Eduquer au XXIe siècle

Avant d’enseigner quoi que ce soit à qui que ce soit, au moins faut-il le connaître. Qui se présente, aujourd’hui, à l’école, au collège, au lycée, à l’université ?

Ce nouvel écolier, cette jeune étudiante n’a jamais vu veau, vache, cochon ni couvée. En 1900, la majorité des humains, sur la planète, travaillaient au labour et à la pâture ; en 2011, la France, comme les pays analogues, ne compte plus qu’un pour cent de paysans. Sans doute faut-il voir là une des plus fortes ruptures de l’histoire, depuis le néolithique. Jadis référée aux pratiques géorgiques, la culture, soudain, changea. Celle ou celui que je vous présente ne vit plus en compagnie des vivants, n’habite plus la même Terre, n’a plus le même rapport au monde. Elle ou il n’admire qu’une nature arcadienne, celle du loisir ou du tourisme.

– Il habite la ville. Ses prédécesseurs immédiats, pour plus de la moitié, hantaient les champs. Mais, devenu sensible à l’environnement, il polluera moins, prudent et respectueux, que nous autres, adultes inconscients et narcisses. Il n’a plus la même vie physique, ni le même monde en nombre, la démographie ayant soudain bondi vers sept milliards d’humains ; il habite un monde plein.

– Son espérance de vie va vers quatre-vingts ans. Le jour de leur mariage, ses arrière-grands-parents s’étaient juré fidélité pour une décennie à peine. Qu’il et elle envisagent de vivre ensemble, vont-ils jurer de même pour soixante-cinq ans ? Leurs parents héritèrent vers la trentaine, ils attendront la vieillesse pour recevoir ce legs. Ils ne connaissent plus les mêmes âges, ni le même mariage ni la même transmission de biens. Partant pour la guerre, fleur au fusil, leurs parents offraient à la patrie une espérance de vie brève ; y courront-ils, de même, avec, devant eux, la promesse de six décennies ?

– Depuis soixante ans, intervalle unique dans notre histoire, il et elle n’ont jamais connu de guerre, ni bientôt leurs dirigeants ni leurs enseignants. Bénéficiant d ‘une médecine enfin efficace et, en pharmacie, d’antalgiques et d’anesthésiques, ils ont moins souffert, statistiquement parlant, que leurs prédécesseurs. Ont-ils eu faim ? Or, religieuse ou laïque, toute morale se résumait en des exercices destinés à supporter une douleur inévitable et quotidienne : maladies, famine, cruauté du monde. Ils n’ont plus le même corps ni la même conduite ; aucun adulte ne sut leur inspirer une morale adaptée.

– Alors que leurs parents furent conçus à l’aveuglette, leur naissance est programmée. Comme, pour le premier enfant, l’âge moyen de la mère a progressé de dix à quinze ans, les parents d’élèves ont changé de génération. Pour plus de la moitié, ces parents ont divorcé. Ils n’ont plus la même généalogie.

– Alors que leurs prédécesseurs se réunissaient dans des classes ou des amphis homogènes culturellement, ils étudient au sein d’un collectif où se côtoyent désormais plusieurs religions, langues, provenances et mœurs. Pour eux et leurs enseignants, le multiculturalisme est de règle. Pendant combien de temps pourront-ils encore chanter l’ignoble « sang impur » de quelque étranger ? Ils n’ont plus le même monde mondial, ils n’ont plus le même monde humain. Mais autour d’eux, les filles et les fils d’immigrés, venus de pays moins riches, ont vécu des expériences vitales inverses.

Bilan temporaire. Quelle littérature, quelle histoire comprendront-ils, heureux, sans avoir vécu la rusticité, les bêtes domestiques, la moisson d’été, dix conflits, cimetières, blessés, affamés, patrie, drapeau sanglant, monuments aux morts, sans avoir expérimenté dans la souffrance, l’urgence vitale d’une morale ?

– Leurs ancêtres fondaient leur culture sur un horizon temporel de quelques milliers d’années, ornées par l’Antiquité gréco-latine, la Bible juive, quelques tablettes cunéiformes, une préhistoire courte. Milliardaire désormais, leur horizon temporel remonte à la barrière de Planck, passe par l’accrétion de la planète, l’évolution des espèces, une paléo-anthropologie millionnaire. N’habitant plus le même temps, ils vivent une toute autre histoire.

– Ils sont formatés par les médias, diffusés par des adultes qui ont méticuleusement détruit leur faculté d’attention en réduisant la durée des images à sept secondes et le temps des réponses aux questions à quinze secondes, chiffres officiels ; dont le mot le plus répété est « mort » et l’image la plus représentée celle de cadavres. Dès l’âge de douze ans, ces adultes-là les forcèrent à voir plus de vingt mille meurtres.

– Ils sont formatés par la publicité ; comment peut-on leur apprendre que le mot relais, en français s’écrit « – ais », alors qu’il est affiché dans toutes les gares « – ay » ? Comment peut-on leur apprendre le système métrique, quand, le plus bêtement du monde, la SNCF leur fourgue des « s’miles » ?

Nous, adultes, avons doublé notre société du spectacle d’une société pédagogique dont la concurrence écrasante, vaniteusement inculte, éclipse l’école et l’université. Pour le temps d’écoute et de vision, la séduction et l’importance, les médias se sont saisis depuis longtemps de la fonction d’enseignement.

