la mer

ça y est !

c’est lancé !

Les rencontres méditerranéennes, très chrétiennes mais très ouvertes surtout, ont commencé samedi ! Pour la journée des lycéens, quelques réflexions à faire remonter dans vos esprits…

la question des migrants, assez bien exposée dans LE MONDE et une vidéo sur les enjeux en Méditerranée : MERCI NOE

un article de la Vie, journal très catholique (mais le plus ouvert de tous) sur cette Méditerranée : medit la vie

le point sur les questions de réchauffement en Méditerranée : medit climat LM

enfin le programme de toutes les festivités marseillaises : DP AU 1509

Et maintenant ?

Dans la série retour du rythme qu’on pensait oublié, voilà la Rentrée… Déjà formatés par les médias qui n’annoncent que cela, depuis plusieurs semaines, nous voilà à pied d’œuvre.. Avec une institution (=Éducation nationale) qui doute tellement d’elle même (et quand on voit ce qu’il s’y passe parfois, on lui donne raison !), avec une liberté de questionnement des uns et des autres, avec une obligation de passer par la case école en y croyant si peu…. Faut-il vraiment se laisser aller à ce défaitisme du principe de réalité ? Ce principe là, juste entre nous, est extraordinaire.. Pensez donc : si on respectait le principe de réalité, pas de recherche scientifique.. Il était tellement évident que l’orage venait des dieux, qui aurait pu remettre en cause cette réalité donnée par la nature ! En respectant la réalité, pas de Résistance ! Pourquoi faire confiance à un général de brigade fraîchement nommé qui appelle à résister là où il était trop évident que la guerre était perdue et finie… Le principe de réalité est ce qu’il y a de plus conformiste et conservateur en l’humain… Ne luttons ni contre la pollution, ni contre les inégalités, ni contre la fraude : il est trop évident que tout cela a toujours existé et qu’on n’a jamais pu rien faire contre !!!! Merveille du principe de réalité… que j’emmerde, d’ailleurs !

Pour ceux qui attendent désespérément des conseils ou un avant-goût de ce qui va venir, partons là dessus : l’HG n’est plus au bac, sauf en spé… Elle ne sert plus à rien dans un bac pas si mal foutu que ça mais, bon…. Plus d’utilité (comme si ces matières pouvaient en avoir une) au sens scolaire, vive la liberté ! Foin des méthodes à appliquer de manière rigide, diversifions nous pour profiter de la matière et non plus se mettre dans le carcan des examens où la forme doit largement primer sur le fond.. Attaquons nous plutôt au fond… Donc je ne vous proposerai que de me suivre pour essayer de s’emmerder le moins possible, essayer de changer assez souvent de manière de faire pour ne pas s’enterrer dans des habitudes mais se renouveler.. Et croyez moi c’est ce qui est le plus dur dans ce magnifique métier.. Se renouveler ! Ne pas en rester à « ce qui marche », mais risquer autre chose, quitte à se planter… En fait c’est ça… je vais vous accompagner… même si à l’occasion je dois vous imposer des choses, même si mon métier m’oblige à vous évaluer avec une note, même si tous les sujets ne m’intéressent pas, on va essayer de faire un bout de chemin en essayant de varier les plaisirs !

a quoi ça rime ?

L’éternel retour des problèmes sociaux montre, s’il en était encore besoin, combien nos dirigeants se foutent éperdument de ce qu’il s’est passé avant qu’ils soient sous le feu des projecteurs !

Des millions de Nahel sont morts, tués par de policiers dans les décennies et les siècles précédents… Les journalistes nous font croire que cela prouve que le système va mal .. Sans déconner ? Qui peut les croire ? A pousser les gens dans l’insupportable on ne récolte que la violence… C’est avéré depuis l’Antiquité ! Mais dites moi pourquoi dès qu’un type un peu intelligent prend du pouvoir il oublie le B-A-ba appris dans ses études ?? Les révoltés de toutes les époques sont là pour témoigner que le pouvoir des uns est toujours contre. La perversion est de croire que cela pourra passer, que cela est un effet de l’époque… Ou du système… On est câblé comme ça !!  Ceux qui ont le pouvoir se croient toujours supérieurs à ceux qui ne l’ont pas… On apprend ça dans les cours d’école…

