Penser l’après

Des jeunes âgés de 15 à 20 ans, lycéens ou étudiants, racontent l’état d’incertitude dans lequel ce reconfinement les a plongés. Ils ont entre 15 et 20 ans, l’âge de l’incertitude. « Je doute de mon orientation, de mes choix d’amis et d’amours, parfois même de mes goûts ou de mes envies », témoigne ainsi Nathan, 17 ans, en 1re dans un lycée du Vaucluse. Après un an de crise sanitaire – mais deux années scolaires affectées –, ce sentiment est monté d’un cran. « On entend les adultes hésiter, les politiques et les médias se contredire, l’école rouvrir puis refermer, rapporte Manon, en 2de dans un internat à Vannes. C’est pas parce qu’on a 15 ans [son âge] qu’on ne perçoit pas le flottement général. C’est simple, aujourd’hui, je ne suis plus sûre de rien… et c’est valable pour tout ! »Le reconfinement scolaire, annoncé le 31 mars, n’a pas vraiment surpris ces adolescents qui, en préambule des témoignages qu’ils nous ont livrés, se définissent comme « privilégiés » ou « à l’aise » – ce sont leurs mots.

Des jeunes inscrits dans un parcours de formation, bénéficiant d’une chambre (voire de leur propre logement pour les plus âgés), d’une famille sur laquelle s’appuyer et de parents en activité – professeurs, infirmiers, employés…« En terrain connu »« Cela faisait des jours qu’on entendait parler de classes fermées à cause du Covid, alors quand le président a annoncé que ça fermait partout, on a presque été soulagés », raconte Coline, 16 ans, en 2de dans les Hauts-de-Seine. « Rien à voir », dit-elle, avec le « choc » du premier confinement, en mars 2020 : « Aujourd’hui, on est en terrain connu pour les cours à distance, même quand ça bugge… »Reste à comprendre, pour des jeunes en demande de liberté, les « contours » de cette pause. « Un reconfinement sans limitation des sorties dans le temps, alors que les journées s’allongent, soyons honnêtes : on le vit plus comme un premier pas vers le déconfinement que comme un tour de vis ou un retour en arrière », témoigne Zaï.

L’étudiante en théâtre à Paris ne se sent pas « tranquille » pour autant :« On nage en plein paradoxe, dit-elle. On nous répète que l’épidémie flambe, on voit partout autour de nous le cercle des malades ou des cas contacts se rapprocher et, pourtant, on sort, sans le stress des contrôles policiers, sans garder l’œil sur la montre. »Alex, lycéen en 1re dans l’Essonne, parle, lui, d’« injonctions paradoxales » : « Toute la France est officiellement reconfinée, mais on peut traîner dehors, et ce, au nom de la responsabilisation de chacun. Je cherche encore la logique ! » Si, pour les vacances, il a franchi la limite de déplacement de 10 kilomètres, c’était « uniquement » pour rejoindre son père, installé à Limoges. Un « bol d’air », dit-il. « Le reste du temps, je ronge mon frein en attendant que les musées et les cinémas puissent rouvrir, je sors marcher, je lis beaucoup… Je ne me suis pas senti seul au premier confinement, ni même au deuxième. Mais au troisième, ça commence à peser. »C’est aussi ce que laisse deviner Félix, 20 ans. Avec seulement deux « vraies sorties » en un an, sa vie amicale s’est réduite « au minimum », explique l’étudiant en mathématiques à Lyon. Les rencontres par écran interposé, « ce n’est pas [son] truc » : « Je passe déjà entre quatre et six heures par jour à étudier sur l’ordinateur. Je fatigue… Même les jeux vidéo, une valeur sûre, m’attirent de moins en moins. » Au premier confinement, il avait rejoint le domicile familial à Blois. Cette fois-ci, il a hésité : « Ici ou là-bas, c’est toujours la crise. »« Un peu fébrile »Zaï, elle, n’aurait pas eu de « cas de conscience à bouger », mais elle a préféré rester à Paris pour réviser. « Avec les bibliothèques fermées, la difficulté à travailler en groupe, c’est dur…

Le semestre est passé trop vite ; de “visio” en “visio”, j’ai un peu perdu le rythme. » Clara, 19 ans, étudiante elle aussi dans la capitale mais « en psycho », a laissé derrière elle sa « coloc » pour retrouver ses parents installés à côté d’Orléans. « Ma vie sociale, à Paris, c’est le néant, lâche-t-elle. Au moins, à la campagne, on se retrouve entre amis des villages alentour. On se pose dans un parc. On respire un peu… »Le port du masque, les gestes barrières, Manon a le sentiment de les « appliquer à la lettre ». Comme tous les adolescents interrogés, elle explique résister aux « sirènes des fêtes », voir « toujours » le même groupe d’amis, en « petit comité » et/ou « en extérieur ». « On s’adapte dans notre vie amicale, on s’adapte dans notre vie scolaire. L’ambiance est moins oppressante qu’il y a un an, mais ça me rend quand même un peu fébrile. »Dans les rangs étudiants, on partage le constat, mais on confie aussi prendre « quelques libertés » avec les règles. « L’an dernier, quand l’été est arrivé, on avait pour nous les bars et les restos d’ouverts, observe Laurent, 18 ans. Là, on finit souvent la soirée dans de petits apparts. Pour peu qu’on picole un peu, les gestes barrières tombent. » Etudiant en lettres à Bordeaux, fils unique d’une mère commerciale, en rémission d’un cancer, il ne cache pas « culpabiliser ». « Je prends mon repas seul, j’ouvre toutes les fenêtres, je reste un maximum dans ma chambre. Sans être sûr de ne pas l’exposer. »La vaccination – récente – de sa mère l’a « un peu » rassuré. Pour lui, il n’y est pas opposé : « Ça nous permettrait de bouger à nouveau, au moins en Europe », espère-t-il, lui qui « rêve d’Erasmus ».

