des idées

quelques références pour essayer de comprendre le rôle des idées :

Déchéance de rationalité, G BRONNER, 2019.

Cet auteur est à suivre. Sociologue, il décrypte de manière sublime notre époque et nos comportements… Il en a d’autres comme La démocratie des crédules, 2013 qui devrait être le manuel d’éducation civique dans les lycées… Ce qui ressort de ces lectures, c’est d’abord ces différents biais cognitifs qu’il met en évidence face à la contagion des conneries qui circulent, rumeurs, fake, complotisme et tralala. Le dernier bouquin sort de son expérience dans une institution cherchant à lutter contre la radicalisation, sortie des attentats des années 15 et 16… On touche tout à la fois les rigidités institutionnelles, la pauvreté de raisonnement des institutions comme des radicalisés, mais aussi on voit bien que quand on ne donne rien à l’individu pour avancer, il n’avance pas… Liberté de choix, OK. Mais même le choix, ça s’apprend, ne serait-ce que pour conscientiser les critères… (Ah l’art des choix comme on dit à Privas) Il fait une belle incursion du côté de ce que veut dire croire… Lire Bronner c’est une bonne leçon d’EMC. Une bonne partie de son oeuvre est à l’Alcazar !

Vers l’égalité ou au-delà ? Essai sur l’aube du socialisme par L. FROBERT, 2021

Ce petit livre des éditions ENS (Normale Sup de Lyon) nous replonge dans les années 1830-1840, bien avant Marx, Mélanchon, les soviétiques, les écolos et les délires post mitterrandiens d’une gauche en déliquescence à l’heure du tout pragmatique-libéral-individuel… On se désole vite quand notre champ de vision se limite à notre nombril. L’intérêt (je ne dirais pas « l’utilité ») de l’Histoire est de nous faire connaître ce qui a été fait, dit, pensé avant nous. Et quand on se laisse prendre à la lecture des Anciens, on arrive à relativiser les drames en cours… ou les vacuités à l’oeuvre… L’absence d’imagination politique actuelle fait peur. Que nous est-il proposé, soyons honnêtes… A droite, il s’agit de jouir, en tout bien tout honneur… Croissez et enrichissez vous, peu de différences entre Sarkozy et Guizot, somme toute… Faire son beurre, profiter, consommer, vivre bien et honnêtement, ça se respecte… Il y a assez peu de perspective, sauf pour ceux qui cherchent.. Les autres n’ont qu’à construire leur vie comme ils le peuvent. Dans le fond c’est peut-être ça le bonheur. « Business as usual » ! Cette vision là est étayée par l’échec des stratégies collectives. Et à gauche que nous propose-t-on ? Ben rien de plus ! Ah oui : réagir ! Il FAUT… (ajoutez toutes vos revendications…). L’ETAT  DOIT (idem)… Il n’y a plus un projet à gauche. La construction d’un monde du DD n’est pas de gauche.. Derrière celui-ci s’emboîte des perspectives respectueuses des uns et des autres… La gauche a oublié ses fondamentaux, et ce livre nous les rappelle. La gauche ne construit plus de société, elle rame derrière les avancées de la droite, du capitalisme et du progrès technique.. ça va trop vite.. La gauche pense à partir de principes.. Mais ceux ci deviennent obsolètes quand ils ont été construits, car réagissant aux nouveautés d’hier, logique ! La richesse idéologique de ce début du XIXe jette une drôle de lumière sur notre début de XXIe siècle très faible, très peu inventif… Les idéaux de gauche sont pourtant présents, je les vois tous les jours dans les pubs : solidarité, fraternité, aide aux plus démunis.. Tout ce qu’on appelle en les dénigrant les « bons sentiments », ce sont eux qu’on attend en fait.. Voir des gens sourire, être accueilli, avoir un contact aimable, bref une société fraternelle en un mot.. Elle est dans les pubs qui nous vendent des machins fabriqués par des machines ou des gens mal payés…. Et puis, il faut bien le dire la gauche est condamnée : socialisme, communisme ont échoué et , naturellement, tout ce qui a échoué est fondamentalement mauvais : l’histoire n’est pas meilleur juge… Le nazisme était mauvais : condamné. Le communisme était mauvais : condamné… Pour toute personne ne voyant pas plus loin que son groin, c’est une évidence… Posez vous la question : la démocratie a été condamnée par nos Pères politiques, Voltaire et Montesquieu… Donc ? Nos démocraties sont bâties sur les principes de ces gens là qui ont condamné la démocratie.. Tout va bien ? Pour ceux qui commencent à comprendre, ce petit bouquin dresse le portrait d’une époque, le début du XIXe, presque à 200 ans d’ici, au moment où se construit notre société industrielle. Investissements, nouveautés, croissance, on se croirait dans un monde parallèle… Les pauvres sont là aussi, alors que la richesse éclate.. Monde parallèle : aujourd’hui les pauvres sont là ici, mais sans boulot… Les « prolétaires », ils sont en Asie du Sud Est… Et dans notre Europe des années 1830-1840, boursouflée d’orgueil technicien et évolutionniste, qui sécrète un racisme ordinaire parce que seuls les Blancs arrivent à connaître cette nouveauté industrielle, le libéralisme est maître. Monde parallèle ? Je reviens à ce petit bouquin qui raconte le début des « socialistes »: un Pierre Leroux déclare tout de go qu’il a inventé le terme SOCIALISME pour équilibrer le développement fulgurant de l’INDIVIDUALISME… Et là on ne peut pas ne pas se poser la question.. Pourquoi ceux qui nous dirigent, pourquoi nos contemporains n’ont-ils pas fait plus d’histoire…? Pourquoi croire qu’une vieille recette (le libéralisme) qui nous a mené à la guerre à plusieurs reprises serait la bonne solution ? Pourquoi quand je pose cette question avez vous le réflexe idiot de penser que le suis communiste, stalinien, mélanchonesque ? N’y a-t-il dans votre réflexion politique que le profit libéral ou le totalitarisme communiste… Le capitalisme libéral tout blanc et le communisme rouge sang…? et rien entre ??? Alors comment appelez vous cette société de la toute-surveillance informatique qui naît sur nos principes libéraux… la liberté ???  Ne savez vous vraiment pensé qu’en termes d’opposition individuel-collectif, alors que l’histoire du monde nous montre que les deux coexistent, et pas souvent avec bonheur, et que c’est même une des caractéristiques de l’humanité de toujours hésiter dans cette médiation entre individuel et collectif..? Autre opposition de laquelle il faudrait arriver à s’extirper : pragmatisme et utopisme.. Quand on est l’un on ne peut pas être l’autre… Le principe de réalité nous fait accepter la situation… L’utopie est la seule force qui peut nous en sortir et amener la réalité à avancer… Oui ! Même chez les capitalistes, puisque c’est cette tendance à faire du profit qui permet les investissements, comme les faillites.. Avoir toujours plus, c’est une utopie qui devient réalité en milieu capitaliste… De même l’utopie d’avoir un objet qui me met en lien avec tous mes amis a permis des richesses fabuleuses aux concepteurs de smartphones.. Alors pourquoi discréditer l’utopie alors qu’elle nous fait avancer ??? Mais dès qu’il s’agit d’utopie politique, il n’y a plus personne. Il faut vite condamner… Alors, et toujours pour les quelques uns qui sont encore là et qui ont compris, lisez ce petit bouquin d’histoire et d’histoire des idées. Voir éclore des pensées du collectif, dans toute leur variété, dans un moment de grande croissance industrielle et de grande confiance dans le progrès, c’est tout à fait stimulant pour percevoir aujourd’hui…. A l’Alcazar
… et si vous voulez toucher cette société capitaliste dans ses aspects sombres, je vous conseille S. SASSEN Expulsions, Brutalité et complexité dans l’économie globale, 2016 ou N KLEIN No Logo, 2002 et surtout Le choc des utopies, Porto Rico contre les capitalistes du désastre, 2019