Critiqués, méprisés, vilipendés, puisque pauvres et discrets, même s’ils détiennent le record mondial des prix Nobel récents et des médailles Fields par rapport au nombre de la population, nos enseignants sont devenus les moins entendus de ces instituteurs dominants, riches et bruyants.

Ces enfants habitent donc le virtuel. Les sciences cognitives montrent que l’usage de la toile, lecture ou écriture au pouce des messages, consultation de Wikipedia ou de Facebook, n’excitent pas les mêmes neurones ni les mêmes zones corticales que l’usage du livre, de l’ardoise ou du cahier. Ils peuvent manipuler plusieurs informations à la fois.

Ils ne connaissent ni n’intègrent ni ne synthétisent comme nous, leurs ascendants. Ils n’ont plus la même tête.

– Par téléphone cellulaire, ils accèdent à toutes personnes ; par GPS, en tous lieux ; par la toile, à tout le savoir ; ils hantent donc un espace topologique de voisinages, alors que nous habitions un espace métrique, référé par des distances. Ils n’habitent plus le même espace.

Sans que nous nous en apercevions, un nouvel humain est né, pendant un intervalle bref, celui qui nous sépare des années soixante-dix. Il ou elle n’a plus le même corps, la même espérance de vie, ne communique plus de la même façon, ne perçoit plus le même monde, ne vit plus dans la même nature, n’habite plus le même espace. Né sous péridurale et de naissance programmée, ne redoute plus, sous soins palliatifs, la même mort. N’ayant plus la même tête que celle de ses parents, il ou elle connaît autrement.

– Il ou elle écrit autrement. Pour l’observer, avec admiration, envoyer, plus rapidement que je ne saurai jamais le faire de mes doigts gourds, envoyer, dis-je, des SMS avec les deux pouces, je les ai baptisés, avec la plus grande tendresse que puisse exprimer un grand-père, Petite Poucette et Petit Poucet. Voilà leur nom, plus joli que le vieux mot, pseudo-savant, de dactylo.

– Ils ne parlent plus la même langue. Depuis Richelieu, l’Académie française publie, à peu près tous les vingt ans, pour référence, le dictionnaire de la nôtre. Aux siècles précédents, la différence entre deux publications s’établissait autour de quatre à cinq mille mots, chiffres à peu près constants ; entre la précédente et la prochaine, elle sera d’environ trente mille. A ce rythme, on peut deviner qu’assez vite, nos successeurs pourraient se trouver, demain, aussi séparés de notre langue que nous le sommes, aujourd’hui, de l’ancien français pratiqué par Chrétien de Troyes ou Joinville. Ce gradient donne une indication quasi photographique des changements que je décris. Cette immense différence, qui touche toutes les langues, tient, en partie, à la rupture entre les métiers des années récentes et ceux d’aujourd’hui. Petite Poucette et son ami ne s’évertueront plus aux mêmes travaux. La langue a changé, le labeur a muté.

Mieux encore, les voilà devenus tous deux des individus. Inventé par saint Paul, au début de notre ère, l’individu vient de naître ces jours-ci. De jadis jusqu’à naguère, nous vivions d’appartenances : français, catholiques, juifs, protestants, athées, gascons ou picards, femmes ou mâles, indigents ou fortunés… nous appartenions à des régions, des religions, des cultures, rurales ou urbaines, des équipes, des communes, un sexe, un patois, la Patrie. Par voyages, images, Toile et guerres abominables, ces collectifs ont à peu près tous explosé.

Ceux qui restent s’effilochent. L’individu ne sait plus vivre en couple, il divorce ; ne sait plus se tenir en classe, il bouge et bavarde ; ne prie plus en paroisse ; l’été dernier, nos footballeurs n’ont pas su faire équipe ; nos politiques savent-ils encore construire un parti plausible ou un gouvernement stable ? On dit partout mortes les idéologies ; ce sont les appartenances qu’elles recrutaient qui s’évanouissent.

Cet nouveau-né individu, voilà plutôt une bonne nouvelle. A balancer les inconvénients de ce que l’on appelle égoïsme par rapport aux crimes commis par et pour la libido d’appartenance – des centaines de millions de morts –, j’aime d’amour ces jeunes gens.

Cela dit, reste à inventer de nouveaux liens. En témoigne le recrutement de Facebook, quasi équipotent à la population du monde. Comme un atome sans valence, Petite Poucette est toute nue. Nous, adultes, n’avons inventé aucun lien social nouveau. L’entreprise généralisée du soupçon et de la critique contribua plutôt à les détruire.

Rarissimes dans l’histoire, ces transformations, que j’appelle hominescentes, créent, au milieu de notre temps et de nos groupes, une crevasse si large et si évidente que peu de regards l’ont mesurée à sa taille, comparable à celles visibles au néolithique, à l’aurore de la science grecque, au début de l’ère chrétienne, à la fin du Moyen Age et à la Renaissance.