Zaï, l’étudiante parisienne, dit attendre son tour. « Si je pouvais me faire vacciner tout de suite, je le ferais. Pour contribuer à l’immunité collective, mais aussi pour pouvoir de nouveau faire des projets. »Une question emporte toutes les autres : comment imaginer l’été qui vient et, dans son sillage, l’année scolaire ou universitaire d’« après » ? « “On ne va jamais s’en sortir” : cette petite phrase, je l’entends dans toutes les bouches, relève Zaï, et c’est vraiment propre à ce nouveau confinement. » « Le fatalisme s’installe, témoigne aussi Alex. On devrait être à l’âge de toutes les découvertes, et on procrastine, on tue le temps… Avec les variants [du SARS-CoV-2], je n’ose même plus m’imaginer d’issue. C’est aussi une façon de ne pas être déçu. »S’ils s’interrogent, unanimement, sur les effets de la crise sanitaire sur leur parcours scolaire, ils ne s’imaginent pas, avec l’arrivée des « beaux jours », ailleurs qu’en classe ou en « amphi ». « C’est peut-être le seul effet positif de la période, conclut Alex, que de nous avoir rappelé où est notre place. »

Le Monde, mardi 27 avril 2021

à voir

quelques vidéos glanées sur le net sur des sujets variés ou presque :

Arte nous parle des Emirats Arabes Unis : Emirats : la fin de l’Eldorado ? | ARTE Reportage – YouTube et également : Pourquoi tout le monde veut aller vers Mars ? – 28 Minutes – ARTE – YouTube

Le Monde fait le point sur des questions économiques.. Le BG de service vous présente la crise économique du corona : Coronavirus : la crise économique est unique, voici pourquoi – YouTube et la question de la dette : Covid-19 : pourquoi la dette publique n’est pas un problème (pour l’instant) – YouTube

idem sur Xi Jinping : Chine : Xi Jinping est-il le nouveau Mao ? – YouTube

au hasard…

Pensant que je ne peux enseigner que si je garde vivante cette matière que j’enseigne, je me perds parfois dans les rayons des bibliothèques.. Voilà sur quoi je tombe.. Pour ceux qui voudraient savoir, j’ai recopié le texte de Bregman après avoir écrit l’article suivant….

Lu dans <<Utopies réalistes>>, Rutger Bregman, seuil, 2017, lisible à l’Alcazar, 320.5 BREG…
extraits p 20-22

Il est vrai que l’histoire est pleine d’utopismes sous toutes leurs formes – fascisme, communisme, nazisme – de même que chaque religion produit des sectes fanatiques. Mais si un fondamentaliste religieux incite à la violence, faut-il pour autant discréditer automatiquement toute religion ? Alors pourquoi discréditer l’utopisme ? Faudrait-il simplement arrêter tout à fait de rêver d’un monde meilleur ?
Bien sûr que non. Mais c’est précisément ce qui arrive. Optimisme et pessimisme sont devenus synonymes de confiance ou méfiance de consommateur. Toute idée radicale sur un autre monde est devenue presque impensable. Les attentes par rapport à ce que notre société peut accomplir se sont spectaculairement érodées, nous laissant face à la dure et froide vérité qui veut qu’en l’absence d(utopie tout le reste n’est que technocratie. La politique s’est diluée en gestion des problèmes. Les électeurs oscillent de part et d’autre, moins parce que les partis sont si différents que parce qu’il est si difficile de les distinguer et que la droite n’est désormais séparée de la gauche que par un ou deux points de taux d’imposition.
Le journalisme nous présente la politique comme un jeu dont les enjeux ne sont plus des idéaux mais des carrières. L’université est devenue un lieu où chacun est trop occupé à lire et à publier pour débattre. Celle du XXIe siècle ressemble à rien tant qu’à une usine, comme d’ailleurs nos hôpitaux, nos écoles et nos studios de télévision. ce qui compte, c’est d’atteindre des objectifs. Croissance économique, parts d’audience, nombre de publications – lentement mais surement, la qualité est remplacée par la quantité.
Et tout cela est animé par une force appelée « libéralisme », une idéologie pour ainsi dire vidée de tout contenu. Ce qui importe à présent, c’est « d’être soi-même » et de « faire son truc ». La liberté est peut être notre idéal le plus élevé, mais notre liberté s’est vidée de son sens. (…) La scène publique doit être « neutre » – ce qui ne l’empêche pas d’être plus paternaliste que jamais. A chaque coin de rue nous sommes incités à nous gaver et à nous enivrer, à emprunter, acheter, suer, stresser et tricher. Quoique nous nous racontions sur la liberté de parole, nos valeurs ressemblent à s’y méprendre à celles que défendent les entreprises qui peuvent s’offrir des publicités aux heures de grande écoute. Si un parti politique ou une secte religieuse avait seulement une fraction de l’influence qu’exerce l’industrie publicitaire sur nous et nos enfants, nous serions déjà dans la rue et en armes.

Lu dans <<La société de défiance. Comment le modèle social français s’autodétruit>> Yan Algan et Pierre Cahuc, CEPREMAP, 2007/2016, lisible à l’Alcazar, 302 ALGA

Je ne suis pas arrivé à lire tout le livre… Toute ma culture socio-économique s’est effondrée en lisant ce brûlot qui a reçu paraît il le prix du livre d’économie… Extrait rapide :

En contrôlant l’ordre public et la distribution des ressources, l’État affecte la confiance de chacun envers les autres et envers les institutions. Or, de nombreux éléments empiriques indiquent que l’universalisme et la transparence des mécanismes de solidarité sont associés à une plus grande confiance. Ce n’est pas tant l’existence d’un Etat-Providence et le niveau des dépenses publiques qui emportent que le mode d’intervention et de régulation de cet Etat. p 48

