Eduquer au XXIe siècle

Avant d’enseigner quoi que ce soit à qui que ce soit, au moins faut-il le connaître. Qui se présente, aujourd’hui, à l’école, au collège, au lycée, à l’université ?

Ce nouvel écolier, cette jeune étudiante n’a jamais vu veau, vache, cochon ni couvée. En 1900, la majorité des humains, sur la planète, travaillaient au labour et à la pâture ; en 2011, la France, comme les pays analogues, ne compte plus qu’un pour cent de paysans. Sans doute faut-il voir là une des plus fortes ruptures de l’histoire, depuis le néolithique. Jadis référée aux pratiques géorgiques, la culture, soudain, changea. Celle ou celui que je vous présente ne vit plus en compagnie des vivants, n’habite plus la même Terre, n’a plus le même rapport au monde. Elle ou il n’admire qu’une nature arcadienne, celle du loisir ou du tourisme.

– Il habite la ville. Ses prédécesseurs immédiats, pour plus de la moitié, hantaient les champs. Mais, devenu sensible à l’environnement, il polluera moins, prudent et respectueux, que nous autres, adultes inconscients et narcisses. Il n’a plus la même vie physique, ni le même monde en nombre, la démographie ayant soudain bondi vers sept milliards d’humains ; il habite un monde plein.

– Son espérance de vie va vers quatre-vingts ans. Le jour de leur mariage, ses arrière-grands-parents s’étaient juré fidélité pour une décennie à peine. Qu’il et elle envisagent de vivre ensemble, vont-ils jurer de même pour soixante-cinq ans ? Leurs parents héritèrent vers la trentaine, ils attendront la vieillesse pour recevoir ce legs. Ils ne connaissent plus les mêmes âges, ni le même mariage ni la même transmission de biens. Partant pour la guerre, fleur au fusil, leurs parents offraient à la patrie une espérance de vie brève ; y courront-ils, de même, avec, devant eux, la promesse de six décennies ?

– Depuis soixante ans, intervalle unique dans notre histoire, il et elle n’ont jamais connu de guerre, ni bientôt leurs dirigeants ni leurs enseignants. Bénéficiant d ‘une médecine enfin efficace et, en pharmacie, d’antalgiques et d’anesthésiques, ils ont moins souffert, statistiquement parlant, que leurs prédécesseurs. Ont-ils eu faim ? Or, religieuse ou laïque, toute morale se résumait en des exercices destinés à supporter une douleur inévitable et quotidienne : maladies, famine, cruauté du monde. Ils n’ont plus le même corps ni la même conduite ; aucun adulte ne sut leur inspirer une morale adaptée.

– Alors que leurs parents furent conçus à l’aveuglette, leur naissance est programmée. Comme, pour le premier enfant, l’âge moyen de la mère a progressé de dix à quinze ans, les parents d’élèves ont changé de génération. Pour plus de la moitié, ces parents ont divorcé. Ils n’ont plus la même généalogie.

– Alors que leurs prédécesseurs se réunissaient dans des classes ou des amphis homogènes culturellement, ils étudient au sein d’un collectif où se côtoyent désormais plusieurs religions, langues, provenances et mœurs. Pour eux et leurs enseignants, le multiculturalisme est de règle. Pendant combien de temps pourront-ils encore chanter l’ignoble « sang impur » de quelque étranger ? Ils n’ont plus le même monde mondial, ils n’ont plus le même monde humain. Mais autour d’eux, les filles et les fils d’immigrés, venus de pays moins riches, ont vécu des expériences vitales inverses.

Bilan temporaire. Quelle littérature, quelle histoire comprendront-ils, heureux, sans avoir vécu la rusticité, les bêtes domestiques, la moisson d’été, dix conflits, cimetières, blessés, affamés, patrie, drapeau sanglant, monuments aux morts, sans avoir expérimenté dans la souffrance, l’urgence vitale d’une morale ?

– Leurs ancêtres fondaient leur culture sur un horizon temporel de quelques milliers d’années, ornées par l’Antiquité gréco-latine, la Bible juive, quelques tablettes cunéiformes, une préhistoire courte. Milliardaire désormais, leur horizon temporel remonte à la barrière de Planck, passe par l’accrétion de la planète, l’évolution des espèces, une paléo-anthropologie millionnaire. N’habitant plus le même temps, ils vivent une toute autre histoire.

– Ils sont formatés par les médias, diffusés par des adultes qui ont méticuleusement détruit leur faculté d’attention en réduisant la durée des images à sept secondes et le temps des réponses aux questions à quinze secondes, chiffres officiels ; dont le mot le plus répété est « mort » et l’image la plus représentée celle de cadavres. Dès l’âge de douze ans, ces adultes-là les forcèrent à voir plus de vingt mille meurtres.