Sur la lèvre aval de cette faille, voici des jeunes gens auxquels nous prétendons dispenser de l’enseignement, au sein de cadres datant d’un âge qu’ils ne reconnaissent plus : bâtiments, cours de récréation, salles de classes, amphithéâtres, campus, bibliothèques, laboratoires, savoirs même… cadres datant, dis-je, d’un âge et adaptés à une ère où les hommes et le monde étaient ce qu’ils ne sont plus.(…)

Ne dites surtout pas que l’élève manque des fonctions cognitives qui permettent d’assimiler le savoir ainsi distribué, puisque, justement, ces fonctions se transforment avec le support et par lui. Par l’écriture et l’imprimerie, la mémoire, par exemple, muta au point que Montaigne voulut une tête bien faite plutôt qu’une tête bien pleine. Cette tête vient de muter encore une fois. De même donc que la pédagogie fut inventée (paideia) par les Grecs, au moment de l’invention et de la propagation de l’écriture ; de même qu’elle se transforma quand émergea l’imprimerie, à la Renaissance ; de même, la pédagogie change totalement avec les nouvelles technologies. Et, je le répète, elles ne sont qu’une variable quelconque parmi la dizaine ou la vingtaine que j’ai citée ou pourrais énumérer.

Ce changement si décisif de l’enseignement – changement répercuté sur l’espace entier de la société mondiale et l’ensemble de ses institutions désuètes, changement qui ne touche pas, et de loin, l’enseignement seulement, mais aussi le travail, les entreprises, la santé, le droit et la politique, bref, l’ensemble de nos institutions – nous sentons en avoir un besoin urgent, mais nous en sommes encore loin.(…)

Oui, depuis quelques décennies je vois que nous vivons une période (…) semblable à la Renaissance qui vit naître l’impression et le règne du livre apparaître ; période incomparable pourtant, puisqu’en même temps que ces techniques mutent, le corps se métamorphose, changent la naissance et la mort, la souffrance et la guérison, les métiers, l’espace, l’habitat, l’être-au-monde.

Face à ces mutations, sans doute convient-il d’inventer d’inimaginables nouveautés, hors les cadres désuets qui formatent encore nos conduites, nos médias, nos projets adaptés à la société du spectacle. Je vois nos institutions luire d’un éclat semblable à celui des constellations dont les astronomes nous apprirent qu’elles étaient mortes depuis longtemps déjà.

Pourquoi ces nouveautés ne sont-elles point advenues ? Je crains d’en accuser les philosophes, dont je suis, gens qui ont pour métier d’anticiper le savoir et les pratiques à venir, et qui ont, ce me semble, failli à leur tâche. Engagés dans la politique au jour le jour, ils n’entendirent pas venir le contemporain. Si j’avais eu à croquer le portrait des adultes, dont je suis, ce profil eût été moins flatteur.

Je voudrais avoir dix-huit ans, l’âge de Petite Poucette et de Petit Poucet, puisque tout est à refaire, puisque tout reste à inventer. Je souhaite que la vie me laisse assez de temps pour y travailler encore, en compagnie de ces Petits, auxquels j’ai voué ma vie, parce que je les ai toujours respectueusement aimés.

Michel Serres, de l’Académie française (1930-2019), publié en 2011.

https://www.lemonde.fr/idees/article/2011/03/05/eduquer-au-xxie-siecle_1488298_3232.html

La PESC – corrigé

voilà le sujet toutes séries.. :
projet maastricht bac 2017

et une proposition d’intro :
La signature du traité de Maastricht en 1992 a marqué une nouvelle étape dans la construction européenne entamée depuis la fin des années 1940. Ce texte veut rapprocher davantage encore les pays européens signataires au travers de trois piliers : le fonctionnement des communautés depuis la création de la CECA en 1951, les affaires de Justice et enfin, celle qui concerne les documents proposés ici, la question de la politique extérieure et de sécurité commune (PESC). Le document 1 est un extrait du traité de Maastricht qui donne des objectifs, des ambitions à cette politique. Le document 2 donne une cruelle lecture de l’impuissance européenne face aux désastres des guerres de l’ex-Yougoslavie, concrétisation des limites de la PESC. La réflexion porte ainsi sur la manière d’arriver, à plusieurs pays, d’avoir une voix commune dans le monde. Autant dire que le défi relevé est de taille ! Réfléchir à la PESC ne peut sans doute pas se faire de manière trop légère car on ne peut pas, sans craindre le ridicule, opposer les principes de Maastricht et l’échec en ex-Yougoslavie pour conclure tout simplement à l’impuissance européenne. La question est une des plus fondamentale dans l’existence d’un État, il paraît difficile de se dessaisir de la politique extérieure, juste en ayant signé un traité. On pourra donc se demander en quoi la PESC a connu une mise en œuvre difficile dès ses débuts. Si les ambitions étaient grandes, le contexte était plus complexe ce qui entraîna rapidement des limites, dont elle essaye, peu à peu, de se libérer. L’Europe ne peut pas se faire rapidement : devant se constat on peut prendre ou perdre patience !

Etat et économie

Analyser la caricature pour expliquer les spécificités du mode de gouvernement français. Montrez qu’elle témoigne d’une certaine érosion du pouvoir d’Etat.

