorte que l’utilisateur soit prioritairement exposé aux publications qui en émanent.
Le lien entre ce changement d’algorithme et le succès viral des « gilets jaunes » est direct. Il suffit de s’inscrire dans deux ou trois de leurs groupes Facebook pour le constater : dès lors que l’utilisateur y est admis, 80 % de son fil d’actualité est désormais composé de publications issues de ces groupes. Plus rien d’autre ne semble exister dans le monde en dehors de l’actualité des « gilets jaunes » et des centaines de liens, de vidéos et de commentaires outrés auxquels l’internaute est exposé à chaque connexion. Celui-ci se retrouve alors prisonnier volontaire d’une bulle cognitive où tout concourt à renforcer sa détermination en l’isolant des informations discordantes et des avis opposés. Ce recentrage affectif et géographique dans la hiérarchisation de l’information sur Facebook est un tournant majeur. Que Priscillia Ludosky et Éric Drouet, les deux internautes à l’initiative de la mobilisation en ligne, soient originaires du même département ne doit rien au hasard. Ils ne se connaissaient pas : c’est le nouvel algorithme de Facebook qui, détectant des intérêts communs et une proximité spatiale, les a mis en contact. La propagation du mouvement en province a obéi à la même logique et au même mécanisme.
Pourquoi ce paramètre est-il fondamental ? Parce que la moitié des Français s’informent désormais uniquement sur Facebook. Les sites d’info en ligne sont consultés chaque jour par 16,7 millions de Français[52]. Sur Facebook, ce sont 22 millions de Français qui se connectent chaque jour, 38 millions chaque mois[53]. Si des bataillons numériques de journalistes, de scientifiques, d’experts et de politiques n’investissent pas en masse cette plateforme, et si Facebook ne prend pas d’initiatives ambitieuses pour favoriser la diffusion d’une information fiable et vérifiée, la vie démocratique française connaîtra le même problème qui s’est produit aux États-Unis lors de la campagne présidentielle de 2016 : un pan entier de l’électorat, accessible à toutes les manipulations, vivra sincèrement dans une réalité parallèle sur laquelle aucun fait établi, aucun chiffre contradictoire, aucun argument rationnel n’aura prise. La présidence Trump nous rappelle chaque jour depuis deux ans que le résultat d’un tel mélange est connu.
La seconde piste de réflexion pour l’avenir concerne les données collectées par Facebook sur les « gilets jaunes ». Un rapide examen des profils Facebook des simples membres de leurs groupes permet un constat : beaucoup ne parlaient pas de politique avant le déclenchement du mouvement. Si l’on remonte les historiques de publication, on trouve des photos de leurs enfants, de leurs animaux, de leurs voitures, de leurs motos. Rarement du contenu politique. Avec leur adhésion à ces groupes et au mouvement, des millions d’électeurs potentiels ont confié à la machine de collecte de données qu’est Facebook le secret de leurs colères, de leurs envies politiques et de leurs inclinaisons idéologiques.
Facebook, comme il l’a déjà fait par le passé pour d’autres cibles électorales[54] et puisque c’est le cœur de son métier, recoupera, classera et vendra ces données à n’importe quel acteur politique souhaitant cibler les « gilets jaunes ». Cela pourrait alors constituer le principal héritage de ce mouvement : l’arrivée sur le marché des données personnelles d’une frange supplémentaire de l’électorat, accélérant encore l’avènement d’une nouvelle ère démocratique où les candidats ne s’adresseront plus à des familles politiques ou à des groupes sociaux mais, via des discours fragmentés à l’extrême pour que chacun puisse entendre ce qu’il désire, à des individus. C’est déjà ce qu’il s’est passé au cours de l’élection présidentielle américaine de 2016 : la campagne de Donald Trump a ainsi su profiter du ciblage électoral extraordinairement fin offert par Facebook pour diffuser 5,9 millions de versions différentes de ses publicités, allant jusqu’à adapter et personnaliser la couleur des boutons sur lesquels les électeurs étaient invités à cliquer en fonction des préférences graphiques que la plateforme californienne avait pu identifier[55].
Le contrôle et l’accès aux données des électeurs sont ainsi devenu un aspect absolument essentiel des campagnes électorales modernes. Le Mouvement 5 Étoiles et sa plateforme internet « Rousseau » en est un autre exemple éloquent. C’est avec cet outil controversé de consultation et d’organisation militante[56] que le parti populiste italien s’est structuré. C’est en se basant sur les données qu’il récoltait sur les visiteurs du site qu’il a déterminé sa ligne politique et choisi ses candidats à l’investiture. En proposant aux « gilets jaunes » d’utiliser cette plateforme comme il vient de le faire, Luigi Di Maio, soucieux de déstabiliser Macron, ne s’y est pas trompé : il sait que, s’ils en ont l’ambition, les « gilets jaunes » pourraient avoir les moyens de s’installer dans la durée dans le paysage politique français. Le leader du Mouvement 5 Étoiles est en effet bien placé pour savoir qu’un mouvement populiste peut se mettre en ordre de marche. S’ils ont pour l’instant refusé son offre par souci de rester indépendants de toute force partisane, on notera toutefois que les « gilets jaunes » ont déjà créé leur propre site officiel, indispensable préalable à une éventuelle future structuration. Tout reste possible, et une seule chose est certaine : l’arrêt des défilés du samedi et l’évacuation des ronds-points ne devront en aucun cas être interprétés comme la fin du mouvement. L’opinion publique se lassera, les médias passeront à autre chose, mais Internet n’oubliera rien.