– Ils sont formatés par la publicité ; comment peut-on leur apprendre que le mot relais, en français s’écrit « – ais », alors qu’il est affiché dans toutes les gares « – ay » ? Comment peut-on leur apprendre le système métrique, quand, le plus bêtement du monde, la SNCF leur fourgue des « s’miles » ?

Nous, adultes, avons doublé notre société du spectacle d’une société pédagogique dont la concurrence écrasante, vaniteusement inculte, éclipse l’école et l’université. Pour le temps d’écoute et de vision, la séduction et l’importance, les médias se sont saisis depuis longtemps de la fonction d’enseignement.

Critiqués, méprisés, vilipendés, puisque pauvres et discrets, même s’ils détiennent le record mondial des prix Nobel récents et des médailles Fields par rapport au nombre de la population, nos enseignants sont devenus les moins entendus de ces instituteurs dominants, riches et bruyants.

Ces enfants habitent donc le virtuel. Les sciences cognitives montrent que l’usage de la toile, lecture ou écriture au pouce des messages, consultation de Wikipedia ou de Facebook, n’excitent pas les mêmes neurones ni les mêmes zones corticales que l’usage du livre, de l’ardoise ou du cahier. Ils peuvent manipuler plusieurs informations à la fois.

Ils ne connaissent ni n’intègrent ni ne synthétisent comme nous, leurs ascendants. Ils n’ont plus la même tête.

– Par téléphone cellulaire, ils accèdent à toutes personnes ; par GPS, en tous lieux ; par la toile, à tout le savoir ; ils hantent donc un espace topologique de voisinages, alors que nous habitions un espace métrique, référé par des distances. Ils n’habitent plus le même espace.

Sans que nous nous en apercevions, un nouvel humain est né, pendant un intervalle bref, celui qui nous sépare des années soixante-dix. Il ou elle n’a plus le même corps, la même espérance de vie, ne communique plus de la même façon, ne perçoit plus le même monde, ne vit plus dans la même nature, n’habite plus le même espace. Né sous péridurale et de naissance programmée, ne redoute plus, sous soins palliatifs, la même mort. N’ayant plus la même tête que celle de ses parents, il ou elle connaît autrement.

– Il ou elle écrit autrement. Pour l’observer, avec admiration, envoyer, plus rapidement que je ne saurai jamais le faire de mes doigts gourds, envoyer, dis-je, des SMS avec les deux pouces, je les ai baptisés, avec la plus grande tendresse que puisse exprimer un grand-père, Petite Poucette et Petit Poucet. Voilà leur nom, plus joli que le vieux mot, pseudo-savant, de dactylo.

– Ils ne parlent plus la même langue. Depuis Richelieu, l’Académie française publie, à peu près tous les vingt ans, pour référence, le dictionnaire de la nôtre. Aux siècles précédents, la différence entre deux publications s’établissait autour de quatre à cinq mille mots, chiffres à peu près constants ; entre la précédente et la prochaine, elle sera d’environ trente mille. A ce rythme, on peut deviner qu’assez vite, nos successeurs pourraient se trouver, demain, aussi séparés de notre langue que nous le sommes, aujourd’hui, de l’ancien français pratiqué par Chrétien de Troyes ou Joinville. Ce gradient donne une indication quasi photographique des changements que je décris. Cette immense différence, qui touche toutes les langues, tient, en partie, à la rupture entre les métiers des années récentes et ceux d’aujourd’hui. Petite Poucette et son ami ne s’évertueront plus aux mêmes travaux. La langue a changé, le labeur a muté.

Mieux encore, les voilà devenus tous deux des individus. Inventé par saint Paul, au début de notre ère, l’individu vient de naître ces jours-ci. De jadis jusqu’à naguère, nous vivions d’appartenances : français, catholiques, juifs, protestants, athées, gascons ou picards, femmes ou mâles, indigents ou fortunés… nous appartenions à des régions, des religions, des cultures, rurales ou urbaines, des équipes, des communes, un sexe, un patois, la Patrie. Par voyages, images, Toile et guerres abominables, ces collectifs ont à peu près tous explosé.

Ceux qui restent s’effilochent. L’individu ne sait plus vivre en couple, il divorce ; ne sait plus se tenir en classe, il bouge et bavarde ; ne prie plus en paroisse ; l’été dernier, nos footballeurs n’ont pas su faire équipe ; nos politiques savent-ils encore construire un parti plausible ou un gouvernement stable ? On dit partout mortes les idéologies ; ce sont les appartenances qu’elles recrutaient qui s’évanouissent.

Cet nouveau-né individu, voilà plutôt une bonne nouvelle. A balancer les inconvénients de ce que l’on appelle égoïsme par rapport aux crimes commis par et pour la libido d’appartenance – des centaines de millions de morts –, j’aime d’amour ces jeunes gens.