je reprends :
« En contrôlant l’ordre public et la distribution des ressources, l’État affecte la confiance de chacun envers les autres et envers les institutions ». C’est à dire en étant l’Etat, l’Etat annihile la confiance… Là j’étouffe… en contrôlant l’ordre public, mais bon sang c’est le but de l’Etat.. Tu enlèves ça, il n’y a plus d’Etat… Ensuite, dire que l’Etat contrôle la distribution des ressources c’est peut-être pousser le bouchon libéral un peu loin… Quoi, nous sommes à Moscou ??? Que veulent ils dire ??? Bien sur que je ressens la pression de l’Etat dans mon pays…. Sans aller plus loin que Parcoursup… C’est le grand ordinateur qui va décider. Le recours c’est de mettre 18 à tout le monde.. Du coup, on annule l’évaluation et les formations du supérieur ne jugeront qu’à partir de l’origine des élèves.. C’est le résultat du trop d’Etat, les acteurs privés s’adaptent… Bien sur ! Mais au delà des exagérations, des abus, le fondement de l’Etat est la protection des citoyens, enfin je le croyais.. On m’avait appris que depuis la seconde guerre mondiale, l’Etat ça servait à ça… Après que les régimes fascistes aient fait de l’Etat un broyeur d’humains, après que le stalinisme ait été assimilé aux mêmes régimes, parce que broyeur d’humains également, j’ai cru en notre démocratie libérale.. Si c’est pour que de beaux esprits économistes viennent balancer le bébé avec l’eau du bain… Un jour un prof de fac m’a dit « depuis 1968 je vois tout mon monde s’effondrer ».. Je n’ai pas les mêmes idées, mais je peux dire pareil..depuis les années 1980, tout le monde mental dans lequel j’ai grandi, élevé dans un milieu chrétien démocrate, tout cela s’effondre… Ce qui était de l’ordre de la tentation, c’est un argument de vente. L’argent, regardé avec méfiance, est une des rares valeurs encore debout. Le groupe qui était une référence à l’intérieur duquel on essayait de percevoir les équilibres, est une lubie dépassée, seul comptant l’individu. Le bien commun qui était et devait être respecté, est au mieux un mal nécessaire, au pire un empêcheur de tourner en rond… On avait confiance en l’Etat, forcément massif, lent, rigide, mais protecteur… De forts comme des faibles.
je poursuis :
 » Or, de nombreux éléments empiriques indiquent que l’universalisme et la transparence des mécanismes de solidarité sont associés à une plus grande confiance.  » Et on cherche encore à nous faire croire que l’économie est une science… Pauvres naïfs ! L’économiste c’est celui qui vous dira demain qu’il a eu raison d’avoir tord hier… Oui, un peu comme le politique… Les données empiriques, tu les as en prenant un café ou pire au bar du coin, quand ils sont ouverts… D’ailleurs un peu plus loin, en affirmant que la multiplication des régimes particuliers de retraite sape la cohérence et la confiance, je me disais, ouaou il doit y en avoir pléthore… 10.. Il y en a 10, selon les mêmes auteurs ! C’est ça la complexité ? 10 régimes de retraite différents ? C’est ça la complexité ne pas avoir le même régime de retraite quand tu as passé ta vie sur les chantiers de construction ou quand tu as passé ta vie dans une bibliothèque.?? Bien sur que la transparence inspire confiance.. mais l’habitude de discréditer non !!! Mais les affaires politico-financières, non ! En France on est malade de l’égalité.. lisez « L’égalité du phantasme français » de Michel de Rosen, Tallandier, 2020 [disponible en numérique sur le site de la bibliothèque de l’Alcazar] c’est sur.. Il n’est que de faire l’histoire du XIXe pour comprendre que le « peuple » français le rechercher et tous ceux qui s’y sont agglomérés depuis ont adhéré à cette valeur… qui est sans doute la mieux transmise à l’école !! Donc c’est vrai ,en France si tu as pas l’air favorable à l’égalité, tu es mal vu… De là à dire que c’est l’Etat qui organise l’inégalité, il n’y a qu’un pas que les auteurs ne franchissent pas.
enfin :
 » Ce n’est pas tant l’existence d’un Etat-Providence et le niveau des dépenses publiques qui emportent que le mode d’intervention et de régulation de cet Etat. » Oh lala !!! Je m’ai trompé §§ Aïe Aïe Aïe !!!! En fait ils ne critiquent pas le système français, ils critiquent l’application française du système… Boudiou, ouf, l’honneur est sauf… Okay, donc vous avez compris.. L’Etat Providence c’est bien, mais ça doit être transparent… On doit mettre tout le monde au même niveau : que tu touches 1500 ou 15000 € par mois, tu auras les mêmes prestations, ça c’est l’égalité… Les complémentaires ? N’en parles pas c’est du ressort du choix de l’individu, ne l’oublies pas ! Notre modèle ce sont les pays scandinaves, Copy ? Norvège, 5 millions d’habitant et producteur de pétrole. Suède 10 millions d’habitants. Danemark 5 millions d’habitants….En voyant ça, oui je pense que effectivement on peut s’en sortir quand le nombre de dossier est plus faible.. Pour ceux qui rêvent encore du modèle scandinave, je conseille la lecture des policiers de l’école scandinave, justement.. H. Mankell, C Läckberg, entre autres.. Lisez et dites moi si ces pays n’ont pas de problèmes administratifs, n’ont pas de problèmes de racisme… Le modèle allemand, lisez la presse allemande, en traduction dans Courrier International.. Vous verrez que les Allemands ne sont pas si satisfaits que cela de leur système soi disant miraculeux.. Quand au modèle américain que nous suivons puisque rien d’autre n’existe, on voit, on sait ce que ça donne, ce que ça sécrète comme misère et désespérance… Ne soyez pas aussi idiots que ceux qui lisent cela en disant « tu crois que le communisme s’était mieux ? ».. Ayez l’intelligence de voir que la critique n’est pas la condamnation. Je suis heureux de manger à ma faim, d’avoir des gadgets qui me permettent de m’emmerder copieusement en ne pensant pas aux choses qui fâchent, d’avoir des vêtements, la mode etc… Je n’en oublie pas moins ceux qui sont empoisonnés par mes déchets, directs ou non, ces animaux contaminés par mes déchets plastiques, ces humains exploités pour que je vive bien… Et je ne peux rien faire.. En fait c’est ça qui mine ma confiance….

lecture….

Voilà quelques notes de lecture dans l’ouvrage de Chloé Morin « Le populisme au secours de la démocratie ? », Gallimard, Le débat, 2021.. Quelques passages piqués en gros au milieu du livre, pour montrer le développement de l’argumentaire. J’ai laissé de côté ce qui me paraissait de l’ordre de l’illustration pour ne garder que les grands traits de l’argumentation, les grandes étapes… Une analyse qui me paraît intéressante, à discuter, toujours !