Nouvelles de la Chine

Petite introduction lisible même hors abonnement dans le monde -l’article est intéressant par ailleurs – pour nous montrer que
1 – une intro de journaliste ça dit tout, vive la technique de l’entonnoir
2 – comprendre, autant que c’est possible (!), la politique chinoise…

Et en cette période de Noël, la statistique à retenir c’est 90%… des jouets vendus viennent de Chine… (commandes, conteneur, lenteur, stratégie, etc…)

à lire sur le monde :

A Macao, Xi Jinping vante « l’amour de la patrie »

Selon la Chine, l’éducation patriotique dispensée dans les écoles de Macao mais rejetée à Hongkong explique en grande partie la crise actuelle
Le retournement est spectaculaire. Jusqu’en septembre, le président chinois Xi Jinping qualifiait « Hongkong, Macao et Taïwan » de « risques majeurs » pour le Parti communiste chinois. Désormais, Macao fait figure de modèle. Dans un discours prononcé vendredi 20 décembre, à l’occasion du vingtième anniversaire de la rétrocession de cette petite colonie portugaise à la Chine en 1999, Xi Jinping n’a cessé de faire l’éloge de ce territoire de 670 000 habitants et de l’opposer à Hongkong.

la suite ici :
https://www.lemonde.fr/international/article/2019/12/20/a-macao-xi-jinping-vante-l-amour-de-la-patrie_6023610_3210.html

guerre froide et télé

Voilà un article lu (LMD) voilà quelques jours.. Si je vous conseille vivement de le lire, c’est que d’abord il n’est pas très long, ce qui rassure toujours le lycéen en vacances, ensuite parce qu’il attire notre attention (enfin… la mienne et puis la votre) sur ce que l’on vous donne en pâture historique à la télévision… J’étais déjà circonspect face à la série Apocalypse par le côté très émotionnel du montage et du commentaire.. D’un autre côté, Matthieu Kasovitz est un grand diseur et les images étaient inédites, donc.. que ce soit pour la 1GM, la 2GM ou même sur Hitler et Staline, ça valait le coup… La dernière saison sur la guerre froide provoque cette discussion sur France Culture, rapportée ici par un journaliste LMD… Lisez et appréciez les points de vue. D’un côté un monsieur, tout à fait respectable, grand réalisateur et grand nom de la télévision française qui défend sa production, tout à fait remarquable, et de l’autre un autre monsieur (oui je sais ça manque de femmes)tout aussi respectable, historien et assez critique par rapport à certains détails qui parfois ont l’air de montagnes…L’attaque de la Corée ou la construction du mur de Berlin ne sont pas soviétiques.. Tout le monde le sait.. Que cela se fasse avec l’aval soviétique n’est pas la même chose que sur ordre de Moscou…
Cela m’amène à penser que notre Histoire se fait objet de consommation.. C’est pas tout à fait nouveau, en revanche on va nous apprendre n’importe quoi.. Et le monde d’aujourd’hui lu avec une histoire qui n’insiste que sur ce qui existe aujourd’hui, c’est comme penser que le nez a été créé pour porter les lunettes (Merci Molière) ou que nous sommes moins humains sans portable (merci Apple)…

Quand la connerie devient monnaie courante, autant revenir au troc !