Cela dit, reste à inventer de nouveaux liens. En témoigne le recrutement de Facebook, quasi équipotent à la population du monde. Comme un atome sans valence, Petite Poucette est toute nue. Nous, adultes, n’avons inventé aucun lien social nouveau. L’entreprise généralisée du soupçon et de la critique contribua plutôt à les détruire.

Rarissimes dans l’histoire, ces transformations, que j’appelle hominescentes, créent, au milieu de notre temps et de nos groupes, une crevasse si large et si évidente que peu de regards l’ont mesurée à sa taille, comparable à celles visibles au néolithique, à l’aurore de la science grecque, au début de l’ère chrétienne, à la fin du Moyen Age et à la Renaissance.

Sur la lèvre aval de cette faille, voici des jeunes gens auxquels nous prétendons dispenser de l’enseignement, au sein de cadres datant d’un âge qu’ils ne reconnaissent plus : bâtiments, cours de récréation, salles de classes, amphithéâtres, campus, bibliothèques, laboratoires, savoirs même… cadres datant, dis-je, d’un âge et adaptés à une ère où les hommes et le monde étaient ce qu’ils ne sont plus.(…)

Ne dites surtout pas que l’élève manque des fonctions cognitives qui permettent d’assimiler le savoir ainsi distribué, puisque, justement, ces fonctions se transforment avec le support et par lui. Par l’écriture et l’imprimerie, la mémoire, par exemple, muta au point que Montaigne voulut une tête bien faite plutôt qu’une tête bien pleine. Cette tête vient de muter encore une fois. De même donc que la pédagogie fut inventée (paideia) par les Grecs, au moment de l’invention et de la propagation de l’écriture ; de même qu’elle se transforma quand émergea l’imprimerie, à la Renaissance ; de même, la pédagogie change totalement avec les nouvelles technologies. Et, je le répète, elles ne sont qu’une variable quelconque parmi la dizaine ou la vingtaine que j’ai citée ou pourrais énumérer.

Ce changement si décisif de l’enseignement – changement répercuté sur l’espace entier de la société mondiale et l’ensemble de ses institutions désuètes, changement qui ne touche pas, et de loin, l’enseignement seulement, mais aussi le travail, les entreprises, la santé, le droit et la politique, bref, l’ensemble de nos institutions – nous sentons en avoir un besoin urgent, mais nous en sommes encore loin.(…)

Oui, depuis quelques décennies je vois que nous vivons une période (…) semblable à la Renaissance qui vit naître l’impression et le règne du livre apparaître ; période incomparable pourtant, puisqu’en même temps que ces techniques mutent, le corps se métamorphose, changent la naissance et la mort, la souffrance et la guérison, les métiers, l’espace, l’habitat, l’être-au-monde.

Face à ces mutations, sans doute convient-il d’inventer d’inimaginables nouveautés, hors les cadres désuets qui formatent encore nos conduites, nos médias, nos projets adaptés à la société du spectacle. Je vois nos institutions luire d’un éclat semblable à celui des constellations dont les astronomes nous apprirent qu’elles étaient mortes depuis longtemps déjà.

Pourquoi ces nouveautés ne sont-elles point advenues ? Je crains d’en accuser les philosophes, dont je suis, gens qui ont pour métier d’anticiper le savoir et les pratiques à venir, et qui ont, ce me semble, failli à leur tâche. Engagés dans la politique au jour le jour, ils n’entendirent pas venir le contemporain. Si j’avais eu à croquer le portrait des adultes, dont je suis, ce profil eût été moins flatteur.

Je voudrais avoir dix-huit ans, l’âge de Petite Poucette et de Petit Poucet, puisque tout est à refaire, puisque tout reste à inventer. Je souhaite que la vie me laisse assez de temps pour y travailler encore, en compagnie de ces Petits, auxquels j’ai voué ma vie, parce que je les ai toujours respectueusement aimés.

Michel Serres, de l’Académie française (1930-2019), publié en 2011.

https://www.lemonde.fr/idees/article/2011/03/05/eduquer-au-xxie-siecle_1488298_3232.html

boulot

voilà ce que je lis dans un site bien sous tous rapports à destination des profs :

Qu’est-ce qu’une semaine type d’un enseignant ?