état & économie

Cette caricature a été réalisée par Plantu, dessinateur au monde, après les élections législatives de 2002. Celles-ci ont amené une majorité de droite à J. Chirac qui venait d’être élu juste avant.. Ce contexte permet de comprendre plusieurs élément de la caricature en rapport ou non avec la consigne.
Tout d’abord, le personnage de Hollande, à gauche, tout penaud d’avoir perdu les élections, la rose se fanant, sur fond de panneaux électoraux.
La voiture du premier plan permet de répondre à la consigne. En effet les personnages sont là pour signifier la situation de l’Etat français.
De chaque côté, Jacques Chirac, président, et JP Raffarin, premier ministre. Le premier avec un drapeau tricolore planté sur la tête, dit « on va enfin pouvoir diriger » : l’emploi de ENFIN correspond aux derniers événements : Chirac a exercé 5 ans sa fonction avec un gouvernement de gauche… Pour le reste de la phrase, il s’agit du caractère français. Chirac est gaulliste, sa référence était le général de Gaulle qui a dirigé la France a une époque où le secteur public était très développé, dans le domaine industriel, financier et dans les assurances. En 2002 il n’est plus question de secteur public ou si peu. Chirac lui même a lancé les grandes privatisations et l’Etat ne dirige plus d’entreprises. La phrase elle-même veut signifier que l’Etat cherche à diriger.
Mais les volants que tiennent Chirac et Raffarin sont dans le vide. Celui qui dirige la voiture-Etat c’est un personne non reconnaissable dont la veste porte le nom Economie. La caricature a comme message : l’Etat ne dirige pas, c’est l’économie qui dirige. Ce point de vue rapide est très répandu. D’un côté la politique menée par la droite (dès 1986 avec les privatisations déjà citées) et de l’autre le contexte de mondialisation et de construction européenne semblent aller dans le même sens de cette dépossession de l’Etat d’un certain nombre de ses fonctions économiques. Le fait que les deux personnages en rajoute (vroum) semble signifier que les deux personnages veulent prétendre qu’ils dirigent. La remarque « avec modestie » rappelle des paroles de Raffarin mais va dans le sens d’un Etat qui a moins de pouvoir : il s’agit de diriger le pays mais « avec modestie » puisque l’Etat n’a pas tous les moyens de diriger.
Ainsi la caricature veut montrer cette perte de pouvoir dans le domaine économique. Il faut toutefois nuancer : la caricature n’est pas une description de la situation, mais une critique d’un aspect. L’Etat garde encore du pouvoir en France, mais les décisions et les évolutions économiques montre ce relatif recul, d’autant que le modèle français développé depuis la seconde guerre mondiale donnait une large place à l’Etat (nationalisations, planification indicative).

DS 3 en TS

Pas trop de surprise pour ce dernier DS… pas dans les sujets en tout cas… Il faut de temps en temps ce genre de résultat encourageant.. Quelques remarques tout de même…
pour les croquis.. Vous avez généralement bien récité votre modèle. Le fond de carte ne contenant pas toutes les villes du modèle certains ont glissé… Attention. Tout le monde n’utilise pas les méthodes de base données pour indiquer les noms… Du coup ça fait sale et ça donne de l’argument au correcteur pour ne pas vous donner la totalité des points; idem pour la légende pas toujours complète; idem pour ceux qui n’ont pas suivi le stage « je colorie mieux quand je suis au lycée, au moins j’essaye de pas lâcher l’affaire »…. La présentation compte beaucoup, mais la beauté sans connaissances n’est qu’une mauvaise habitude….
pour les sujets sur les Etats-Unis.. quelques surprise dans votre traitement global. Beaucoup sont allés dans le biais qu’il faut absolument éviter de raconter la GF.. Bien entendu la GF est présente dans ce sujet, mais votre PB est axée sur la puissance US, pas sur le déroulement de la GF… N’oubliez pas que les expressions du style « en 1978 il y a… », « en 1980 se déroule un autre événement« , « d’autres événements se passent« … J’ai compris : vous avez des connaissances, plus ou moins précises et vous voulez me les fourguer que vous connaissiez bien ou pas… Mais du coup , on n’est plus dans un devoir de rédaction mais dans un catalogue chronologique auquel vous ne donnez pas de sens.. Et ça, ça ne passera pas… Et c’est ce qui fera la surprise des notes du Bac (en plus du côté roulette russe de tomber sur X ou Y qui sera plus ou moins exigeant que moi…) à laquelle vous ne vous attendez pas.. Donc ne lâchez pas l’affaire.
Pour les deux sujets de compo, vous devez toujours repartir de la PB. Car votre objectif c’est de répondre à cette foutue PB des manifestations de la puissance ici et des relations de la Chine au monde là… Donc me parler du plan Marshall, ok bien sur, mais en soulignant que les USA se permettent de prêter voire de donner (les USA donnent, improbable !) c’est bien qu’ils peuvent se le permettre… Rappelez vous des liberty ships qui partent en Grèce… Donc c’est la puissance qui le permet ou c’est la manifestation de la puissance, comme vous voulez mais le terme doit apparaître au cours du développement… L’actualité apparaît ici ou là dans vos copies de manière pertinente, que ce soit le corona virus pour appuyer l’ouverture de la Chine, les nouvelles routes de la soie, ou le rôle international de Trump.. Personne ne s’est emparé de la campagne électorale américaine, que nous suivons déjà tous alors qu’on en est qu’aux primaires… ça c’est du soft power: leur actualité devient la notre…
Pour le sujet sur la Chine, c’est sans doute un des sujets les plus faciles du stock envisageable (si vous avez Histoire en compo bien sûr..)Le rythme chronologique est le plus simple : 1949-1976/ 1978 à nos jours… Là encore les événements n’ont de sens que celui que vous allez leur donner… Donc la Révolution Culturelle a du sens SI vous évoquez le succès chez les jeunes étudiants français de mai 1968 par exemple… Certains arrivent à avoir des connaissances plus étoffées sur la première partie que sur la seconde. Attention! Par ailleurs, au delà des erreurs compréhensibles mais à ne pas lâcher vis à vis de l’orthographe des noms chinois (en particulier ce Maho qui a parasité ma lecture d’une copie assez bonne par ailleurs…), vous n’utilisez pas la double orientation donnée puissance idéologique/puissance économique… Alors qu’on ne parlait pas encore de « soft power », les USA et la Chine avait déjà compris.. La puissance US est passée par la société de consommation, les jeans, les radios, le chewing gum, les Camel et les Lucky Strike, la puissance chinoise est passée non pas par ce sourire constant et convenu (cf cet article sur Yue Minjun artiste chinois qui décline ce sourire dans ces toiles https://www.francetvinfo.fr/culture/arts-expos/expo-mais-quest-ce-qui-fait-tant-rire-yue-minjun_162039.html, exemple en haut de la page !) mais par le discours idéologique très explicite dans les affiches qui défendent la lutte des peuples opprimés contre leurs oppresseurs coloniaux ou néo-coloniaux.. Pour qu’on soit bine d’accord, en Chine, Confucius et communisme ne font pas bon ménage, comme on vous le dit dans cet ARTICLE.. On peut retrouver des éléments communs, l’orientation collective en particulier.. Mais le confucianisme était officiellement condamné sous Mao, il revient aujourd’hui en force…