Débat, communauté démocratique et essentialisation

p 95 « Le drame de la période actuelle est que face aux forces de dispersion et de désagrégation de la communauté nationale que représentent les identités nouvelles ou « tribus », nul ne semble plus savoir comment créer du « nous » dans recourir à l’artifice de l’essentialisation et de la désignation d’adversaires ou de boucs émissaires. »

p 100 «  La démocratie ne s’est pas construite, loin s’en faut, sur l’idée de consensus ou d’homogénéisation sociale, politique et culturelle. Dans une société du « même », nul besoin d’institutions délibératives pour mettre tout le monde d’accord, puisque les intérêts de chaque individu sont les mêmes. Dans une société homogène, il n’est pas besoin de canaliser les aspirations et les colères, de pacifier les antagonismes de classe, de religion, ou d’orientations idéologiques. La démocratie sert précisément à organiser la coexistence d’individus dont les intérêts divergent. »

p 104 « Nos institutions sont construites pour gérer une société plurielle, composée de groupes et d’intérêts divergents. »

p 105 « Tout différence, tout clivage n’est pas une menace en soi pour la démocratie. Au contraire, ils en sont bien souvent le carburant lorsqu’ils trouvent à s’exprimer de manière raisonnée dans le cadre de nos institutions. (…) le conflit politique suppose l’existence d’un pluralisme, d’une multiplicité de points de vue et d’intérêts. Mais deux avis qui s’opposent ne suffisent pas à constituer un conflit : deux individus en désaccord peuvent se contenter d’acter leur dissensus ou pire, de s’ignorer, renonçant par là à  »faire société ». Le passage de cette divergence à l’affrontement suppose de reconnaître son interlocuteur comme un adversaire avec qui engager un débat ou un rapport de force »

p 106 « Dans un monde perçu comme de plus en plus menaçant (…), mais aussi de plus en plus complexe, où il devient de plus en plus difficile de distinguer le vrai du faux, l’ami de l’ennemi, la recherche d’un groupe d’appartenance, d’une communauté dont on partage les valeurs et les codes, et dont on attend une reconnaissance sociale, est un réflexe primaire. »

p 107 «  de fait les exemples sont nombreux où le conflit est entretenu pour lui-même, pour cimenter un groupe, qui ne cherche pas à le dépasser puisqu’il y trouve indirectement une raison d’être. De plus en plus nos débats politiques tournent en rond (…) non pas parce que les gens seraient devenus moins intelligents ou qu’ils ne pourraient pas partager d’opinions sur tel ou tel sujet, mais bien plutôt parce que le débat ne sert pas à cheminer vers un compromis : il sert une fonction instituante pour l’individu ou le groupe dans la société. »

p 108 « … l’essentialisation remplace l’argumentation »

A propos des propos de M Valls sur les Roms en 2013 sur l’impossibilité de les intégrer en arguant des modes de vie trop différents des « nôtres » : « Sous couvert de tenir un « langage de vérité », il sort là du cadre du débat « de fond » (à quelles conditions et comment intégrer les individus qui arrivent sur notre territoire) pour se placer dans un cadre où sa résolution n’est plus possible : dès lors que deux « modes de vie » s’affrontent, c’est l’existence même de chaque groupe qui est en jeu. » p 109.

p 110 « Il ne s’agit pas de critiquer tel ou tel responsable politique de remettre en question telle ou telle orientation idéologique : tous les responsables politiques, sans exception, ont eu un jour recours à la dynamique identitaire pour construire des dynamiques d’opinion. Le problème est que, de plus en plus, ces dynamiques consolident des identités qui enferment, assignent et transforment l’adversaire en ennemi, et le débat en lutte à mort pour la survie du « groupe ». »

p 111 « … les modèles parentaux (« père fort », mère nourricière ») influencent notre rapport à l’autorité et au conservatisme politique (…) plus le style parental d’un individu est strict, plus il est enclin à percevoir les faits et les autres avec hostilité et à défendre des politiques de fermeture ou de fermeté. Par exemple, les répondants (à l’enquête menée dans le cadre de travaux de psychologie…) qui présentent un style parental strict sont 68% à estimer que l’identité de la France est en train de disparaître, soit 24 points de plus que ceux qui ont un mode de parentalité permissif. De même les premiers sont 67% à estimer que la France devrait fermer ses frontières aux migrants, soit 30 points de plus que les autres ».

p 112 « Le revers de la désignation de boucs émissaires est l’auto-désignation de « victimes ». (…) Comment construire du compromis quand on rejette absolument sa propre responsabilité ? Comment se réconcilier quand l’autre devient la source de tous nos maux, voire une menace existentielle ? »

p 113 « Pendant la catastrophe sanitaire du coronavirus, on a également pu observer une multitude de victimes autoproclamées. Comme nous sommes tous des victimes potentielles, la recherche de responsabilités est devenue une sorte de sport national sans que jamais nous nous interrogions sur nos responsabilités propres. (…) il ne se trouvait plus un seul Français pour assumer avoir voté pour les responsables politiques de tous bords* qui ont, depuis vingt ans, désarmé l’hôpital public. » *c’est moi qui souligne !..

p 114 «  Dans une société où il y a seulement des victimes ou des bourreaux, la seule logique possible est celle du ressentiment, de la frustration, de la vengeance et de l’affrontement – rien de commun ne peut se construire, aucun lien ne peut être tissé, et aucun avenir commun ne peut être envisagé. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la plupart des dynamiques politiques actuelles misent avant tout sur l’instrumentalisation de ces logiques victimaires : plutôt que de chercher à créer des élans par le rassemblement, le compromis et la projection dans un avenir commun, la plupart des programmes politiques reposent sur la désignation de victimes et de boucs émissaires. »

douce france

Alors que l’on a le choix en ce moment de mourir à petit feu loin de la société ou de mourir, pour une partie seulement d’entre nous, d’insuffisance respiratoire, la lecture du courrier international n°1576 peut donner un bel exemple de la place de notre beau pays, place dont nous avons du mal à avoir une idée pertinente, nous les Français…
Sur la page de gauche, un bel article allemand d’origine intitulé « Pourquoi y-a-t-il de plus en plus de Français antivaccins ? ». La journaliste de Die Zeit dresse un portrait entre deux de ces Français râleurs qui refusent le vaccin (l’article date du moment où seuls 40% de nos concitoyens voulaient se faire vacciner), tendance qui n’a d’ailleurs pas attendu le Covid puisque les Français sont souvent réticents à la vaccination en général…. Elle n’a pas l’air de s’en réjouir mais cite quand même Libération questionnant « Peut-être avons nous le peuple le plus débile de la terre.. » et précise que « les Français sont les Européens les plus méfiants envers leurs dirigeants ».. Intéressant ! On nous ressert encore une fois le couplet sur Astérix, sur ce magnifique râleur que fut Jean Pierre Bacri, bref si tu es Français, tu râles…. Oui , ok ! Sauf qu’on passe vite du râleur au collabo… Un beau dessin du grand Plantu nous le rappelait voilà 15 jours :