=> Des questions à se poser :

•Ai-je rempli mon cahier de texte de façon à être à jour ?
•Ai-je lu et traité mes courriels ?
•Ai-je fait le point sur les plans de classe (Dois-je déplacer un élève, pourquoi ? La nouvelle organisation fonctionne-t-elle ?)
•Ai-je repéré les élèves qui étaient en réussite et ceux qui ne l’étaient pas quand ils étaient en activité ?
•Ai-je consacré du temps à repérer quelles pratiques et quelles attitudes fonctionnent bien en classe, quelles pratiques sont à modifier, et comment ?
•Ai-je consacré du temps à mes collègues pour échanger sur les classes (équipes pédagogiques) et sur la mise en œuvre des programmes (équipe disciplinaire) ?
•Ai-je pris connaissance de l’agenda de l’EPLE ?
•Ai-je pris le temps de réfléchir à une activité pour la semaine prochaine permettant de réutiliser les connaissances abordées cette semaine ?
•Ai-je pris le temps de m’informer de l’actualité éducative (le café pédagogique, les Clionautes, les Cahiers pédagogiques, Télémaque…)

Venant du XXe siècle, j’ai déjà vu ce genre de fiche… C’était quand on devait se confesser, on avait une fiche remplie de questions pour savoir si le comportement adopté était le bon au regard de Notre Seigneur… Dieu est mort, paraît-il.. Mais les méthodes sont toujours vivantes !

quelles leçons en tirer ?
1 – les méthodes catholiques (ou musulmanes, ou juives, ou bouddhistes ou évangéliques, donc religieuses) vous ont peut-être dégouté de Dieu. N’en tenez pas compte, par pitié ! Dieu (pour les croyants) ou l’idée de Dieu (pour les autres) est toujours beaucoup plus beau/belle que ce qu’en ont fait les hommes/femmes cléricalisants…
2 – Contrairement à ce que nous enseignons, le totalitarisme est encore vivace au coeur de nos sociétés et dans l’institution même où il aurait dû disparaître. On ne me demande rien d’autre que de devenir un taliban pédagogique ne pensant que boulot et rien d’autre, sur des modes tout à fait inhumains… L’erreur est humaine. Mais le prof ne l’est pas ! Je ne perdrai pas le temps de chercher dans les différents catéchismes totalitaires des questionnaires équivalents, mais ils existent ! We do what we are told !
3 – Bien sur je comprends cet étalage bien pensant d’attitudes à avoir… Et tout prof retrouve là dedans son attitude quotidienne.. Mais la systématisation et la modélisation me repoussent. D’abord c’est croire naïvement que la recette fait le plat, ensuite c’est (souvent) la porte ouverte à l’uniformisation des comportements qui, elle-même, traduit non seulement une perte de personnalité mais aussi prépare la pouvoir aux machines, puisque à partir du moment où l’on a tout formaté et lissé, on peut laisser faire ce qui ne fait pas d’erreur, puisque ce n’est pas humain : la machine.. Programmée à partir des millions de tableaux à la noix remplis par des générations de profs à qui on disait de faire des tableaux, de découper tayloriquement les tâches, pour mieux évaluer, pour mieux enseigner.. Demain, tout cela sera mouliné par une machine… que ceux qui se moquent aillent faire un tour sur le projet Voltaire. Il n’est pas plus efficace professeur de grammaire ! Demain c’est aujourd’hui…

une merveille… http://blogpeda.ac-poitiers.fr/mallette-pedagogique-hgemc/ à destination des stagiaires et contractuels, donc ceux qui sont sur la corde raide… Bon courage les collègues !

Notes, not now !

« Monsieur, est-ce que le DM va compter dans la note ? »
« Monsieur, est-ce qu’on va avoir une note ? »
« Monsieur est-ce qu’on aura une autre note parce que la précédente est mauvaise ? »

Je sais que ces questions sont réelles, un peu angoissées et, surtout, pas partagées par 100% des élèves… (c’est là que j’apprécie les flemmards !!!!)
Toutes ces questions se résument pour moi (vieux stroumph de plus de 50 ans) à une seule : Mais, bon sang, que faisons nous là ?????????

Sommes nous en classe uniquement pour les notes ? Est-ce votre métier ? est-ce mon métier ? L’enseignement est-il vraiment obligatoire juste pour les notes ????
Qu’est-ce qui est important au moment où des gens tombent comme des mouches et que nous, pour ne pas tomber, nous restons enfermés, cloitrés sur notre nombril et nos peurs ???
Les discours pleuvent sur les conséquences personnelles, psychologiques de cet enfermement.. Les notes sont elles vraiment la chose à laquelle se raccrocher ???

Bien sur ,le dossier ! bien sur le futur ! bien sur les angoisses de tout le monde face au monde à venir, en train de venir, à ce monde qui tousse… dans lequel on pense qu’un bon niveau d’études permettra une belle vie…. Si on est en vie.. ne l’oublions pas, sans dramatiser.