Ce pays qui aime les idées. Histoire d’une passion française par Sudhir HAZAREESINGH – 2017

Un bouquin qui fait du bien à lire, quand un anglais se met à admirer la culture française ça vaut le détour… En plus on apprend pas mal de choses et on n’arrive plus à dénigrer notre pays bien aimé… Voilà ce qu’en dit un CR internet rapide :

Les Français seraient arrogants, présomptueux, ingouvernables… Mais ne seraient-ils pas, avant tout, de grands amoureux des idées?
Au fond, à quoi reconnaît-on la pensée française? Sans doute à son inextinguible vitalité : si les Français donnent l’impression de ne jamais débattre sans se disputer, c’est qu’ils ont l’exercice de la controverse trop à cœur ; s’ils passent pour des donneurs de leçons, c’est qu’ils aspirent à l’universel, au point de s’en estimer seuls garants ; s’ils sont râleurs, anarchiques et prompts à la révolte, c’est qu’ils ont l’esprit critique chevillé au corps ; s’ils se croient supérieurs, c’est qu’ils ont le goût de l’abstraction, l’art d’inventer des concepts qui séduisent au-delà des frontières – le socialisme, le structuralisme, l’existentialisme, la déconstruction, le mot même d’intellectuel. Enfin, s’ils exigent tant de leurs hommes politiques aujourd’hui, c’est qu’ils sont nostalgiques de leur grandeur passée et qu’ils refusent d’abdiquer.
Catalogue passionné des spécificités de la pensée française, ce livre nous décrit mieux que nous ne saurions le faire, en même temps qu’il nous pousse à interroger nos inquiétudes face à l’idée de notre déclin.

racisme et autre

030121.. fin des vacances lectures…
Un petit dernier pour la route…..d’abord cet extrait : Tania de Montaigne, L’assignation, p 18, Grasset 2018.
Voilà notre château hanté. Voilà les fantômes qui nous habitent. Ils parlent à travers nous, ventriloques invisibles. Sommes-nous racistes ? Bien sûr. Nous parlons tous la Race couramment, elle est notre langue maternelle depuis des siècles. Pourrions-nous ne pas l’être ? Bien sûr. Mais la tâche est ardue et le temps presse. Partout dans le monde, les rapports se tendent et se crispent avec cette idéologie pour toile de fond. Partout dans le monde, les nationalistes mettent des mots simples et rassurants sur cette peur de l’Autre qui nous habite malgré nous. Ils disent : « Tu as raison d’avoir peur ». Ils disent : « Je te comprends, ils ne sont pas comme nous. » Ils disent : « Quand ils ne seront plus là, nous irons beaucoup mieux. » Ils disent aussi : « Tu ne sais pas qui tu es, mais moi je le sais pour toi. » Et on les croit et on les élit. Ils disent : « Ton problème c’est les Mexicains », « Ton souci c’est les Noirs », « les Arabes », « les Juifs », « les Roms », « les Rohingyas », « les Yézidis »…. Et, face à eux, les communautaristes répondent en miroir, utilisant la même langue, le même dictionnaire. Chez les communautaristes, on ne dit pas un Français noir, mais un Noir de France, un Juif de France, un Musulman de France… La Race d’abord. Et on ne dénonce le Racisme que lorsqu’il touche la communauté que l’on pense représenter, faisant, tout comme les nationalistes, de l’antiracisme à géométrie variable. Ils disent : « Puisqu’on attaque les Noirs, restons entre Noirs. » Ils disent : « Ne discutons qu’entre Juifs. » « Ne pensons qu’entre Musulmans »… Comme les nationalistes, les communautaristes rêvent d’un monde où la Race mettrait de l’ordre dans la complexité des rapports humains. Les Musulmans avec les Musulmans, les Juifs avec les Juifs, les Noirs avec les Noirs… Ils disent « appropriation culturelle », « racisés », « insensibilité culturelle »… Ils disent « Tu parles comme une Blanche », « Tu n’es pas un vrai Noir », « pas une vraie Juive », « pas un vrai Musulman »… Communautaristes et nationalistes sont pris au piège de la Race, et nous avec…. à rapprocher avec ceci : IMAGE ou en VIDEO
….
et après Jaurès, voilà Chirac, en 2001 :
« Nous avons saigné l’Afrique pendant quatre siècles et demi, commença-t-il. Ensuite, nous avons pillé ses matières premières ; après, on a dit : ils (les Africains) ne sont bons à rien. Au nom de la religion, on a détruit leur culture et maintenant, comme il faut faire les choses avec plus d’élégance, on leur pique leurs cerveaux grâce aux bourses. Puis, on constate que la malheureuse Afrique n’est pas dans un état brillant, qu’elle ne génère pas d’élites. Après s’être enrichi à ses dépens, on lui donne des leçons. » extrait d’un article sur le bilan Chirac en 2007 dans LE MONDE

181220… vacances lectures
quelques références récentes sur la question du racisme :
Lilian THURAM, La pensée blanche, P. Rey, 2020
Aurelia MICHEL, Un monde en nègre et blanc, Seuil, 2020
Eeni EDDO-LODGE, Le racisme est un problème de blancs, Autrement, 2018
Tania de MONTAIGNE, L’assignation, les noirs n’existent pas, Grasset, 2018
Tania de MONTAIGNE, Noire, la vie méconnue de Claudette Colvin, Grasset, 2015
moins récents…..
Aimé Cesaire, Nègre je suis, nègre je resterai, Albin Michel, 2005
Tahar BEN JELLOUN, Le racisme expliqué à ma fille, Seuil, 1999
Frantz FANON, Les damnés de la terre, 1961
En lisant le livre de Tania de Montaigne sur Claudette Colvin, on retrouve l’ambiance décrite par Fanon dans les damnés de la terre. L’un porte sur les noirs américains dans les années 1950, l’autre décrits l’état des populations colonisées à peu près au même moment. Le lien entre esclavage-colonisation-racisme apparaît de plus en plus, surtout à la lecture d’A. Michel. Les différences se cristallisent dans une construction sociale de l’exclusion. Quand on vit dans l’exclusion (quel que soit le côté du mur) on a du mal à imaginer qu’il fut un temps où le mur n’existait pas, et que la vie peut exister sans mur…

au hasard…

Pensant que je ne peux enseigner que si je garde vivante cette matière que j’enseigne, je me perds parfois dans les rayons des bibliothèques.. Voilà sur quoi je tombe.. Pour ceux qui voudraient savoir, j’ai recopié le texte de Bregman après avoir écrit l’article suivant….