Je sais pas vous mais j’en ai un peu marre de ce râlisme à la française… D’abord c’est pas parce qu’on gueule tout le temps qu’on est un modèle.. Les réseaux sociaux en plus, on passe son temps à critiquer la critique de la critique et on passe à côté de ce qui peut nous faire du bien.. simplement voir le bon côté des choses… Oui on vit une époque complexe, mais avons nous des armes bien humaines pour vivre l’isolement ? Pas le véritable isolement des vieux qui restent dans leur chambre et parlent aux murs… L’isolement de rester chez soi en famille, de bosser à travers un écran, qui nous laisse sortir respirer quand même…On a les armes… Mais tellement attachés à la consommation de tout, matériel et relationnel, quand on ne consomme plus et qu’on est seul face à soi-même que l’on fuit à coup de consommation, c’est sûr, ça fait mal !
Du coup l’article de droite dans ce numéro du courrier international fait beaucoup de bien.. Article d’un journaliste italien du 1er janvier partant du principe que l’Angleterre nous quittant, on peut se délester de l’anglais !!!! « maintenant que les Anglais font bande à part, pourquoi la lingua franca de l’Union européenne devrait-elle rester l’anglais ? Cela ne vous semble pas absurde ? »… Messieurs les Français-toujours-mécontents-que-la-France-c’est-toujours-les-plus-idiots, tenez vous bien : « c’est surtout le présent qui plaide en faveur d’un retour du français à la première place des langues de l’Union.Qui est en effet le plus grand romancier vivant ? Michel Houellebecq. Qui est le plus grand historien de l’art en vie ? Jean Clair. Sont français – ou en tout cas écrivent en français : Edgar Morin, Milan Kundera, Régis Debray, Pascal Bruckner, Bernard-Henri Lévy, Catherine Millet, Alain Finkielkraut, Emmanuel Carrère, Eric Zemmour, Michel Onfray, Amélie Nothomb, Fabrice Hadjadj, mais aussi le cardinal Sarah, qui porte l’espérance catholique. ».. Bon.. la liste est pas forcément super attachante, il y en a même dans le lot qui sont assez vomitifs, mais bon…. Le journaliste glisse ensuite dans une critique italo-centrée pas très agréable… Surtout quand on aime l’Italie, sa culture, sa langue…. Mais la suite nous fait du bien : « le français d’Europe nous permettrait d’être plus crédibles : comment peut-on se dire en effet européen quand on parle la langue de ceux qui ont refusé l’Europe ? Le choix de cette langue, nous permettrait également d’être plus intelligents en nous rapprochant des esprits les plus brillants du moment. »
Oui la France a collaboré
Oui la France a massacré
Oui la France a mis en esclavage
Oui la France et les Français ont accumulé les erreurs
Mais doit-on , comme l’ambiance nous y pousse, résumer chacun à la somme de ses erreurs ? Moi, prof je dois être « bienveillant », c’est à dire regarder tout élève comme un petit poussin innocent et forcément traumatisé.. Mais la société montre à ces mêmes petits poussins que dès qu’une tache apparaît sur le blanc du drapeau c’est le drapeau entier qui part à la poubelle….Nos réseaux sociaux qui ne commettent jamais d’erreur, c’est bien connu, emportent tout le monde par la rumeur d’une erreur et condamne à l’infamie, sans autre forme de procès ???
Bienveillance ici, incorruptibilité là ? Le dernier qu’on a appelé incorruptible, c’était Robespierre.. A qui le tour ?
Reconnaître ses erreurs, c’est le B-A-BA dans notre civilisation, même avant les chrétiens et leur foutue culpabilité, d’ailleurs bien héritée des pratiques judiciaires romaines…
Existe-t-il autre chose derrière l’erreur ? Notre ambiance toute à la morale de nos Français(e)s râleurs(ses) nous plonge vers un non irréductible… Mais , bien entendu, le jour où les râleurs eux mêmes seront dans l’erreur, il faudra faire marche arrière et être bienveillant…
« Salut à toi Dame Bêtise, toi dont le règne est méconnu ».. Merci Jacques !