Pour moi , la seule chose qui compte : être humain… et vous voyez : c’est un nom ; c’est une phrase. Deux mots, tellement simples. Il n’est pas étonnant de constater que ceux qui sont les plus sages des humains que nous rencontrons sont souvent les plus abîmés… Lisez A. Jollien, ce philosophe qui a digéré sa condition d’humain handicapé et ne perçoit plus la vie comme nous la percevons, nous qui n’avons pas eu de problèmes, ou si peu …. ETRE HUMAIN

Mon métier n’est pas de donner des notes…
Mon métier c’est de vous accompagner quelques heures par semaine pour vous aider à construire votre « être humain », en me focalisant sur les humains dans le temps et dans l’espace…. et je suis d’accord avec vous… vous n’avez pas besoin de moi pour être humain.
Réfléchissez encore : vous n’avez pas besoin de bac, pas besoin d’études pour être humain. Combien de médecin, de chef d’entreprise à la grande réussite et à la fortune immense sont de vrais raclures et ne savent pas ce qu’est « être humain ».

Vous mettez votre confiance (ou votre méfiance) dans un système scolaire que tout le monde critique. Mais ce système n’a-t-il vraiment aucun sens ? Il a le sens d’une FORMATION de MASSE de TOUS les CITOYENS du pays. Pour que vous ayez LES MOYENS de VIVRE EN SOCIETE, en CITOYENS… Les notes ne sont qu’un moyen, pas une fin. Si vous poursuivez la note, vous poursuivez le moyen, pas la fin,vous êtes dans le superflu. Au coeur de notre enfermement, nous devons faire croître notre humanité, pas notre moyenne.. et la décision de ne rien garder du confinement est bonne en ce sens…

Mais sans doute est-il plus simple de s’attacher aux notes que de s’attacher au fond.. « Puisque l’histoire ne passionne pas tout le monde, l’idéal c’est de se dire, je tiens mon 15/20, quoi qu’il en soit, ça m’intéresse pas mais au moins je sauve ma note… » Je sais que ça existe tellement souvent.. Et j’entends aussi ceux qui disent « bon l’histoire c’est pas compliqué, faut apprendre »… C’est le meilleur moyen de passer à côté de ce qui est proposé….C’est terrible et tellement commun !

La note existe pour donner une idée, pas comme un absolu. Si j’ai 15/20 et que je n’ai rien compris, uniquement parce que l’exercice était facile, ou parce que j’ai tout pompé sur internet et que ce connard de prof n’y a rien vu………???? franchement….??? C’est ça notre objectif commun ??? C’est ça votre objectif scolaire ? C’est ça l’école ? Accumuler des notes, quoi qu’il en coûte…? C’est ça mon métier ? Distribuer des médailles ou des sanctions ??? Dites moi que je fais un cauchemar….

Alors, bon ! Le sermon du père Gabriel est bientôt fini et tant pis pour ceux qui l’on lâché à la 2eme ligne….

Vous êtes plusieurs à me parler de notes , à ne réagir que sur la note… Mais je ne peux pas répondre là dessus. La note est pour moi un mal nécessaire, un moyen, mais absolument pas mon but…. Les profs ne sont pas des machines et c’est tant mieux ! La période que nous vivons dans notre chambre, dans notre ordinateur, tout le monde la vit.. Et tout le monde sait et saura que nos vies scolaires ont été perturbées. Peu importent les notes. Quelle que soit la moyenne que vous aurez pour le 3eme trimestre, tout le monde sait qu’elle sera pipée. On regardera plutôt les appréciations que les notes, c’est évident…

Et si vous regardez bien l’année…. Les terminales ont rendu leur parcoursup juste avant… Donc en fait , ça ne change pas grand chose à la suite…
Les 1eres n’auront pas de 2eme session d’E3C.. c’est un peu plus embêtant, mais on le saura quand on va négocier tout ça pour le bac 21, et tout le monde négociera, de l’enseignement privé, de l’enseignement public, des établissements d’élites comme des établissements défavorisés….. en plus, cette année, on va multiplier les commissions et les harmonisations pour ne léser personne..

L’année ne sera pas perdue.

Vous ne serez pas lésés…

Ceux qui n’ont pas du tout d’ordinateur, qui ne sont pas en contact, qui perdent leurs proches, eux vont être lésés…

Prenons le recul nécessaire, par pitié. Je m’attend à ce qu’on tartine un maximum ce 3eme trimestre, partout, en disant que « vu les circonstances »…blablablabla…

Alors arrêtez de vous prendre le chou avec ces foutues notes. Avoir 12, 15 ou 20 n’est pas un objectif.
Le seul réel objectif est celui de faire grandir notre humanité par le fonctionnement de notre Raison, et c’est le seul véritable objectif de l’enseignement, quelles que soient les méthodes appliquées et les matières préférées….

Ne laissez pas le rendement prendre le pas sur votre humanité, et nous aurons alors vraiment vaincu cette épidémie.