Allemagne

Socialisme, communisme et syndicalisme en Allemagne entre 1875 et la Seconde Guerre mondiale

Sujet sans surprise, même assez cool puisque ne s’arrêtant qu’à la seconde guerre… Ce qui vous permet d’éviter de tout lâcher après les lois Hartz de 2004..

Socialisme, communisme et syndicalisme…. Les trois pôles doivent être étudiés en relation… D’où le problème avec votre cours qui est léger du point de vue du syndicalisme… Donc autant bien insister sur les relations entre communisme et socialisme, sur les luttes qui existent…
Et sur la première période (1875-1945) c’est assez net :
– le congrès de Gotha (1875) voit la victoire des Lassaliens, socialistes réformistes contre les marxistes révolutionnaires. le programme est réformiste et critiqué par Marx
– le congrès d’Erfurt (1891) transforme le programme en plus révolutionnaire, victoire des marxistes
– la question du révisionnisme de Bernstein (1899) confirme l’orientation marxiste intellectuellement parallèlement à une pratique réformiste
– le raccrochage du SPD à l’union sacrée en 1914 montre bien l’abandon du marxisme en tant que programme à suivre (puisque le marxisme est internationaliste et opposé à la guerre…)
– 1917 USPD, les communistes se détachent.. Les spartakistes font partie de l’USPD
– novembre 1918 : avec l’effondrement de l’empire, le pouvoir est confié à Ebert, chef du SPD…
– 1919 KPD
– et 1919 janvier semaine sanglante : les socialistes au pouvoir font tirer la troupe sur les Spartakistes et communistes

Ces événements sont une fracture à l’intérieur du mouvement socialiste, et elle perdure pendant l’entre-deux-guerres, même s’ils restent longtemps au pouvoir. Mais les communistes ne veulent pas s’allier avec le socialistes, à cause de cette trahison de 1919. Par ailleurs, les communistes, orientés par Moscou, doivent suivre la tactique classe contre classe et ne pas coopérer avec les socialistes, considérés comme des « socio-traîtres », puisque les communistes critiquent vertement le fait que les socialistes sont composés de nombreux bourgeois… La classe ennemie du peuple dans les textes fondateurs du communisme…
La fracture fait comprendre l’incapacité de la gauche allemande devant la montée du nazisme et la prise de pouvoir d’Hitler… C’est d’ailleurs cette prise de pouvoir qui fait changer Moscou de tactique et lancer celle des fronts populaires… Et c’est là que résidait la deuxième (ou troisième) étape du devoir…

Donc pour un plan….

I – fondation du SPD 1875-début XXe
II – les fractures 1914-1919
III – entre-deux-guerres 1919-1933

ou alors

I – fondation 1875 – 1914
II – fractures 1917 – 1933

Pour lancer la composition, quoi de plus stimulant que le constat de la défaite de la gauche en 1933… La victoire d’Hitler ne s’explique pas par les divisions de la gauche, elles accélèrent la victoire.. Le NSDAP a un énorme succès grâce à la crise économique et les qualités d’orateur de Hitler lui-même… Mais les divisions de la gauche, leur manque de cohésion autour d’un projet de société n’ont fait qu’exacerber le succès des nazis…

Pour les questions syndicales.. que reste-t-il du cours..? C’est vrai pas grand chose, comme dans toutes les productions en rapport avec ce sujet…
1892 unification syndicale avec Carl Liegen
fin XIXe, SPD + coopératives de production qui correspond à la mutualisation que l’on trouve dans le syndicalisme… ce mutualisme montre que le SPD est un parti ouvrier.. du moins au départ..
proximité des syndicats avec le combat des spartakistes et progrès des catégories non ouvrières à l’intérieur du SPD….Le syndicalisme reste important en Allemagne.. Hitler utilise cette habitude en créant des associations ouvrières nazies qui encadrent cette population (DAF par exemple et autres associations de loisirs…)

médias et opinion publique

Dans ce DS du 050220 en TLES le sujet 2 était simple, prévu dans les IO et tout et tout :
En vous appuyant sur les exemples étudiés au cours de l’année, vous traiterez le sujet suivant : médias et opinion publique dans les grandes crises politiques en France depuis l’Affaire Dreyfus.