prendre le temps

prendre le temps de réfléchir, je ne vois rien de plus anachronique aujourd’hui… Qui réfléchit dans tous les papiers qu’on nous met sous les yeux embués après ces attentats ? Chacun tire la couverture à soi et le manège continue. Il faut bien le dire, réfléchir n’est pas l’activité la plus répandue parmi nos contemporains, mais comme c’est mon métier, que je le fasse bien ou pas, je vais essayer de me mettre au travail. Voilà donc le résultat de cette réflexion…
L’assassinat d’un collègue clairement motivé par son activité pédagogique en fait un martyr de la cause, cela est évident et ne peut susciter aucune contradiction. Son activité est bien orientée vers la liberté d’expression : il n’est pas mort parce qu’il avait prêché la haine ou la discrimination. Là dessus on a du mal à ne pas crier avec la foule.
C’est en rentrant dans les détails que les choses se décantent… Qui de nous ne connaît un collègue vivant dans ces conditions ? Même si je suis très loin de ces conditions d’enseignement, je sais les difficultés autrement que par les infos des médias quand ça explose (information-spectacle à vomir.. mais manifestement, on aime ça !) . L’abandon de l’Etat est réel et les profs et instits se retrouvent parfois seuls représentants de cette « puissance publique », inexistante dans certains territoires… Cela crée des ambiances très spécifiques dans les établissements et je ne jetterais pas la pierre aux collègues qui ont peur.
Comment Samuel Paty a été repéré et ciblé ? Les réseaux sociaux ! Jusqu’à quand attendra-t-on pour brider ces outils de liberté/oppression… De telles armes aux mains de Hitler et Staline auraient assuré une tranquillité extraordinaire aux régimes totalitaires ! La diffusion à grande échelle du bavardage a un effet encore plus délétère que le comique sans limite : des affirmations de café du commerce sentant le pastis usagé deviennent des « opinions ». Quand on réfléchit avec la bouche, on n’affirme ni notre liberté ni notre dignité d’être humain. On ne voit pas monter une ambiance de méfiance où chacun est dans son réseau sans grande ouverture vers le tout autre, forcément dérangeant..
On n’en a pas fini de redéfinir encore et encore les contours de la laïcité. Qu’on soit bien d’accord, celle-ci a été une arme de lutte contre les catholiques à la fin du XIXe… Catholiques qui étaient partout dans le pouvoir, l’armée, etc… Mais depuis plus d’un siècle, après des combats idéologiques, mais aussi physiques, le catholicisme a accepté la laïcité, voire même la défend. Car pour un catholique, échanger son expérience sur Dieu avec quelqu’un d’une autre religion ne pose pas de problème. La lecture de la presse étrangère nous amène à constater qu’il en est de même chez les musulmans et dans les autres religions.La laïcité va plus loin que cette tolérance religieuse, certes ! Mais les derniers ouvrages du trio Ricard-André-Jollien nous montrent que l’on peut échanger sur sa vie spirituelle quelle que soit sa religion ou sa non-religion. Mais là encore, on ne parle pas d’ouverture spirituelle. La laïcité c’est ne pas prendre en compte les affaires religieuses dans les affaires légales. S’il y a des associations religieuses elles ne sont pas spécifiques par rapport aux autres associations réunies sur d’autres critères que le religieux…D’où le point suivant.
Peut-on vraiment parler de « droit au blasphème » ? Je considère cette expression comme le « droit au crime de lèse-majesté »… Je ne comprends pas qu’une autorité laïque pour qui la religion n’entre pas en ligne de compte, se mette à parler de blasphème… Insulter Jésus Christ, cela ne veut rien dire pour des gens qui n’y croient pas… D’ailleurs, qui réagit aux caricatures de Jésus ? Plus personne… Quand vous regardez de près, vous entendez les chrétiens dire, » non ça ne me fait pas rire », « c’est exagéré », « ils pourraient dessiner autre chose »… A-t-on parlé de blasphème lors de l’affaire de « la dernière tentation du Christ » ? Bien sur que non ! Seuls les croyants peuvent parler de blasphème. Pour les non croyants c’est une opinion, une insulte… Mais elle ne peut viser que les gens, pas la divinité !
Maintenant, le point de vue de la caricature ou de l’insulte est un autre sujet. Je n’ai jamais vraiment apprécié l’humour de Charlie… J’ai toujours trouvé qu’ils allaient trop loin, que les propos étaient outranciers… quand on parle des « caricatures de Mahomet », de quoi parle-t-on..? De ce Mahomet dessiné par Cabu qui se prend la tête dans les mains en disant « c’est dur d’être aimé par des cons ».. J’avoue, celle là me plaît beaucoup.. Et on pourrait la décliner avec Jésus, Moïse, Marx, Rousseau, De Gaulle etc…Parle-t-on de ce personnage enturbanné, nu avec une étoile dans le cul ???? Je dois avouer la difficulté à rire devant ce cul étoilé, qu’il ait un turban, une kippa, ou une croix sur la tête. Donc je suis très circonspect avec cet humour anarcho-libertaire qui existe depuis fort longtemps, qui est presque une tradition urbaine voire parisienne. Et ce n’est pas parce que au milieu d’une foule d’illustration à faire vomir, se cache à l’occasion une idée géniale, que je vais être un adhérent fervent…N’empêche… Aucune sorte d’excuse ou de prétexte là dedans : l’humour de Charlie ne me plaît pas mais Charlie a le droit de dessiner ce qu’il veut, c’est la liberté d’expression.
Cette liberté d’expression n’est pas totale : elle est , comme toute liberté, bornée par la loi : pas d’appel au meurtre, pas d’appel à la discrimination. Si les caricatures correspondent à une discrimination, ça se plaide et ça a été fait. Je ne vois pas en quoi dessiner les couilles de Mahomet, ou de Jésus, ou de Moïse ou de Vishnu peut faire avancer les affaires ??? D’ailleurs, insulter le président de la République ou sa femme ou le maire ou quiconque, je ne vois pas non plus en quoi ça peut faire avancer les choses… que ce soit la situation politique ou même la liberté… Insulter est un droit… Dans la rue, insulter c’est le début d’une bagarre. En conférant à l’insulte le droit d’expression, je ne sais pas quel chemin on prend… La liberté d’expression est-ce la liberté d’insulter ? Oui ! Dans la rue ça se termine en baston, et c’est ça que font les nazislamistes : « tu parles mal, tu mérites la mort ». Ce qui se passe dans la rue, n’est pas forcément acceptable, on voit la nuance : on peut insulter, mais on peut pas mal réagir.. alors que l’insulte est faite pour humilier l’autre, on ne laisse pas à l’autre la possibilité de réagir avec la violence initiale qui vient de la rue. De ce point de vue, on est en pleine « démocratisation » : les habitudes de la rue pénètrent les habitudes des « caves » comme disait Audiard… La liberté d’expression, du point de vue de ma pratique, c’est le respect de l’opinion personnelle. Pouvoir dire que les décisions prises ne sont pas les bonnes, que les idées à la mode sont dénuées d’intérêt, c’est laisser chacun exprimer son idée. Si dans un établissement, on ne peut pas dire que le Coran a été réuni un siècle après la mort de Mahomet, que ces textes sacrés, comme tous les autres textes sacrés, ont une histoire, un contexte, des interprétations variables… Là, pour le coup, il faut faire la révolution… Mais ce n’est pas en disant que Mahomet aille se faire enculer qu’on fera la révolution : ce n’est pas la révolution, ça, c’est de la provocation. Et la provocation c’est ingérable.. la révolution aussi d’ailleurs ! Devant le montée de l’extrémisme religieux, on doit aider les victimes, les premières victimes qui sont les musulmans eux-mêmes : discuter avec eux, leur donner des lieux pour développer la critique des textes, prier avec eux, pourquoi pas…. Cela se retrouve dans ma pratique professionnelle…
Car je dois enseigner la liberté d’expression, c’est mon métier. D’ailleurs, c’est le seul moment où on se souvient que l’école n’a pas été créée pour former des ingénieurs, mais pour former des citoyens… Avec des épreuves d’HG qui ne comptent que pour 5% du bac, on est en pleine hypocrisie : les valeurs c’est pour les médias, à l’école gardons que ce qui est utile, les maths et la physique… J’aime à penser que si on stressait moins pour les études-formations et qu’on se concentrait plus sur études-citoyenneté, on en serait pas là…. La liberté d’expression, bien entendu ce sont des choix pédagogiques. Mais c’est avant tout une attitude générale. Le prof (attention caricature) ancien premier de la classe, qui a bien réussi ses concours, qui a bien été humilié par ses enseignants universitaires, qui a réussi à s’en sortir parce qu’il est bon, que fera-t-il ? Il reproduira le schéma de l’école où celui qui sait pose les questions aux ignorants.. Et les humilie ! Et l’histoire géo est la meilleure matière pour cela : comment ? tu ignores où est Vaduz ? Samuel Paty n’était pas de ce style là, les témoignages de ses élèves l’ont bien mis en avant : ouvert, investi, à l’écoute… Manifestement, le stade 0 de la liberté d’expression c’est de soi-même l’établir dans sa classe… Et ce n’est pas facile dans un établissement abandonné par la République. Mais ce n’est pas évident non plus dans un établissement où sont scolarisés les fils de ministres ou de notables… La tension sociale existe partout, et dans les catégories sociales plus aisées, d’autres freins existent, d’autres tabous existent… Ce n’est pas parce que c’est plus facile, que l’on a rien à faire… Être ouvert aux réflexions des élèves, à leurs erreurs, c’est le début. C’est implanter non pas des principes mais des pratiques. On a tous à le faire dans nos classes. Et j’ose croire qu’on le fait à peu près tous ! Au delà de cette ambiance que l’on peut ou pas créer (parce que les élèves et l’ambiance globale le permettent ou non), on a des choix pour aborder les sujets… Samuel Paty a choisi les caricatures (mais notez bien que personne ne nous les a montrées, ces caricatures de Mahomet, il y en a des tonnes sur google images) pour son travail sur la liberté d’expression, et ça devait bien marcher puisque ce n’était pas la première fois qu’il les montrait. Je n’aurais pas fait ces choix là. Par peur ? Si vous voulez le croire, croyez le ! Mon avis est déjà écrit plus haut : je n’apprécie pas cette entrée dans le sujet. Je sais que dans les choses humaines, y compris la médecine, les extrêmes permettent souvent de comprendre les situations qui le sont moins… Donc c’est à la recherche du « jusqu’où » que la réflexion tombe sur les caricatures… Je ne clos pas la discussion car ces choix là sont légions.