A vous de vous faire votre opinion :

Ce 8 novembre 2019, l’émission « Le cours de l’histoire », sur France Culture, reçoit Isabelle Clarke et Daniel Costelle, réalisateurs de la série documentaire Apocalypse, dont France 2 diffuse alors une septième saison. En contrepoint, l’animateur a convié au micro un historien spécialiste de l’Asie et de la guerre froide, Pierre Grosser. Les discussions ne ronronnent pas longtemps. D’une voix aussi distinguée que celle de Coluche entonnant un sketch, Costelle dévoile sa thèse : « Les Soviétiques ont un impérialisme, un besoin de conquérir le monde. »

Grosser : « Cette affirmation n’est absolument pas corroborée par les archives, c’est quand même un gros problème dans votre analyse. »

Costelle : « Il n’y a pas une ligne dans ce qu’on a fait qui n’ait pas été vérifiée par un collège d’historiens ! »

Les auditeurs, habitués au chuintement feutré de la station, comprennent qu’ils ne vont pas s’ennuyer. Exaspéré par le mépris des réalisateurs pour la recherche historique, Grosser pilonne une à une les fake news diffusées en première partie de soirée par France 2 : non, on ne peut pas dire que les Soviétiques voulaient conquérir le monde dès l’armistice, car, dans ce cas, ils auraient occupé la Corée du Sud en août 1945, au moment où aucun soldat américain n’y stationnait ; non, ce n’est pas le représentant de l’URSS qui obtient du Kremlin l’autorisation d’envahir la Corée du Sud, mais Kim Il-sung qui en fait expressément la demande à Joseph Staline ; non, la crise de Cuba n’avait pas pour cause la présence de missiles américains en Turquie, mais la volonté soviétique de protéger l’île d’une nouvelle tentative d’invasion américaine ; non, les communistes n’ont pas fait reculer Français et Britanniques à Suez en 1956 ; oui, consacrer six heures à la guerre froide sans évoquer le rôle négatif des États-Unis en Amérique du Sud et en Afrique relève du tour de force.

« Je refuse toute idée qu’il puisse y avoir des choses fausses, bredouille Costelle, fou de rage, alors que l’animateur perd totalement le contrôle de l’émission. C’est quelque chose qui peut se régler peut-être même dans les tribunaux entre nos historiens et M. Grosser. » Les réalisateurs de la série entendent populariser aux frais du service public une vision très personnelle de l’après-guerre : « Il n’y a jamais eu ce qu’on appelle l’impérialisme américain. (…) Le monde américain a été sans arrêt sur la défensive. » Grosser, que son enseignement à Sciences Po rend peu suspect de sympathies bolcheviques, tente d’aligner quelques phrases, mais Costelle, au bord de l’apoplexie, disjoncte : « Les historiens communistes sont les complices du goulag ! (…) Vous êtes nul ! Son père [l’historien Alfred Grosser] était bien, mais lui c’est un nul ! »

L’effet de révélation est saisissant. À la télévision, le pouvoir de conviction d’Apocalypse repose sur la magie hypnotique des images : on croit ce qu’on voit. La radio rompt le charme et laisse paraître l’intention.

Interviewé par Ouest-France (12 novembre 2019), le réalisateur a exposé sa science du comparatisme : « Les jeunes hommes violents qui ont suivi Hitler sont les mêmes qui ont suivi Staline, ou Pol Pot. Ce sont les mêmes qui ont brûlé un centre culturel à Chanteloup-les-Vignes. » Grâce au service public de l’audiovisuel, cette vision fumeuse du XXe siècle s’impose comme vérité jusque dans les manuels scolaires. Costelle, qu’aucune fausse modestie ne bride, a prévenu : « Toute l’histoire est en train de changer. Nous sommes sûrs que notre série est une très belle série, très publique, très forte, et qu’elle touche beaucoup. » Et qu’importe le vrai pourvu qu’on ait l’audience.

Pierre Rimbert