Le sujet est sans réelle surprise, en tout cas du point de vue du programme.. En revanche, du point de vue des élèves, les choses sont plus complexes… Vous avez beaucoup à retenir et vous semblez penser que le récit vaut le coup, là où on attend une analyse…
Qu’on soit bien d’accord… L’analyse en question c’est percevoir les relations entre les médias et l’opinion publique… Sachant que le premier terme est simple à définir.. si on ne le réduit pas à la presse seulement, et que le deuxième l’est beaucoup plus.. Oui Bourdieu estimait que l’opinion publique n’existait pas. D’autres pensent que l’opinion publique a laissé la place à l’opinion de masse largement manipulée voire créée par les médias et surtout Internet… En tout cas ce qui est clair c’est que l’on cherche à voir comment évoluent les relations entre les médias et les citoyens… Pas l’histoire des médias.. La différence est difficile à faire, bien sur…

Exemple sur l’affaire Dreyfus….

L’histoire des médias, il faut la connaître. Les inventions, les améliorations de la production des journaux dans les années 1880 permettent d’augmenter les tirages. La loi de 1881 permet de libérer la presse. Le fait qu’il y ait des délits de presse n’est pas la marque d’une surveillance, mais au contraire d’une plus large liberté puisque les affaires de presse sont jugées avec un jury populaire.. Ce qui n’assure pas l’impunité des journalistes mais permet un jugement par des citoyens… C’est bien sur les dispositions de cette loi de 1881 que compte Zola lors de la publication de son article « J’accuse » en 1898 : il sait, et le dit explicitement, qu’en accusant tout le monde, des politiques et des militaires, il se met sous le coup de la loi… Mais c’est son objectif : passer en jugement pour qu’on ouvre à nouveau le dossier Dreyfus qui a été fermé par l’armée…Ce n’est pas la fin de l’affaire, au contraire, ce n’est que le début… Le procès Zola (1898) entraîne des réexamens du dossier Dreyfus. Un autre procès a eut lieu en 1899 qui condamne à nouveau Dreyfus, qui est gracié par le président. Nouvelle révision lancée en 1903, cassation du jugement de 1899 et réhabilitation en 1906…. Mais en fait tout cela n’est pas le fond du problème..
Les relations entre la presse et l’opinion publique sont bien montrées dans votre livre par les pourcentages concernant l’engagement des journaux… Ils sont majoritairement antidreyfusards, même si les proportions évoluent avec le temps. La presse, pendant l’affaire, défend soit l’armée, soit les droits de l’homme… Cela influence les citoyens, au delà de la simple information, on le voit dans la caricature de Caran d’Ache (sur le repas de famille qui tourne mal, 1898), elle même publiée dans la presse. Donc la presse influence mais relaye également l’opinion publique… Winock le dit : « qu’est-ce alors que l’opinion sinon la presse »… avec cette phrase, l’historien met en évidence que la relation que l’on étudie est quasi fusionnelle… Et c’est logique : la presse c’est le signe de la liberté nouvelle du citoyen rétablie avec la IIIe République…

Comme les deux paragraphes ci-dessus le font, certains d’entre vous ont d’abord évoqué la crise et ensuite les relations médias-opinion publique… C’est une solution…

Pour la suite, que faire… ?

Vous savez qu’après la presse, on se retrouve avec d’autres médias : la radio et la télé… le cours vous a entraîné vers l’histoire des médias, en particulier le rôle de l’Etat.. il ne faut pas l’oublier.. car cela, pour le coup, ça fait partie des relations médias-opinion publique… La radio et la télé, c’est-à-dire les médias audio-visuels ont d’autres qualités que la presse… Le caractère direct, on pourrait dire en jouant un peu sur les mots le caractère « immédiat » des ces deux médias fait peur aux autorités… Les rapports entre média et opinion sont donc d’une grande proximité, puisque la radio et la télé sont directement dans le foyer…
Le développement de la radio se fait après la 1GM, les stations se développant à la fois avec des capitaux privés et des capitaux publics. L’entre-deux-guerres est la conquête des ondes par l’Etat en France, même si des radios étrangères peuvent diffuser leurs émissions sur le territoire.
Le développement de la télé se déroule après la 2GM. Les équipements étant plus lourds, l’Etat prend les choses en main et seule une puis deux chaînes diffusent.
Les relations médias-opinion publique sont donc marquées par la présence de l’Etat… Les grandes crises concernant ces deux médias sont toutes celles qui restent dans le chapitre : 1934/1940/1958/1968…

Les fiches données en début de cours donnent les éléments qu’il faut absolument utiliser (dans les lignes « rôle des médias »)…
je reste stupéfait que certains élèves utilisent le 6 février 1934 que l’on n’a pas traité en cours…

Pour le plan…

I – la presse
II – la radio
III – la télé

c’est une option.. et en fait ça correspond à peu près à

I – années 1890 – 1920
II – entre deux guerres jusqu’à la Libération
III – depuis 1945

l’essentiel est dit !

George Sand

DM premières, questions 1 à 6 p 90-91

1 – Dans le premier extrait, G Sand fait référence au fait que, après la Révolution de février 1848, les révolutionnaires ont voulu construire un nouveau régime, républicain. Pour cela les députés travaillent pour écrire une constitution. Elle est publiée le 4 novembre, largement inspirée des idées de Lamartine. Le texte (doc 4) écrit en avril 1848 est donc écrit pendant cette période de travail avant la rédaction de la constitution : « à la veille de faire une constitution ».
L’autre référence « néfastes journées de juin », fait allusion à la révolte des ouvriers en juin 1848, suite à la suppression des Ateliers Nationaux. les affrontements font plusieurs milliers de morts.