stock de docs…
le site du CLEMI sur le dessin de presse
LA lettre de Jean Jaures aux INSTITUTEURS (extraits)
histoire de caricature très catholique…
voilà ce que ça a donné quand en 2010 Plantu a dessiné un pape sodomisant un enfant…ARTICLE et le dénouement ICI… une autre conséquence : LA
pour ceux qui veulent se souvenir qu’avant Mahomet, les caricaturistes avaient un super sujet à leur porte : DIEU
articles du journal Dajar, de Beyrouth, Liban, sur le sujet :
COMMENT des dessins peuvent-ils devenir plus graves que des meurtres ? 30 octobre
Les DICTATURES du monde musulman ont entrainé l’islam dans leur faillite – 31 octobre
Sur le BOYCOTT des produits français – 24 octobre
Sur la VIOLENCE ISLAMISTE par un journal libanais – 17 octobre

tempête

Voilà une semaine que la société française a du mal à respirer.
On avait le Covid, les incivilités et le non respect des règles… On a aujourd’hui un prof massacré… La tempête verbiale a succédé à la stupeur du moment… comme toujours.. L’attentat fait taire d’abord. C’est le moment de réussite du terroriste. Je sais ce n’est pas correct de dire que le terroriste a réussi, mais c’est malheureusement un fait… Le terroriste qui arrive à tuer a réussi ce qu’il voulait faire, nous mettre dans la terreur. La Terreur c’est maintenant, quand vient le tsunami de commentaires, de condamnation, d’anathème, où les mots ne sont jamais assez forts, les idées jamais assez radicales pour condamner le radicalisme… Et la machine s’emballe ! Il faut sans doute être plus radical que le radical, ou peut-être même employer ses méthodes ? La barbarie contre la barbarie ? Le contre-terrorisme contre le terrorisme ? Les terroristes de tout poil se frottent les mains, ils ont réussi : nous sommes effrayés, divisés, on ne se comprend plus, on ne sait plus quoi faire, mesures de sécurité, grand discours aux élèves, grand moment de silence, grand-messe de cette ancienne fille aînée de l’Eglise qui glisse dans le bavardage ne sachant plus à quel saint se vouer….
Vous avez le choix : ne pas pouvoir réfléchir devant l’avalanche de paroles, ne pas chercher à réfléchir parce que cette situation n’est pas la votre, ne pas réfléchir parce que la faute est toujours loin (l’Etat, le système, la gauche, la droite ou autre…). Voilà quelques extraits de presse internationale pour stimuler la réflexion de ceux qui voudraient en avoir une….. EXTRAITS

veau, vache, cochon…

Sur le site de JLL qui fait du conseil, des rapports, bref qui cuisine notre capitalisme bien aimé :

Notre conception de la production des biens et de leur distribution baigne dans une idéologie mondialiste, expansionniste et mercantile. Conditionnés par une culture de croissance sans fin et son mantra « No Border », nous avons construit un modèle économique qui dissocie opérationnellement la production et la distribution.

C’est dans ce contexte, qu’à la préoccupation écologique et sa contreculture de la décroissance, est venue se rajouter des considérations sanitaires dont la gravité pandémique n’épargne aucune région du monde.

Ce cocktail a servi de révélateur à une situation connue, mais que curieusement nous semblons découvrir aujourd’hui avec effarement. C’est bien 80% de notre consommation qui vient d’une région lointaine dont nous ne contrôlons rien. Que face à l’urgence, nous dépendons entièrement d’un ou deux pays pour des produits aussi vitaux que des médicaments et des équipements sanitaires de base.