TANT PIS QUE L’EXIL

Chers élèves de toutes classes.
L’organisation du CB en exil suit les directives données par les autorités compétentes… Vous trouverez, dès que ça sortira, les séances pour que vous poursuiviez votre travail, dans les pages des chapitres en cours ou à aborder… Je vais réorganiser le blog pour suivre ces séances virtuelles données dans les nouveaux emplois du temps. Aux jours fixés (regardez ci dessous la version HG du calendrier) je serai dispo sur mon mail toujours, sur ED si ça fonctionne…et ça fonctionne…

calendrier exil 1

A ces heures là vous savez où me trouver. En dehors, vous savez que c’est toujours possible, puisque vous le faites depuis longtemps….
J’essayerai de vous donner des échéances… Regardez sur les pages consacrées à vos chapitres…

@+
dgab

libre parole

Donner la parole aux gens, c’est un poncif de la politique ou de la pub, ce qui revient au même… on pourra en reparler plus tard… Les réseaux sociaux donnent l’impression de permettre une consultation directe…. ça me plait qu’à moitié…
Malgré ce, j’ai voulu donner la parole aux élèves pour qu’ils vous renseignent sur leur manière de vivre leur 1ere de la première année de la réforme…

La consigne était simple : vous les premières, présentez votre classe à ceux qui sont en secondes… avec un petit montage facile d’accès !

Ils étaient en groupe, donc l’émulation les a fait se lâcher, parfois…. Ils ont sans doute exagéré.. Ils n’ont pas toujours respecté l’orthographe.. Je pense malgré tout qu’au travers de ces avis vous percevrez que…
– on peut s’en sortir, c’est pas la mort.. dédramatisons donc ….!
– le choix est important malgré tout !
– on bosse plus, ce que, de mon côté de prof, je trouve ça très avantageux

à vous de voir :
première-seconde 01
premiere-seconde02
premiere-seconde 03
premiere-seconde 04
premiere-seconde 05
premiere-seconde 06
première-seconde 07

on ze road again

Période d’évaluation.
Période d’introspection.
L’évaluation est mon métier.. Mais finalement qu’est-ce que j’évalue ?
Est-ce vraiment un « niveau »… des « compétences »… des « capacités »
Celui qui ne comprend rien à la matière. Celle qui est déroutée dès qu’un événement devient complexe. Celui qui a du mal à saisir le sens du sujet.. Tous ceux-là je les mets dans quelle case..?
Parce que évaluer c’est mettre dans une case.. Comme le prof de math de P.R.O.F… il avait des tampons : Bon, Très bon, Nul.. finalement à peu de chose près on fait la même chose…
Je travaille avec plus de 35 élèves.. quelques heures par semaine.. C’est comme sur l’autoroute.. Belle aventure. L’autoroute ça va vite.. on voit les mouvements, lui ici, elle là.. Là je passe, ici je freine.. Mais va donner les raisons des déplacements…. Va même te souvenir de l’immatriculation.. Même la couleur de cette bagnole là que tu as laissé passer alors que deux motards fonçaient sur toi…
A 35 ou 39, je vais vite mais je ne vois rien.. Combien sont écrasés sur le ballast ??? Combien se disent, je suis nul(le), je n’y arrive pas, je comprends pas… Tout ça je ne gère en rien… Quand il y a quelques heures, des attentes innombrables, et cette foutue vie sociale… Beaucoup pour eux, et beaucoup pour moi….
Et quand je dis que il faut en discuter, j’en ai 2 ou 3 qui comprennent qu’il faut en discuter.. D’autres s’en moquent parce que la situation n’est pas encore assez pourrie pour se commettre à discuter avec le prof…
Monde de liberté.
Tu es libre !
Et ce n’est pas nouveau….
« je ne t’ai donné ni place déterminée, ni visage propre, ni don particulier, ô Adam, afin que ta place, ton visage et tes dons, tu les veuilles, les conquières et les possèdes par toi-même. La nature enferme d’autres espèces en des lois par moi établies. Mais toi, que ne limite aucune borne, par ton arbitre, entre les mains duquel je t’ai placé, tu te définis toi-même. Je t’ai mis au milieu du monde, afin que tu puisses mieux contempler autour de toi ce que le monde contient. Je ne t’ai fait ni céleste ni terrestre, ni mortel, ni immortel, afin que, souverain de toi-même, tu achèves ta propre forme librement, à la façon d’un peintre ou d’un sculpteur. Tu pourras dégénérer en formes inférieures, comme celle des bêtes, ou, régénérer, atteindre des formes supérieures, qui sont divines »
… dit Dieu à l’homme d’après Pic de la Mirandole (1486, discours sur la dignité de l’homme)…