2 – Les revendications sociales et politiques de G Sand
Dans le doc 4, il s’agit d’idées démocratiques : un seul individu ne peut avoir raison. C’est de l’ensemble du peuple que doivent venir les principes de l’ordre et de l’autorité(souveraineté populaire).
Dans le doc 1, les idées sont féministes : les femmes doivent s’engager en politique. Mais le problème réside dans le fait qu’à ce moment là, la femme reste soumise dans tous les domaines à l’homme. Il faut donc d’abord l’égalité entre les sexes pour pouvoir obtenir l’égalité politique.

3 – George Sand participe aux combats du féminisme et du socialisme essentiellement par l’écriture. Le doc 1 est une lettre adressée à des responsables politiques. Le doc 4 est un article d’un journal que G Sand fait paraître, « la cause du peuple ». Son usage de l’écrit va au delà puisque même dans la préface d’un de ses romans elle en profite pour exprimer ses idées politiques (doc 5)

4 – La caricature est avant tout un dessin dont les traits sont exagérés pour faire passer une idée ou discréditer quelqu’un ou quelque chose… Ainsi dans le doc 2, les femmes mises en scène par H Daumier sont représentées dans une attitude totalement hystérique et presque inhumaine. Cet état est dû au fait que le divorce serait remis en cause. Le message est simple, les femmes tiennent au divorce au point de proclamer « la patrie en danger »… Cela discrédite complètement la revendication du divorce par les femmes. Dans ce cas, il est donc évident que la caricature est une arme politique, comme un discours !
Dans le cas du document 3, on est davantage perplexe comme le dit le quatrain associé… En effet, G Sand ne paraît pas avoir les traits exagérés. Le petit portrait de la p 90 pourrait même nous faire voir qu’il y a de la ressemblance. Elle est habillée en costume d’homme, ce qui ne nous est pas étranger mais doit être remis dans son époque… Un simple tour sur Google images au nom George Sand nous permet de ne voir que très peu de représentation d’elle en homme… Qu’elle fut habillée en homme ne fait pas de doute, mais cette femme habillée en homme est scandaleux.. Là réside sans doute la caricature.. même si elle s’accroche à une fait réel ! Son déhanché est peut-être exagéré. elle fume une cigarette à la main gauche, sa main droite accroche son col. Mais c’est le décor environnant qui insiste davantage sur l’exagération : « chambre des députées », alors qu’aucune femme ne siège, « chambre des mères » pour faire la critique de la chambre des Pairs, avec un jeu orthographique.. Comme si les mères pouvaient prendre la place des Pairs et que les féministes confondaient l’orthographe de Pairs et Pères…. Nous sommes en 1842, sous la monarchie de Juillet, les deux chambres (Députés et Pairs) existent…En bas se trouvent les textes de G Sand. Les nuages évoquent le rêve pour bien insister sur l’utopie du féminisme…. Bien sur le quatrain se termine par le fait que le génie est abstrait et qu’il n’a pas de sexe… est-ce à dire que le génie ne dépend pas du sexe ou que le génie n’a pas de sexe, dans le sens asexué, comme montre cette femme habillée en homme… Il faudrait alors comprendre que G Sand a peut-être du génie, mais elle n’a pas de sexe, donc ce n’est pas une femme… insulte suprême, mais un peu intello…. trouvé sur internet : « Le caricaturiste fait un portrait charge de George Sand pour attaquer son féminisme et tout ce qui scandalise son époque : elle s’habille en homme, elle fume, elle a choisi un pseudonyme masculin et elle écrit des ouvrages qui prônent l’égalité entre hommes et femmes ! » site d’un prof qui a tout compris…et la BNF commente cette image ainsi : « George Sand fume la pipe et a de nombreuses liaisons (Musset, Chopin, pour les plus connues). Elle s’habille avec des tenues masculines, pour leur confort et leur moindre coût et aussi parce qu’elles lui permettent d’investir les lieux publics réservés aux hommes.
Cependant George Sand n’a pas cherché à être comme un homme. Elle dira : « Je n’ambitionne pas la dignité de l’homme. Elle me paraît trop risible pour être préférée de beaucoup à la servilité de la femme. Mais je prétends posséder aujourd’hui et à jamais la superbe et entière indépendance dont vous seuls croyez avoir le droit de jouir. » »

5 – la valeur au coeur de l’engagement de G Sand est bien l’égalité. Dans le doc 1 il s’agit de l’égalité entre sexes. La femme ne peut pas exercer des droits politiques si son statut social n’évolue pas. Dans le doc 4 il s’agit de l’égalité entre les citoyens qui refoule donc le pouvoir de l’homme isolé.

6 – G Sand (1804-1876) est d’abord une écrivaine. Dès 25 ans, Aurore Dupin, selon l’état civil, prend un pseudonyme masculin et publie. Libre et passionnée, elle s’engage en politique dans les années 1840, sans que cela soit apprécié dans ce milieu exclusivement masculin. La Cause du peuple, le journal qu’elle crée après la révolution de 1848, relaye ses idées et tout d’abord l’égalité, mais également la justice sociale et la solidarité. Mais l’égalité qu’elle prône n’est pas seulement entre les hommes mais doit s’élargir aux femmes. Féministe avant l’heure, portant costume d’homme, elle doit affronter l’opposition toute masculine tant politique que littéraire (Daumier, Baudelaire). L’époque n’est pas prête à l’égalité des sexes comme le montre le portrait charge d’Alcide-Joseph Lorentz. Elle est proche des socialistes et défend une réelle égalité, entre citoyens et entre hommes et femmes. Malgré ses revendications d’égalité auprès des mouvements de gauche, ses idées n’arrivent pas à passer dans les décisions. La Réaction du parti de l’Ordre puis le second empire auront raison de son féminisme.