Lu dans <<Utopies réalistes>>, Rutger Bregman, seuil, 2017, lisible à l’Alcazar, 320.5 BREG…
extraits p 20-22

Il est vrai que l’histoire est pleine d’utopismes sous toutes leurs formes – fascisme, communisme, nazisme – de même que chaque religion produit des sectes fanatiques. Mais si un fondamentaliste religieux incite à la violence, faut-il pour autant discréditer automatiquement toute religion ? Alors pourquoi discréditer l’utopisme ? Faudrait-il simplement arrêter tout à fait de rêver d’un monde meilleur ?
Bien sûr que non. Mais c’est précisément ce qui arrive. Optimisme et pessimisme sont devenus synonymes de confiance ou méfiance de consommateur. Toute idée radicale sur un autre monde est devenue presque impensable. Les attentes par rapport à ce que notre société peut accomplir se sont spectaculairement érodées, nous laissant face à la dure et froide vérité qui veut qu’en l’absence d(utopie tout le reste n’est que technocratie. La politique s’est diluée en gestion des problèmes. Les électeurs oscillent de part et d’autre, moins parce que les partis sont si différents que parce qu’il est si difficile de les distinguer et que la droite n’est désormais séparée de la gauche que par un ou deux points de taux d’imposition.
Le journalisme nous présente la politique comme un jeu dont les enjeux ne sont plus des idéaux mais des carrières. L’université est devenue un lieu où chacun est trop occupé à lire et à publier pour débattre. Celle du XXIe siècle ressemble à rien tant qu’à une usine, comme d’ailleurs nos hôpitaux, nos écoles et nos studios de télévision. ce qui compte, c’est d’atteindre des objectifs. Croissance économique, parts d’audience, nombre de publications – lentement mais surement, la qualité est remplacée par la quantité.
Et tout cela est animé par une force appelée « libéralisme », une idéologie pour ainsi dire vidée de tout contenu. Ce qui importe à présent, c’est « d’être soi-même » et de « faire son truc ». La liberté est peut être notre idéal le plus élevé, mais notre liberté s’est vidée de son sens. (…) La scène publique doit être « neutre » – ce qui ne l’empêche pas d’être plus paternaliste que jamais. A chaque coin de rue nous sommes incités à nous gaver et à nous enivrer, à emprunter, acheter, suer, stresser et tricher. Quoique nous nous racontions sur la liberté de parole, nos valeurs ressemblent à s’y méprendre à celles que défendent les entreprises qui peuvent s’offrir des publicités aux heures de grande écoute. Si un parti politique ou une secte religieuse avait seulement une fraction de l’influence qu’exerce l’industrie publicitaire sur nous et nos enfants, nous serions déjà dans la rue et en armes.

Lu dans <<La société de défiance. Comment le modèle social français s’autodétruit>> Yan Algan et Pierre Cahuc, CEPREMAP, 2007/2016, lisible à l’Alcazar, 302 ALGA

Je ne suis pas arrivé à lire tout le livre… Toute ma culture socio-économique s’est effondrée en lisant ce brûlot qui a reçu paraît il le prix du livre d’économie… Extrait rapide :

En contrôlant l’ordre public et la distribution des ressources, l’État affecte la confiance de chacun envers les autres et envers les institutions. Or, de nombreux éléments empiriques indiquent que l’universalisme et la transparence des mécanismes de solidarité sont associés à une plus grande confiance. Ce n’est pas tant l’existence d’un Etat-Providence et le niveau des dépenses publiques qui emportent que le mode d’intervention et de régulation de cet Etat. p 48

je reprends :
« En contrôlant l’ordre public et la distribution des ressources, l’État affecte la confiance de chacun envers les autres et envers les institutions ». C’est à dire en étant l’Etat, l’Etat annihile la confiance… Là j’étouffe… en contrôlant l’ordre public, mais bon sang c’est le but de l’Etat.. Tu enlèves ça, il n’y a plus d’Etat… Ensuite, dire que l’Etat contrôle la distribution des ressources c’est peut-être pousser le bouchon libéral un peu loin… Quoi, nous sommes à Moscou ??? Que veulent ils dire ??? Bien sur que je ressens la pression de l’Etat dans mon pays…. Sans aller plus loin que Parcoursup… C’est le grand ordinateur qui va décider. Le recours c’est de mettre 18 à tout le monde.. Du coup, on annule l’évaluation et les formations du supérieur ne jugeront qu’à partir de l’origine des élèves.. C’est le résultat du trop d’Etat, les acteurs privés s’adaptent… Bien sur ! Mais au delà des exagérations, des abus, le fondement de l’Etat est la protection des citoyens, enfin je le croyais.. On m’avait appris que depuis la seconde guerre mondiale, l’Etat ça servait à ça… Après que les régimes fascistes aient fait de l’Etat un broyeur d’humains, après que le stalinisme ait été assimilé aux mêmes régimes, parce que broyeur d’humains également, j’ai cru en notre démocratie libérale.. Si c’est pour que de beaux esprits économistes viennent balancer le bébé avec l’eau du bain… Un jour un prof de fac m’a dit « depuis 1968 je vois tout mon monde s’effondrer ».. Je n’ai pas les mêmes idées, mais je peux dire pareil..depuis les années 1980, tout le monde mental dans lequel j’ai grandi, élevé dans un milieu chrétien démocrate, tout cela s’effondre… Ce qui était de l’ordre de la tentation, c’est un argument de vente. L’argent, regardé avec méfiance, est une des rares valeurs encore debout. Le groupe qui était une référence à l’intérieur duquel on essayait de percevoir les équilibres, est une lubie dépassée, seul comptant l’individu. Le bien commun qui était et devait être respecté, est au mieux un mal nécessaire, au pire un empêcheur de tourner en rond… On avait confiance en l’Etat, forcément massif, lent, rigide, mais protecteur… De forts comme des faibles.
je poursuis :
 » Or, de nombreux éléments empiriques indiquent que l’universalisme et la transparence des mécanismes de solidarité sont associés à une plus grande confiance.  » Et on cherche encore à nous faire croire que l’économie est une science… Pauvres naïfs ! L’économiste c’est celui qui vous dira demain qu’il a eu raison d’avoir tord hier… Oui, un peu comme le politique… Les données empiriques, tu les as en prenant un café ou pire au bar du coin, quand ils sont ouverts… D’ailleurs un peu plus loin, en affirmant que la multiplication des régimes particuliers de retraite sape la cohérence et la confiance, je me disais, ouaou il doit y en avoir pléthore… 10.. Il y en a 10, selon les mêmes auteurs ! C’est ça la complexité ? 10 régimes de retraite différents ? C’est ça la complexité ne pas avoir le même régime de retraite quand tu as passé ta vie sur les chantiers de construction ou quand tu as passé ta vie dans une bibliothèque.?? Bien sur que la transparence inspire confiance.. mais l’habitude de discréditer non !!! Mais les affaires politico-financières, non ! En France on est malade de l’égalité.. lisez « L’égalité du phantasme français » de Michel de Rosen, Tallandier, 2020 [disponible en numérique sur le site de la bibliothèque de l’Alcazar] c’est sur.. Il n’est que de faire l’histoire du XIXe pour comprendre que le « peuple » français le rechercher et tous ceux qui s’y sont agglomérés depuis ont adhéré à cette valeur… qui est sans doute la mieux transmise à l’école !! Donc c’est vrai ,en France si tu as pas l’air favorable à l’égalité, tu es mal vu… De là à dire que c’est l’Etat qui organise l’inégalité, il n’y a qu’un pas que les auteurs ne franchissent pas.
enfin :
 » Ce n’est pas tant l’existence d’un Etat-Providence et le niveau des dépenses publiques qui emportent que le mode d’intervention et de régulation de cet Etat. » Oh lala !!! Je m’ai trompé §§ Aïe Aïe Aïe !!!! En fait ils ne critiquent pas le système français, ils critiquent l’application française du système… Boudiou, ouf, l’honneur est sauf… Okay, donc vous avez compris.. L’Etat Providence c’est bien, mais ça doit être transparent… On doit mettre tout le monde au même niveau : que tu touches 1500 ou 15000 € par mois, tu auras les mêmes prestations, ça c’est l’égalité… Les complémentaires ? N’en parles pas c’est du ressort du choix de l’individu, ne l’oublies pas ! Notre modèle ce sont les pays scandinaves, Copy ? Norvège, 5 millions d’habitant et producteur de pétrole. Suède 10 millions d’habitants. Danemark 5 millions d’habitants….En voyant ça, oui je pense que effectivement on peut s’en sortir quand le nombre de dossier est plus faible.. Pour ceux qui rêvent encore du modèle scandinave, je conseille la lecture des policiers de l’école scandinave, justement.. H. Mankell, C Läckberg, entre autres.. Lisez et dites moi si ces pays n’ont pas de problèmes administratifs, n’ont pas de problèmes de racisme… Le modèle allemand, lisez la presse allemande, en traduction dans Courrier International.. Vous verrez que les Allemands ne sont pas si satisfaits que cela de leur système soi disant miraculeux.. Quand au modèle américain que nous suivons puisque rien d’autre n’existe, on voit, on sait ce que ça donne, ce que ça sécrète comme misère et désespérance… Ne soyez pas aussi idiots que ceux qui lisent cela en disant « tu crois que le communisme s’était mieux ? ».. Ayez l’intelligence de voir que la critique n’est pas la condamnation. Je suis heureux de manger à ma faim, d’avoir des gadgets qui me permettent de m’emmerder copieusement en ne pensant pas aux choses qui fâchent, d’avoir des vêtements, la mode etc… Je n’en oublie pas moins ceux qui sont empoisonnés par mes déchets, directs ou non, ces animaux contaminés par mes déchets plastiques, ces humains exploités pour que je vive bien… Et je ne peux rien faire.. En fait c’est ça qui mine ma confiance….