Nous étions convaincus d’avoir organisé la planète avec une supply chain (= chaîne logistique) sans faille et millimétrée pour inonder nos marchés de marchandises et d’équipements. Comme après une fête trop arrosée, nous nous réveillons groggy, en constatant que la mondialisation heureuse est à 30 jours de bateau et qu’elle n’est qu’une mécanique improbable. Elle s’est dézinguée en quelques semaines et le suspect est un petit mammifère insectivore recouvert d’écailles. Nous vivions dans une abondance désinvolte et insouciante. Nous devons aujourd’hui gérer la pénurie et dans son sillage des comportements de peur et de panique.

Nous sortirons de cette situation. Mais que ferons-nous le jour d’après ?

A l’urgence du court terme de relancer notre économie, se rajoutera nécessairement une réflexion sur les défaillances et in fine les faiblesses de notre modèle. Rien ne sera plus comme avant nous dit-on. Si c’est bien le cas, il ne faudra pas renouer automatiquement avec la facilité du « business as usual », mais réfléchir à un modèle alternatif ou au moins profondément transformé. La tâche est immense et difficile, tant elle nécessite de changer tout un univers mental. Il ne suffira pas de trouver quelques recettes supplétives d’appoint, mais de bouleverser notre paradigme actuel.

Certains promoteurs du développement durable soutiennent depuis longtemps que seul un choc et une vraie catastrophe humanitaire peuvent changer notre mode de pensée et notre modèle. La tragédie et sa cohorte de morts que nous traversons actuellement pourront peut-être nous y conduire. Mais il faudra rester lucide, en séparant ce qui relève du court terme et ce qui relève du moyen terme.

https://www.jll.fr/fr/views/quelle-supply-chain-apres-le-coronavirus

en passant

Rien de tel qu’un peu de lecture….
aujourd’hui ce sera bref…ou pas
je ne saurais trop vous conseiller la lecture du livre de A Banerjee et E. Duflo intitulé « Economie utile pour des temps difficiles »… je déteste l’économie, mais j’ai trouvé dans ces 450 pages, des raisons de garder espoirs que parmi cette catégorie de gens qui sont prêts à vous prouver demain qu’ils avaient raison d’avoir tord hier, il est quelques gens lucides….

ça fait un bien fou quand on voit que même des gens intelligents arrivent à revenir aux fondamentaux humains…
« Définir les gens par leurs problèmes, c’est transformer l’accident en essence. C’est nier tout espoir. La réaction naturelle est alors de se replier sur son identité, ce qui a des conséquences terribles pour la société tout entière » p 433
« Les enseignants à qui l’on dit que certains sont plus intelligents que les autres (alors qu’on les a seulement choisis au hasard) les traitent différemment, si bien que les enfants finissent de fait par avoir de meilleurs résultats. » p 432

sur les économistes…
« Les économistes sont plutôt des plombiers : ils résolvent les problèmes par un mélange d’intuition faite de science, de conjecture fondée sur l’expérience et d’une bonne dose d’essais et d’erreurs.
Cela signifie que les économistes se trompent souvent (…)Tout le monde peut se tromper. en soi, ce n’est pas dangereux. Ce qui l’est , en revanche, c’est d’être si attaché à son point de vue que l’on interdit aux faits de le contredire. » p 19-20

sur l’immigration et ses conséquences…
Résultat d’une enquête de 2018 sur l’immigration « En Italie, par exemple, la part réelle des immigrés dans la population est de 10% ; la part perçue est, quant à elle, en moyenne de 26%. (…) Pendant la campagne de 2017, Marine Le Pen répétait que 99% des immigrés étaient des hommes adultes (en réalité 58%) et que 95% de ceux qui s’installaient en France étaient « pris en charge par la nation » puisqu’ils n’y travailleraient pas (en fait, 55% des immigrés présents en France appartenaient alors à la population active). » p 24
« Ce n’est pas uniquement dans les pays en voie de développement que les gens s’abstiennent de tout quitter pour améliorer leur situation économique : entre 2010 et 2015, alors que la crise économique frappait la Grèce de plein fouet, on estime que mois de 350.000 Grecs ont émigré, soit 3% de la population. Pourtant le taux de chômage était en 2013 et 2014 de 27% et les Grecs, en tant que citoyens de l’UE, avaient la possibilité d’y travailler et de s’y déplacer librement. » p 29
Sur l’impact des immigrés cubains sur les salaires en Floride menée par D. Card en 1980 (arrivée de 125.000 personnes) : « Card n’a constaté aucune différence, ni immédiatement après l’arrivée des immigrés cubains, ni quelques années plus tard. Les salaires des autochtones n’ont pas été modifié (…) même constat pour les salaires des immigrés cubains installés à Miami avant cet exode (…) Pour la première fois, il était démontré que le modèle le plus simple de l’offre et de la demande de travail ne s’appliquait pas directement à l’immigration » p 36
« En général les immigrés peu qualifiés ne nuisent pas aux salaires et à l’emploi des autochtones. Mais le niveau de passion voire de violence du débat politique actuel, étayé ou non par des faits, ne permet guère de dépasser les postures politiciennes de ceux qui en sont les protagonistes. (…)le rapport sur l’immigration (de la national academy of sciences) : Depuis plusieurs dizaines d’années, la recherche empirique montre (…) que l’impact de l’immigration sur les salaires des autochtones, mesuré sur une période de plus de 10 ans, est très faible » p 39
« La complémentarité l’emporte sur la rivalité, parce que les immigrés sont généralement prêts à effectuer des tâches auxquelles rechignent les autochtones, comme tondre des pelouses, faire des hamburgers, garder les enfants, s’occuper de personnes malades. Et quand il y a plus d’immigrés, le prix de ces services tend à baisser, ce qui incite les travailleurs autochtones à prendre d’autres emplois. Les femmes très qualifiées, en particulier, ont plus de chance de travailler quand il y a beaucoup d’immigrés. » p 42-43

sur mondialisation et inégalités
« Correlation n’est pas causalité. Peut-être la mondialisation n’est-elle pas en soi la cause de l’accroissement des inégalités. Après tout, la libéralisation du commerce ne s’accomplit presque jamais seule : dans tous ces pays, les mesures commerciales se sont inscrites dans un ensemble de réformes. » p 88-89