Le grand retour des frontières

extraits de L’Atlas des Frontières, B. Tertrais & D. Papin, Les Arènes, 2016

Comment se déroule « l’horogenèse » (Michel Foucher)c’est à dire le tracé des frontières ? Le plus souvent dans le sang […] Les frontières sont créées par
(1) l’issue d’une guerre classique entre Etats : traité de paix, acte de capitulation, armistice, cessez-le-feu..
(2) l’expansion territoriale, annexion ou partage
(3) l’indépendance (décolonisation ou sécession)
(4) les relations de bon voisinage, les frontières matérialisant alors souvent des droits dynastiques ou des propriétés terriennes
(5) l’arbitrage international
Quand aux frontières maritimes, elles sont définies de manière arbitraire (distance depuis la terre), mais en s’appuyant aussi sur la géologie (plateau continental) et l’hydrologie.

supports hydrographiques des frontières = 30% du total
supports orographiques (reliefs) = 25%
les autres frontières, 45% sont dites « artificielles ».. dont 25% de lignes droites (surnommées frontières « mathématiques »)

La question des frontières dites « naturelles » est discutable. Montagnes et cours d’eau sont plus aisément défendables, au moins dans les temps passés.
En France la notion de frontières naturelles s’est confondue avec un projet politique. Danton disait à la convention nationale en 1793  » Les limites de la France sont marquées par la nature, nous les atteindrons des quatre coins de l’horizon, du côté du Rhin, du côté de l’océan, du côté des Alpes »

Toutes les frontières sont artificielles, cela paraît évident pour les auteurs !

« Il n’y a pas de bonne frontière dans l’absolu, encore moins de frontière idéale, mais des frontières réelles qui sont soit reconnues de manière symétrique comme légitimes, soit présentent plus d’avantages politiques, stratégiques, économiques pour les uns que pour les autres, à un moment historique donné » (Michel Foucher)

Dans les temps anciens, les frontières , plutôt que des lignes claires, étaient des zones souvent floues, des espaces limitrophes. Les limites des empires étaient des confins ou des « marches ».. Les marqueurs signalaient une domination, mais pas une démarcation…
Le LIMES romain était exemplaire de cette conception ancienne, imposée unilatéralement. Il n’était ni continu , ni homogène.. Entre le Rhin et le Danube, le LIMES par excellence consistait en un réseau de routes parallèles et perpendiculaires à un rempart d’argile..
L’idée de borner son territoire ne va pas de soi… Le développement des frontières est en fait lié à l’émergence du monde moderne. Il commence au XVIIe siècle avec le traité de Westphalie (1648) dans lequel apparaissent les premières frontières négociées entre empires.. C’est sur les confins russo-turcs qu’on invente la délimitation frontalière entre Etats. Les frontières sont aussi contemporaines de la cartographie moderne….
Peu de frontières datent d’avant 1800. Depuis 1900, le nombre d’Etats a été multiplié par 5. Depuis 1945, on assiste à un véritable foisonnement des frontières : fin des empires puis fin du bloc de l’est. Environ 28000 km de frontières sont apparus depuis la fin de la Guerre Froide. Plus de 10% des frontières actuelles datent d’après 1990.

le front intra-coréen

Michel Foucher, Fronts et Frontières, un tour du monde géopolitique, Fayard, 1991, extraits p 314-316
La péninsule coréenne est le seul cas asiatique de division militaro-idéologique de type européen qui traverse une nation pourtant ancienne, unifiée dès le XIVe siècle. Le Yalu (fleuve du Nord de la Corée du Nord) est une très vieille frontière avec la Chine. […]
Les deux zones d’occupation issues de la seconde guerre mondiale devinrent deux Etats distincts après l’échec de réunification militaire au profit de l’Etat du Nord. La fixation de cette frontière-front a provoqué la perte d’au moins 5 millions de vies humaines : à la profondeur de la rivalité idéologique se sont ajoutées des conditions concrètes de cette guerre de Corée, menée dans une péninsule au relief coupé, au terrain montagneux sur 85% de sa superficie et où les enjeux correspondaient à des vallées rizicoles qui étaient et sont encore des passages obligés (…) lieux de combats acharnés hier et d’une surveillance obsessionnelle aujourd’hui.
La frontière intra-coréenne est en réalité composite : elle comprend une DMZ (demilitarized zone) large de 4 km, établie de part et d’autre d’une « ligne de démarcation provisoire » longue de 293 km (…) au delà de laquelle s’étend , au sud, une zone de défense de 50 km de profondeur.(…) Cette zone est l’une des plus militarisées qui soient, puisque s’y font face la 6eme et 7eme armées du monde (22 divisions au nord, 18 divisions au sud)(…)
Séoul se localise à moins de 40 km de la DMZ alors que Pyongyang en est à 150 km (…)
La situation coréenne diffère par bien des aspects de celle de l’Allemagne. Les relations entre les deux sociétés sont inexistantes, y compris par la radio.(…)