lecture….

Voilà quelques notes de lecture dans l’ouvrage de Chloé Morin « Le populisme au secours de la démocratie ? », Gallimard, Le débat, 2021.. Quelques passages piqués en gros au milieu du livre, pour montrer le développement de l’argumentaire. J’ai laissé de côté ce qui me paraissait de l’ordre de l’illustration pour ne garder que les grands traits de l’argumentation, les grandes étapes… Une analyse qui me paraît intéressante, à discuter, toujours !

Débat, communauté démocratique et essentialisation

p 95 « Le drame de la période actuelle est que face aux forces de dispersion et de désagrégation de la communauté nationale que représentent les identités nouvelles ou « tribus », nul ne semble plus savoir comment créer du « nous » dans recourir à l’artifice de l’essentialisation et de la désignation d’adversaires ou de boucs émissaires. »

p 100 «  La démocratie ne s’est pas construite, loin s’en faut, sur l’idée de consensus ou d’homogénéisation sociale, politique et culturelle. Dans une société du « même », nul besoin d’institutions délibératives pour mettre tout le monde d’accord, puisque les intérêts de chaque individu sont les mêmes. Dans une société homogène, il n’est pas besoin de canaliser les aspirations et les colères, de pacifier les antagonismes de classe, de religion, ou d’orientations idéologiques. La démocratie sert précisément à organiser la coexistence d’individus dont les intérêts divergent. »

p 104 « Nos institutions sont construites pour gérer une société plurielle, composée de groupes et d’intérêts divergents. »

p 105 « Tout différence, tout clivage n’est pas une menace en soi pour la démocratie. Au contraire, ils en sont bien souvent le carburant lorsqu’ils trouvent à s’exprimer de manière raisonnée dans le cadre de nos institutions. (…) le conflit politique suppose l’existence d’un pluralisme, d’une multiplicité de points de vue et d’intérêts. Mais deux avis qui s’opposent ne suffisent pas à constituer un conflit : deux individus en désaccord peuvent se contenter d’acter leur dissensus ou pire, de s’ignorer, renonçant par là à  »faire société ». Le passage de cette divergence à l’affrontement suppose de reconnaître son interlocuteur comme un adversaire avec qui engager un débat ou un rapport de force »

p 106 « Dans un monde perçu comme de plus en plus menaçant (…), mais aussi de plus en plus complexe, où il devient de plus en plus difficile de distinguer le vrai du faux, l’ami de l’ennemi, la recherche d’un groupe d’appartenance, d’une communauté dont on partage les valeurs et les codes, et dont on attend une reconnaissance sociale, est un réflexe primaire. »

p 107 «  de fait les exemples sont nombreux où le conflit est entretenu pour lui-même, pour cimenter un groupe, qui ne cherche pas à le dépasser puisqu’il y trouve indirectement une raison d’être. De plus en plus nos débats politiques tournent en rond (…) non pas parce que les gens seraient devenus moins intelligents ou qu’ils ne pourraient pas partager d’opinions sur tel ou tel sujet, mais bien plutôt parce que le débat ne sert pas à cheminer vers un compromis : il sert une fonction instituante pour l’individu ou le groupe dans la société. »

p 108 « … l’essentialisation remplace l’argumentation »

A propos des propos de M Valls sur les Roms en 2013 sur l’impossibilité de les intégrer en arguant des modes de vie trop différents des « nôtres » : « Sous couvert de tenir un « langage de vérité », il sort là du cadre du débat « de fond » (à quelles conditions et comment intégrer les individus qui arrivent sur notre territoire) pour se placer dans un cadre où sa résolution n’est plus possible : dès lors que deux « modes de vie » s’affrontent, c’est l’existence même de chaque groupe qui est en jeu. » p 109.

p 110 « Il ne s’agit pas de critiquer tel ou tel responsable politique de remettre en question telle ou telle orientation idéologique : tous les responsables politiques, sans exception, ont eu un jour recours à la dynamique identitaire pour construire des dynamiques d’opinion. Le problème est que, de plus en plus, ces dynamiques consolident des identités qui enferment, assignent et transforment l’adversaire en ennemi, et le débat en lutte à mort pour la survie du « groupe ». »

p 111 « … les modèles parentaux (« père fort », mère nourricière ») influencent notre rapport à l’autorité et au conservatisme politique (…) plus le style parental d’un individu est strict, plus il est enclin à percevoir les faits et les autres avec hostilité et à défendre des politiques de fermeture ou de fermeté. Par exemple, les répondants (à l’enquête menée dans le cadre de travaux de psychologie…) qui présentent un style parental strict sont 68% à estimer que l’identité de la France est en train de disparaître, soit 24 points de plus que ceux qui ont un mode de parentalité permissif. De même les premiers sont 67% à estimer que la France devrait fermer ses frontières aux migrants, soit 30 points de plus que les autres ».