pour bien commencer

On va d’abord faire du vocabulaire… en fait on va alléger notre vocabulaire..
Voilà 3 mots à faire disparaître de nos échanges :
COBAYE… c’est un habitué des promotions de réforme, « ouais, scandale, on est les cobayes, on a tout contre nous… il vont faire n’importe quoi ».. Erreur mon grand ! L’institution fait TOUJOURS n’importe quoi.. Et puis cobaye, on l’est toujours.. Mais dans ce commencement ce qui retient mon attention c’est pas tant la situation hésitante que vous traduiriez par « cobaye » que la nouveauté.. Quel bienfait.; vous pouvez pas savoir.. Qu’est-ce qu’on s’emmerde quand les programmes changent pas.. Toujours la même chose à dire et redire.. Au moins là, on va pas s’embêter !!!
2eme mot :
DECEPTION… Je sais pertinemment que nombre de profs l’emploient ce foutu mot et tous les dérivés… « Vous m’avez déçu ce trimestre ».. Va te faire voir monsieur le prof..!!! Si tu es déçu c’est que ton évaluation diagnostique ne valait pas un clou et qu’en fait tu t’es fait des idées… Ou bien c’est que ton jugement incorpore des sentiments.. erreur professionnelle grave!… Alors ne culpabilise pas ton élève qui a la patience de rester en cours… et ta déception tu te la garde.. Pareil pour les parents et pour les élèves.. Personne n’a à être déçu dans ce foutu métier.. Parce que la déception c’est la mort du désir.. Et si on n’a pas de désir dans notre activité, on est mal… Si tu ne désires pas avancer, connaître, comprendre, vivre, lire, expliquer, autant arrêter tout de suite.. On ne fait que ça en filière générale…
3eme mot:
MEDIOCRE… alors lui je vais lui faire un sort particulier.. C’est un tabou permis ! Parce que médiocre en fait c’est moyen.. Mais avec une connotation péjorative.. Tu dis médiocre pour écraser… tu dis moyen pour ne rien dire.. tu dis c’est déjà ça pour encourager.. Alors médiocre, j’aimerais rassurer tout le monde.. Médiocre c’est le cas le plus répandu.. Les lecteurs de Tocqueville me comprendront ! Médiocre c’est le plus répandu… alors, Médiocres, mes frères, nous allons nous passer de ce jugement à la noix… Ou alors nous allons exceller dans la médiocrité, être de grands médiocres qui vont faire péter la médiocrité.. Si on en reste à ces mots là.. rien de bon ne peut nous arriver.. On entre dans la grande machine du jugement express inhumain, très actuel, la condamnation flash, de laquelle on ne sort parfois pas du tout….
Alors voilà, on va laisser tomber ces 3 foutus mots et se mettre au boulot en laissant parler les beaux parleurs…

bonjour l’ambiance… voilà quelques citations en passant :
« En somme, l’époque est idéale pour les personnes exceptionnelles, et désastreuse pour les individus moyens » S. Galloway The Four, 2018, p 303
géniale intuition quand on est plus de 7 milliards sur terre.. Découverte qu’il n’y a pas 7 milliards de génies ! Le prof que je suis ne peut pas admettre que tous ses élèves sont des génies.. c’est sur, même avec 100% au bac ! En revanche tout le monde a la possibilité de progresser
« Parce que tu es tiède et non froid ou bouillant, je vais te vomir de ma bouche » Ap. 3, 16, v. 80 ap JC.
parole d’un Dieu qui ne veut pas se satisfaire du minimum.. Sois pour ou contre, pas dans l’obéissance subie
« Tu la voyais pas comme ça ta vie / Tapioca, potage et salsifis / On va tous pareils, moyen, moyen
La grande aventure, Tintin / Moi aussi, j’en ai rêvé des cornemuses / Terminé, maintenant dis-moi qu’est-c’ qui t’amuse?  » A. Souchon, Le Bagad de Lann-Bihoué, 1978
constat du trentenaire qui s’aperçoit que les rêves n’étaient que des rêves.. En Lycée on est à l’âge des rêves.. Faut-il s’en passer au prétexte du principe de précaution, de réalité et d’efficacité ????

pour ceux qui voudraient bien s’orienter, voilà quelques conseils officiels :
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L’année du Bac…
ça rime avec trac, attaque, cognac, arnaque, mais aussi sac (la tête dans le), fac (après le bac, bien sur), claque, plaque, tictac… etc

Une année ce n’est finalement qu’une centaine d’heures en TESL et une cinquantaine en TS… Pour 3 ou 4 heures d’examen ! Et comme dit Yoda : Mieux les heures de cours vous vivrez, plus à l’aise vous serez pour cette poignée de minutes d’examen.

Si vous attendez tout du prof, ça va pas marcher… C’est comme si vous attendiez que le prof de sport courre à votre place ! On ne peut que courir avec vous et vous aider à adapter la foulée !