p 112 « Le revers de la désignation de boucs émissaires est l’auto-désignation de « victimes ». (…) Comment construire du compromis quand on rejette absolument sa propre responsabilité ? Comment se réconcilier quand l’autre devient la source de tous nos maux, voire une menace existentielle ? »

p 113 « Pendant la catastrophe sanitaire du coronavirus, on a également pu observer une multitude de victimes autoproclamées. Comme nous sommes tous des victimes potentielles, la recherche de responsabilités est devenue une sorte de sport national sans que jamais nous nous interrogions sur nos responsabilités propres. (…) il ne se trouvait plus un seul Français pour assumer avoir voté pour les responsables politiques de tous bords* qui ont, depuis vingt ans, désarmé l’hôpital public. » *c’est moi qui souligne !..

p 114 «  Dans une société où il y a seulement des victimes ou des bourreaux, la seule logique possible est celle du ressentiment, de la frustration, de la vengeance et de l’affrontement – rien de commun ne peut se construire, aucun lien ne peut être tissé, et aucun avenir commun ne peut être envisagé. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si la plupart des dynamiques politiques actuelles misent avant tout sur l’instrumentalisation de ces logiques victimaires : plutôt que de chercher à créer des élans par le rassemblement, le compromis et la projection dans un avenir commun, la plupart des programmes politiques reposent sur la désignation de victimes et de boucs émissaires. »

Eduquer au XXIe siècle

Avant d’enseigner quoi que ce soit à qui que ce soit, au moins faut-il le connaître. Qui se présente, aujourd’hui, à l’école, au collège, au lycée, à l’université ?

Ce nouvel écolier, cette jeune étudiante n’a jamais vu veau, vache, cochon ni couvée. En 1900, la majorité des humains, sur la planète, travaillaient au labour et à la pâture ; en 2011, la France, comme les pays analogues, ne compte plus qu’un pour cent de paysans. Sans doute faut-il voir là une des plus fortes ruptures de l’histoire, depuis le néolithique. Jadis référée aux pratiques géorgiques, la culture, soudain, changea. Celle ou celui que je vous présente ne vit plus en compagnie des vivants, n’habite plus la même Terre, n’a plus le même rapport au monde. Elle ou il n’admire qu’une nature arcadienne, celle du loisir ou du tourisme.

– Il habite la ville. Ses prédécesseurs immédiats, pour plus de la moitié, hantaient les champs. Mais, devenu sensible à l’environnement, il polluera moins, prudent et respectueux, que nous autres, adultes inconscients et narcisses. Il n’a plus la même vie physique, ni le même monde en nombre, la démographie ayant soudain bondi vers sept milliards d’humains ; il habite un monde plein.

– Son espérance de vie va vers quatre-vingts ans. Le jour de leur mariage, ses arrière-grands-parents s’étaient juré fidélité pour une décennie à peine. Qu’il et elle envisagent de vivre ensemble, vont-ils jurer de même pour soixante-cinq ans ? Leurs parents héritèrent vers la trentaine, ils attendront la vieillesse pour recevoir ce legs. Ils ne connaissent plus les mêmes âges, ni le même mariage ni la même transmission de biens. Partant pour la guerre, fleur au fusil, leurs parents offraient à la patrie une espérance de vie brève ; y courront-ils, de même, avec, devant eux, la promesse de six décennies ?

– Depuis soixante ans, intervalle unique dans notre histoire, il et elle n’ont jamais connu de guerre, ni bientôt leurs dirigeants ni leurs enseignants. Bénéficiant d ‘une médecine enfin efficace et, en pharmacie, d’antalgiques et d’anesthésiques, ils ont moins souffert, statistiquement parlant, que leurs prédécesseurs. Ont-ils eu faim ? Or, religieuse ou laïque, toute morale se résumait en des exercices destinés à supporter une douleur inévitable et quotidienne : maladies, famine, cruauté du monde. Ils n’ont plus le même corps ni la même conduite ; aucun adulte ne sut leur inspirer une morale adaptée.

– Alors que leurs parents furent conçus à l’aveuglette, leur naissance est programmée. Comme, pour le premier enfant, l’âge moyen de la mère a progressé de dix à quinze ans, les parents d’élèves ont changé de génération. Pour plus de la moitié, ces parents ont divorcé. Ils n’ont plus la même généalogie.

– Alors que leurs prédécesseurs se réunissaient dans des classes ou des amphis homogènes culturellement, ils étudient au sein d’un collectif où se côtoyent désormais plusieurs religions, langues, provenances et mœurs. Pour eux et leurs enseignants, le multiculturalisme est de règle. Pendant combien de temps pourront-ils encore chanter l’ignoble « sang impur » de quelque étranger ? Ils n’ont plus le même monde mondial, ils n’ont plus le même monde humain. Mais autour d’eux, les filles et les fils d’immigrés, venus de pays moins riches, ont vécu des expériences vitales inverses.

Bilan temporaire. Quelle littérature, quelle histoire comprendront-ils, heureux, sans avoir vécu la rusticité, les bêtes domestiques, la moisson d’été, dix conflits, cimetières, blessés, affamés, patrie, drapeau sanglant, monuments aux morts, sans avoir expérimenté dans la souffrance, l’urgence vitale d’une morale ?

– Leurs ancêtres fondaient leur culture sur un horizon temporel de quelques milliers d’années, ornées par l’Antiquité gréco-latine, la Bible juive, quelques tablettes cunéiformes, une préhistoire courte. Milliardaire désormais, leur horizon temporel remonte à la barrière de Planck, passe par l’accrétion de la planète, l’évolution des espèces, une paléo-anthropologie millionnaire. N’habitant plus le même temps, ils vivent une toute autre histoire.

– Ils sont formatés par les médias, diffusés par des adultes qui ont méticuleusement détruit leur faculté d’attention en réduisant la durée des images à sept secondes et le temps des réponses aux questions à quinze secondes, chiffres officiels ; dont le mot le plus répété est « mort » et l’image la plus représentée celle de cadavres. Dès l’âge de douze ans, ces adultes-là les forcèrent à voir plus de vingt mille meurtres.

– Ils sont formatés par la publicité ; comment peut-on leur apprendre que le mot relais, en français s’écrit « – ais », alors qu’il est affiché dans toutes les gares « – ay » ? Comment peut-on leur apprendre le système métrique, quand, le plus bêtement du monde, la SNCF leur fourgue des « s’miles » ?

Nous, adultes, avons doublé notre société du spectacle d’une société pédagogique dont la concurrence écrasante, vaniteusement inculte, éclipse l’école et l’université. Pour le temps d’écoute et de vision, la séduction et l’importance, les médias se sont saisis depuis longtemps de la fonction d’enseignement.

Critiqués, méprisés, vilipendés, puisque pauvres et discrets, même s’ils détiennent le record mondial des prix Nobel récents et des médailles Fields par rapport au nombre de la population, nos enseignants sont devenus les moins entendus de ces instituteurs dominants, riches et bruyants.

Ces enfants habitent donc le virtuel. Les sciences cognitives montrent que l’usage de la toile, lecture ou écriture au pouce des messages, consultation de Wikipedia ou de Facebook, n’excitent pas les mêmes neurones ni les mêmes zones corticales que l’usage du livre, de l’ardoise ou du cahier. Ils peuvent manipuler plusieurs informations à la fois.

Ils ne connaissent ni n’intègrent ni ne synthétisent comme nous, leurs ascendants. Ils n’ont plus la même tête.

– Par téléphone cellulaire, ils accèdent à toutes personnes ; par GPS, en tous lieux ; par la toile, à tout le savoir ; ils hantent donc un espace topologique de voisinages, alors que nous habitions un espace métrique, référé par des distances. Ils n’habitent plus le même espace.

Sans que nous nous en apercevions, un nouvel humain est né, pendant un intervalle bref, celui qui nous sépare des années soixante-dix. Il ou elle n’a plus le même corps, la même espérance de vie, ne communique plus de la même façon, ne perçoit plus le même monde, ne vit plus dans la même nature, n’habite plus le même espace. Né sous péridurale et de naissance programmée, ne redoute plus, sous soins palliatifs, la même mort. N’ayant plus la même tête que celle de ses parents, il ou elle connaît autrement.

– Il ou elle écrit autrement. Pour l’observer, avec admiration, envoyer, plus rapidement que je ne saurai jamais le faire de mes doigts gourds, envoyer, dis-je, des SMS avec les deux pouces, je les ai baptisés, avec la plus grande tendresse que puisse exprimer un grand-père, Petite Poucette et Petit Poucet. Voilà leur nom, plus joli que le vieux mot, pseudo-savant, de dactylo.

– Ils ne parlent plus la même langue. Depuis Richelieu, l’Académie française publie, à peu près tous les vingt ans, pour référence, le dictionnaire de la nôtre. Aux siècles précédents, la différence entre deux publications s’établissait autour de quatre à cinq mille mots, chiffres à peu près constants ; entre la précédente et la prochaine, elle sera d’environ trente mille. A ce rythme, on peut deviner qu’assez vite, nos successeurs pourraient se trouver, demain, aussi séparés de notre langue que nous le sommes, aujourd’hui, de l’ancien français pratiqué par Chrétien de Troyes ou Joinville. Ce gradient donne une indication quasi photographique des changements que je décris. Cette immense différence, qui touche toutes les langues, tient, en partie, à la rupture entre les métiers des années récentes et ceux d’aujourd’hui. Petite Poucette et son ami ne s’évertueront plus aux mêmes travaux. La langue a changé, le labeur a muté.

Mieux encore, les voilà devenus tous deux des individus. Inventé par saint Paul, au début de notre ère, l’individu vient de naître ces jours-ci. De jadis jusqu’à naguère, nous vivions d’appartenances : français, catholiques, juifs, protestants, athées, gascons ou picards, femmes ou mâles, indigents ou fortunés… nous appartenions à des régions, des religions, des cultures, rurales ou urbaines, des équipes, des communes, un sexe, un patois, la Patrie. Par voyages, images, Toile et guerres abominables, ces collectifs ont à peu près tous explosé.

Ceux qui restent s’effilochent. L’individu ne sait plus vivre en couple, il divorce ; ne sait plus se tenir en classe, il bouge et bavarde ; ne prie plus en paroisse ; l’été dernier, nos footballeurs n’ont pas su faire équipe ; nos politiques savent-ils encore construire un parti plausible ou un gouvernement stable ? On dit partout mortes les idéologies ; ce sont les appartenances qu’elles recrutaient qui s’évanouissent.

Cet nouveau-né individu, voilà plutôt une bonne nouvelle. A balancer les inconvénients de ce que l’on appelle égoïsme par rapport aux crimes commis par et pour la libido d’appartenance – des centaines de millions de morts –, j’aime d’amour ces jeunes gens.

Cela dit, reste à inventer de nouveaux liens. En témoigne le recrutement de Facebook, quasi équipotent à la population du monde. Comme un atome sans valence, Petite Poucette est toute nue. Nous, adultes, n’avons inventé aucun lien social nouveau. L’entreprise généralisée du soupçon et de la critique contribua plutôt à les détruire.

Rarissimes dans l’histoire, ces transformations, que j’appelle hominescentes, créent, au milieu de notre temps et de nos groupes, une crevasse si large et si évidente que peu de regards l’ont mesurée à sa taille, comparable à celles visibles au néolithique, à l’aurore de la science grecque, au début de l’ère chrétienne, à la fin du Moyen Age et à la Renaissance.

Sur la lèvre aval de cette faille, voici des jeunes gens auxquels nous prétendons dispenser de l’enseignement, au sein de cadres datant d’un âge qu’ils ne reconnaissent plus : bâtiments, cours de récréation, salles de classes, amphithéâtres, campus, bibliothèques, laboratoires, savoirs même… cadres datant, dis-je, d’un âge et adaptés à une ère où les hommes et le monde étaient ce qu’ils ne sont plus.(…)

Ne dites surtout pas que l’élève manque des fonctions cognitives qui permettent d’assimiler le savoir ainsi distribué, puisque, justement, ces fonctions se transforment avec le support et par lui. Par l’écriture et l’imprimerie, la mémoire, par exemple, muta au point que Montaigne voulut une tête bien faite plutôt qu’une tête bien pleine. Cette tête vient de muter encore une fois. De même donc que la pédagogie fut inventée (paideia) par les Grecs, au moment de l’invention et de la propagation de l’écriture ; de même qu’elle se transforma quand émergea l’imprimerie, à la Renaissance ; de même, la pédagogie change totalement avec les nouvelles technologies. Et, je le répète, elles ne sont qu’une variable quelconque parmi la dizaine ou la vingtaine que j’ai citée ou pourrais énumérer.

Ce changement si décisif de l’enseignement – changement répercuté sur l’espace entier de la société mondiale et l’ensemble de ses institutions désuètes, changement qui ne touche pas, et de loin, l’enseignement seulement, mais aussi le travail, les entreprises, la santé, le droit et la politique, bref, l’ensemble de nos institutions – nous sentons en avoir un besoin urgent, mais nous en sommes encore loin.(…)

Oui, depuis quelques décennies je vois que nous vivons une période (…) semblable à la Renaissance qui vit naître l’impression et le règne du livre apparaître ; période incomparable pourtant, puisqu’en même temps que ces techniques mutent, le corps se métamorphose, changent la naissance et la mort, la souffrance et la guérison, les métiers, l’espace, l’habitat, l’être-au-monde.

Face à ces mutations, sans doute convient-il d’inventer d’inimaginables nouveautés, hors les cadres désuets qui formatent encore nos conduites, nos médias, nos projets adaptés à la société du spectacle. Je vois nos institutions luire d’un éclat semblable à celui des constellations dont les astronomes nous apprirent qu’elles étaient mortes depuis longtemps déjà.

Pourquoi ces nouveautés ne sont-elles point advenues ? Je crains d’en accuser les philosophes, dont je suis, gens qui ont pour métier d’anticiper le savoir et les pratiques à venir, et qui ont, ce me semble, failli à leur tâche. Engagés dans la politique au jour le jour, ils n’entendirent pas venir le contemporain. Si j’avais eu à croquer le portrait des adultes, dont je suis, ce profil eût été moins flatteur.

Je voudrais avoir dix-huit ans, l’âge de Petite Poucette et de Petit Poucet, puisque tout est à refaire, puisque tout reste à inventer. Je souhaite que la vie me laisse assez de temps pour y travailler encore, en compagnie de ces Petits, auxquels j’ai voué ma vie, parce que je les ai toujours respectueusement aimés.