Choisissez votre attitude :
1/ je ne fais rien pendant l’année, je stresse, je mets le paquet à l’examen…. et j’ai un exam au rabais… (je pense à ce cher A. qui n’a jamais fait grand chose dans sa scolarité, qui a mis le paquet pour le bac et l’a eu.. mais avec un niveau très limite… refusé partout à APB, il a son bac mais il est pas vraiment heureux.. Oui il a fait la fête… et aujourd’hui ???)
2/ je travaille un minimum, ça me maintient dans la moyenne, et je vais à l’examen sans trop stresser… (et ils sont nombreux ceux qui viennent me voir en fin d’année, en me disant « ben voilà c’est passé »… C’est tout ce qu’il faut !)
3/ je me passionne, je bosse comme jamais et je suis presque content d’aller en DS pour mettre en oeuvre ce que je sais et sais faire… (On ne peut pas l’attendre de tout le monde, bien sur… Mais un élève passionné est un élève qui ne subit pas le programme.. C’est tout le mal que je vous souhaite : étudier dans l’enthousiasme !…)

Rares sont ceux qui ratent l’examen, ce qui est d’autant plus cruel pour ceux à qui ça arrive. Vous savez (du moins apprenez le vite !) que tout est joué en amont de l’examen : dossier pour les écoles, Parcoursup et vous avez entendu ce qui se passe à ce sujet. Comme on ne peut pas compter sur l’enseignement privé pour profiter de l’occasion pour proposer des formations (à mon grand regret d’ailleurs) alors que les moyens existent, prenez vous la tête immédiatement pour votre orientation parce que c’est de plus en plus tendu… Mais pas impossible ! Vous êtes d’une génération un peu plus nombreuse mais notre période est celle de la réduction des dépenses…

D’abord la vie

Nous ne vivons pas à côté de la société et de ses valeurs.
Nous sommes de notre temps, de notre âge. Et c’est bien pour cela que de temps en temps, il est nécessaire de se poser, surtout en période de grande agitation… Se poser, faire un peu le point.
Recentrer ces agitations.. Regarder où va la route, et pas seulement les cailloux à éviter.. Lever le regard.
Si tout le monde se connaissait bien, si la capacité à entrer en soi-même était d’une simplicité infantile ou d’une facilité évidente, nous aurions sans doute moins de problèmes.. Mais non, depuis que l’Homme est homme et femme, les questions ne cessent jamais.. C’est d’ailleurs le seul aspect intéressant de cette matière superbe qu’est l’Histoire.. Dans les documents, les gens se posent tout un tas de questions… ils sont vivants…et tellement proches…
Se recentrer ce n’est pas se contenter du « il faut »… C’est aussi se demander pourquoi… C’est aussi chercher ce qui me fait vibrer.. Parce qu’au fond si je suis là où je suis, sans l’avoir voulu, sans l’avoir cherché.. Qu’est-ce que je peux bien y faire ????
Les systèmes explicatifs sont de tous poils : c’est Dieu, c’est les autres, c’est comme ça la la la la la… C’est la condition humaine. C’est Homo sapiens…
Ok.. Rien de tout cela ne peut servir.. Même l’explication divine ! Si on me dit que Dieu m’a mis ici, et que je n’y crois pas, le système explicatif est bon pour la poubelle. La seule réelle chose, concrète que j’aie sous la main, c’est moi même… et la Foi en fait partie, bien sur !
Alors que ce soit pour être mieux dans ses baskets ou pour trouver une orientation qui vous correspondra vraiment, je vous donne ce petit document, qui , regardez bien, tombe sous le sens.. Encore une théorie venue d’Asie, du Japon cette fois-ci.. l’Ikigaï est en fait ce sens de la vie, cette orientation fondamentale qui va permettre à ma vie de mieux trouver sa place… Au milieu de 7 milliards d’humains, ça vaut le coup d’essayer… Ce système là n’est pas la Vérité absolue.. La Vérité c’est ce qui vous permettra d’être un humain heureux (pour vous) et rayonnant (pour les autres = société et/ou entourage).. Mais c’est un moyen qui peut aider telle ou tel d’entre vous….

ikigaï

Si j’ai tous les diplômes du monde et que ma vie est vide, ça vaut pas le coup… Réussir sa vie, est-ce uniquement réussir ses études ?…
Oui, le BAC, ça gonfle.. Oui, les parents sur le dos, c’est pesant.. Oui l’image que j’ai dans les réseaux sociaux….
Mais rien que de réaliser que je suis un(e) vivant(e), ça doit me permettre de commencer à habiter ma vie, à bien prendre conscience de ce qu’est « être vivant »….

Bonne nouvelle année !