Michel Serres, de l’Académie française (1930-2019), publié en 2011.

https://www.lemonde.fr/idees/article/2011/03/05/eduquer-au-xxie-siecle_1488298_3232.html

en passant

Rien de tel qu’un peu de lecture….
aujourd’hui ce sera bref…ou pas
je ne saurais trop vous conseiller la lecture du livre de A Banerjee et E. Duflo intitulé « Economie utile pour des temps difficiles »… je déteste l’économie, mais j’ai trouvé dans ces 450 pages, des raisons de garder espoirs que parmi cette catégorie de gens qui sont prêts à vous prouver demain qu’ils avaient raison d’avoir tord hier, il est quelques gens lucides….

ça fait un bien fou quand on voit que même des gens intelligents arrivent à revenir aux fondamentaux humains…
« Définir les gens par leurs problèmes, c’est transformer l’accident en essence. C’est nier tout espoir. La réaction naturelle est alors de se replier sur son identité, ce qui a des conséquences terribles pour la société tout entière » p 433
« Les enseignants à qui l’on dit que certains sont plus intelligents que les autres (alors qu’on les a seulement choisis au hasard) les traitent différemment, si bien que les enfants finissent de fait par avoir de meilleurs résultats. » p 432

sur les économistes…
« Les économistes sont plutôt des plombiers : ils résolvent les problèmes par un mélange d’intuition faite de science, de conjecture fondée sur l’expérience et d’une bonne dose d’essais et d’erreurs.
Cela signifie que les économistes se trompent souvent (…)Tout le monde peut se tromper. en soi, ce n’est pas dangereux. Ce qui l’est , en revanche, c’est d’être si attaché à son point de vue que l’on interdit aux faits de le contredire. » p 19-20

sur l’immigration et ses conséquences…
Résultat d’une enquête de 2018 sur l’immigration « En Italie, par exemple, la part réelle des immigrés dans la population est de 10% ; la part perçue est, quant à elle, en moyenne de 26%. (…) Pendant la campagne de 2017, Marine Le Pen répétait que 99% des immigrés étaient des hommes adultes (en réalité 58%) et que 95% de ceux qui s’installaient en France étaient « pris en charge par la nation » puisqu’ils n’y travailleraient pas (en fait, 55% des immigrés présents en France appartenaient alors à la population active). » p 24
« Ce n’est pas uniquement dans les pays en voie de développement que les gens s’abstiennent de tout quitter pour améliorer leur situation économique : entre 2010 et 2015, alors que la crise économique frappait la Grèce de plein fouet, on estime que mois de 350.000 Grecs ont émigré, soit 3% de la population. Pourtant le taux de chômage était en 2013 et 2014 de 27% et les Grecs, en tant que citoyens de l’UE, avaient la possibilité d’y travailler et de s’y déplacer librement. » p 29
Sur l’impact des immigrés cubains sur les salaires en Floride menée par D. Card en 1980 (arrivée de 125.000 personnes) : « Card n’a constaté aucune différence, ni immédiatement après l’arrivée des immigrés cubains, ni quelques années plus tard. Les salaires des autochtones n’ont pas été modifié (…) même constat pour les salaires des immigrés cubains installés à Miami avant cet exode (…) Pour la première fois, il était démontré que le modèle le plus simple de l’offre et de la demande de travail ne s’appliquait pas directement à l’immigration » p 36
« En général les immigrés peu qualifiés ne nuisent pas aux salaires et à l’emploi des autochtones. Mais le niveau de passion voire de violence du débat politique actuel, étayé ou non par des faits, ne permet guère de dépasser les postures politiciennes de ceux qui en sont les protagonistes. (…)le rapport sur l’immigration (de la national academy of sciences) : Depuis plusieurs dizaines d’années, la recherche empirique montre (…) que l’impact de l’immigration sur les salaires des autochtones, mesuré sur une période de plus de 10 ans, est très faible » p 39
« La complémentarité l’emporte sur la rivalité, parce que les immigrés sont généralement prêts à effectuer des tâches auxquelles rechignent les autochtones, comme tondre des pelouses, faire des hamburgers, garder les enfants, s’occuper de personnes malades. Et quand il y a plus d’immigrés, le prix de ces services tend à baisser, ce qui incite les travailleurs autochtones à prendre d’autres emplois. Les femmes très qualifiées, en particulier, ont plus de chance de travailler quand il y a beaucoup d’immigrés. » p 42-43

sur mondialisation et inégalités
« Correlation n’est pas causalité. Peut-être la mondialisation n’est-elle pas en soi la cause de l’accroissement des inégalités. Après tout, la libéralisation du commerce ne s’accomplit presque jamais seule : dans tous ces pays, les mesures commerciales se sont inscrites dans un ensemble de réformes. » p 88-89

Le grand retour des frontières

extraits de L’Atlas des Frontières, B. Tertrais & D. Papin, Les Arènes, 2016

Comment se déroule « l’horogenèse » (Michel Foucher)c’est à dire le tracé des frontières ? Le plus souvent dans le sang […] Les frontières sont créées par
(1) l’issue d’une guerre classique entre Etats : traité de paix, acte de capitulation, armistice, cessez-le-feu..
(2) l’expansion territoriale, annexion ou partage
(3) l’indépendance (décolonisation ou sécession)
(4) les relations de bon voisinage, les frontières matérialisant alors souvent des droits dynastiques ou des propriétés terriennes
(5) l’arbitrage international
Quand aux frontières maritimes, elles sont définies de manière arbitraire (distance depuis la terre), mais en s’appuyant aussi sur la géologie (plateau continental) et l’hydrologie.

supports hydrographiques des frontières = 30% du total
supports orographiques (reliefs) = 25%
les autres frontières, 45% sont dites « artificielles ».. dont 25% de lignes droites (surnommées frontières « mathématiques »)

La question des frontières dites « naturelles » est discutable. Montagnes et cours d’eau sont plus aisément défendables, au moins dans les temps passés.
En France la notion de frontières naturelles s’est confondue avec un projet politique. Danton disait à la convention nationale en 1793  » Les limites de la France sont marquées par la nature, nous les atteindrons des quatre coins de l’horizon, du côté du Rhin, du côté de l’océan, du côté des Alpes »

Toutes les frontières sont artificielles, cela paraît évident pour les auteurs !

« Il n’y a pas de bonne frontière dans l’absolu, encore moins de frontière idéale, mais des frontières réelles qui sont soit reconnues de manière symétrique comme légitimes, soit présentent plus d’avantages politiques, stratégiques, économiques pour les uns que pour les autres, à un moment historique donné » (Michel Foucher)

Dans les temps anciens, les frontières , plutôt que des lignes claires, étaient des zones souvent floues, des espaces limitrophes. Les limites des empires étaient des confins ou des « marches ».. Les marqueurs signalaient une domination, mais pas une démarcation…
Le LIMES romain était exemplaire de cette conception ancienne, imposée unilatéralement. Il n’était ni continu , ni homogène.. Entre le Rhin et le Danube, le LIMES par excellence consistait en un réseau de routes parallèles et perpendiculaires à un rempart d’argile..
L’idée de borner son territoire ne va pas de soi… Le développement des frontières est en fait lié à l’émergence du monde moderne. Il commence au XVIIe siècle avec le traité de Westphalie (1648) dans lequel apparaissent les premières frontières négociées entre empires.. C’est sur les confins russo-turcs qu’on invente la délimitation frontalière entre Etats. Les frontières sont aussi contemporaines de la cartographie moderne….
Peu de frontières datent d’avant 1800. Depuis 1900, le nombre d’Etats a été multiplié par 5. Depuis 1945, on assiste à un véritable foisonnement des frontières : fin des empires puis fin du bloc de l’est. Environ 28000 km de frontières sont apparus depuis la fin de la Guerre Froide. Plus de 10% des frontières actuelles datent d’après 1990.

Bertrand BADIE

Un auteur pareil c’est une production annuelle à suivre.. Il apparaît régulièrement dans les radios, les télés etc… Son dernier ouvrage (oct 2019): « l’hégémonie contestée » (pas encore lu )….

Trois ouvrages récents (et empruntables) :

1 – Vers un monde néo-national, CNRS éditions, 2017… un échange entre B Badie et M Foucher… C’est un peu le derby géopolitique…. un peu dense car c’est de la discussion entre spécialistes.. Voilà quelques extraits surtout en rapport avec les Frontières : NT BADIE FOUCHER monde néonational

2 – Nous ne sommes plus seuls au monde
Un autre regard sur l' »ordre international »
La Découverte, Paris, 2016

Bertrand Badie est connu pour avoir fixé aux traités de Westphalie de 1648 cette nouvelle étape dans les relations internationales créant le système interétatique encore visible aujourd’hui.

extraits sur ce sujet….

p 11-13
On ne peut pas comprendre l’évolution confuse et les avanies du système international de ce début de XXIe siècle, sans d’abord saisir à quoi il a succédé (…)
Jusqu’à la fin du Moyen-Age cohabitaient en Europe et ailleurs, des constructions impériales, des monarchies traditionnelles, mais aussi des cités-États (…) Les relations avec les voisins, les rivaux et les compétiteurs existaient certes, mais étaient laissés dans l’ombre du point de vue politique et juridique.
Or c’est précisément par deux actes juridiques de nature inédite, les traités de Münster et d’Osnabrück, mettant fin en 1648 à la guerre de Trente ans et fondant ce qu’on appellera la « paix de Westphalie », que la quasi-totalité des États européens vont négocier ensemble un type d’ordre qui ne disait pas encore son nom, mais qui ressemblait déjà à un premier système international.(…) La sortie de la guerre de Trente Ans a défini le futur principe de base de toutes les diplomaties du Vieux Continent : s’efforcer de penser et de construire un espace vivable, substituant à l’ordre impérial et à celui de la chrétienté universelle, les souverainetés juxtaposées d’États territoriaux (…) Il ne s’agissait pas seulement d’instaurer collectivement un ordre, mais de mobiliser explicitement des principes nouveaux pour le constituer, et de définir des catégories juridiques qui serviraient de fondement au système international en formation (…) La paix de Westphalie a été la première négociation formellement multilatérale de l’histoire (…)
Quelles sont ces normes nouvelles ? (…) D’abord le principe de SOUVERAINETE, établissant que nul État (…) ne peut être obligé par « plus grand, plus petit ni égal de soi » (Jean Bodin, Les six livres de la République, 1576). ensuite le principe de TERRITORIALITE dont l’accessoire fondamental est la définition claire et univoque du concept et de la réalité de la FRONTIERE, mais, plus encore, l’idée que le politique n’existe qu’à travers la compétence territoriale qui dessine sa réalité. Enfin on voit s’installer un début de formalisation du principe de la NEGOCIATION INTERNATIONALE.(…)
Ces innovations vont peser lourd sur l’avenir et expliquent cette part d’arrogance des héritiers européens de la paix de Westphalie. Pour ceux-ci, la cause est entendue : ils sont bien les inventeurs de cet ordre international qu’ils croient vivace, voire de l’idée même d’ordre international. Par la domination qu’ils exerceront dans les siècles suivants et en particulier au XIXe siècle par le biais du colonialisme, cette conception issue de Westphalie va s’imposer au monde entier.

un compte rendu sérieux et rapide :
https://www.iris-france.org/note-de-lecture/nous-ne-sommes-plus-seuls-au-monde-un-autre-regard-sur-lordre-international/

et selon Nicolas Appelt du Monde Diplomatique
A partir de thèmes comme l’impuissance de la puissance, l’irruption des sociétés sur la scène internationale ou la diplomatie de « clubs », le politiste Bertrand Badie dresse un constat sans appel sur la vision occidentale de l’ordre international. Ses fondamentaux en seraient la fabrication d’exclus, le sentiment d’égalité entre membres des oligarchies et un jugement moral sur les pays « déviants ». Il fustige la « paresse intellectuelle » qui empêche la compréhension des relations internationales à l’aune de la question sociale, les conflits découlant d’une « décomposition sociale » aux conséquences mondialisées. Particulièrement éclairant est le chapitre consacré à la politique étrangère de la France, qui, dès 2003, a opéré un virage néoconservateur se traduisant par un « interventionnisme croissant » et par une « diplomatie de la punition ». L’auteur propose des pistes pour une « politique de l’altérité » reposant, entre autres, sur la « revendication du droit de chaque Etat à concourir de façon égale à la définition de la mondialisation ».
pour finir, la page de France Culture : https://www.franceculture.fr/oeuvre/nous-ne-sommes-plus-seuls-au-monde-un-autre-regard-sur-lordre-international sur laquelle vous retrouverez un résumé rapide de l’ouvrage suivant :

3 – Quand le sud réinvente le monde
Essai sur la puissance des faibles
La découverte, Paris, 2018
un compte rendu :
https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/10/26/bertrand-badie-dans-tous-ses-etats_5374794_3232.html

occidentalisation / métaux rares

Dans les rayons de l’Alcazar :

Serge LATOUCHE, l’occidentalisation du monde, publié plusieurs fois depuis 1989.. C’est en fait un stock d’articles écrits de ci de là par quelqu’un qui est (selon la 4eme de couv’) « défenseur le plus connu de la perspective de la décroissance conviviale »

Son approche est à la fois économiste et culturelle, je vous donne juste la dernière préface de 2005… quelques pages pour mieux comprendre le monde d’avant la crise de 2008, qui est pas loin d’être le notre… ce n’est pas du cours, c’est du supplément pour mieux comprendre, pour prendre du recul par rapport au cours… A vous de voir..

LATOUCHE occidentalisation

Dans les rayons des librairies

Guillaume PITRON, La guerre des métaux rares, LLL, 2019

Journaliste au Monde Diplomatique et National Geographic, entre autres, G. Pitron nous donne là un essai qui fait peur, mais qui fait le point sur les choix qui ont été faits ou qui sont sur le point d’être faits à propos de l’énergie de demain.
En fait, on sait déjà en partie ce qu’il y a dans ce livre : la course aux métaux rares, le monopole de la Chine, une pollution bien plus insidieuse pour exploiter ces matières qui sont dans tous nos ustensiles branchés et qui seront demain dans toutes les batteries utilisées pour éviter le réchauffement climatique. Les choix en cours vont polluer d’autant plus. Géopolitiquement, c’est une bombe à retardement qui s’agglomère sous nos yeux.. Bref, oui ce petit livre fait un peu peur.. Il est parfois très journaliste branché reportage, avec ces réflexions et ces mises en scène insupportables. Mais bon, on y apprend beaucoup.. Je vous laisse l’intro qui donne une idée de la suite… (livre prêtable par dgab)

PITRON métaux rares