Non on ne changera jamais ! En revanche les structures d’aide aux populations, elles, peuvent réguler ces comportements animaux… Et c’est cela que l’on enlève aujourd’hui… Ce qui permet de réguler la société est jugé obsolète par ceux qui nous dirigent : justice, sécurité sociale, accès à la santé, au travail, à la culture… Notre société libérale et informatique est celle de la défiance : entre nous, envers les savants, envers les politiques…  Révolution ? Mais non ! La révolution, c’est le djihad des républicains : on tue d’autant plus qu’on en attend une récompense un monde meilleur, l’occasion rêvée pour tous les tire-au-flanc de croire devenir des héros en massacrant autour de soi… Moudjahidin ou Sans-culotte, même combat ! Pas de révolution, juste une régulation réelle, inventée au XXe siècle et qu’on détruit jour après jour loi après loi… Mais ça encore, ceux qui dirigent l’ont appris : plus on laisse faire, plus on se rapproche de la loi de la jungle… Quand on s’en mêle c’est plus compliqué mais c’est à ça que sert l’Etat, accompagner les humains sur le chemin de la cité…

You may say I’m a dreamer…

« Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit » Lacordaire

Le bon citoyen

<<Une fois que le dictateur est parvenu à créer la barrière de peur, le modèle du « bon citoyen » fait son apparition dans la société. Ce sont les personnes ordinaires que l’on croise dans la rue. (…) Ils choisiront toujours la stabilité face à l’incertitude que causerait une tentative de changement politique. Ils préfèrent poursuivre leur existence sans faire de vagues quelles que soient l’injustice et l’iniquité dont ils sont victimes. Le bon citoyen vit dans l’absence d’espoir et la peur.(…) Le bon citoyen n’éprouve pas d’intérêt pour ce qui est extérieur au cadre des exigences de son existence quotidienne. Il a compris que tout ce qui se passe dans son pays est décidé uniquement par son chef d’État et que, s’il essayait de jouer un quelconque rôle dans les affaires publiques, cela n’y changerait rien et aurait pour seul effet d’attirer sur lui des catastrophes : l’emprisonnement, la torture, la mort. (…) Les bons citoyens ne comprennent pas plus la révolution qu’ils ne la souhaitent. Ils jettent sur elle un regard méfiant et sont les premiers à croire la propagande contre-révolutionnaire accusant les révolutionnaires de trahir le pays et de travailler pour des intérêts étrangers. En fait ils ont une profonde haine de la révolution, d’abord parce qu’ils ont perdu tout espoir que la justice puisse être instaurée, ou qu’un changement quelconque puisse survenir sans avoir été voulu par le chef de l’État, ensuite parce que, face aux actions de ces braves et héroïques révolutionnaires, ils ont honte d’eux mêmes. Ayant passé toute leur vie à obéir et à faire des courbettes devant l’autorité, ils sont devenus complètement dociles. (…) Les bons citoyens en Égypte n’éprouvent un sentiment d’appartenance que dans deux domaines : celui du football et celui de la religion. Dans le football, ils trouvent tout ce qui est absent dans leur vie quotidienne : de la justice et des règles unifiées appliquées à tous, de la transparence dans les décisions et un processus méritocratique. Pour ce qui est de la religion, ils l’interprètent de façon à ce qu’elle n’ait pas de signification révolutionnaire ni le moindre lien avec la justice ou la résistance à l’oppression. La religion en ce qui les concerne est un recueil de procédures comme celles de n’importe quelle grande entreprise, avec des échelons pour gagner la confiance de Dieu tels que, pour les musulmans, la prière, le port du voile, le don d’aumônes et la pratique de différents types de  pèlerinage ou , pour les chrétiens,  la messe le dimanche et les dons à l’Église. (…) Pour lui les rites de la religion sont les paiements réguliers d’une police d’assurance qu’il pourra, au moment de sa mort, récupérer en liquide à son entrée au paradis.(…) En 2007 des dizaines d’années après la mort (du dictateur portugais Salazar), un sondage d’opinion organisé par la télévision nationale pour savoir quel était le plus important personnage de l’histoire portugaise plaça Salazar au premier rang avec 41% des voix des téléspectateurs. (…) Le bon citoyen voit seulement le côté positif du dictateur : la sécurité, un travail garanti et stable, une vie sous l’aile d’un homme fort, paternaliste qui le protège contre les maux du monde.Le bon citoyen et le dictateur sont les deux faces d’une même pièce. >>

Alaa El Aswany, Le syndrome de la dictature, Actes sud, 2020, quelque part dans le chapitre 3….

Le cas  étudié par l’auteur est celui de la société égyptienne, passée par le crible de plusieurs dictatures, y compris celle de Nasser, celle de Moubarak qui a été renversée par le printemps arabe.. et ce qu’il s’y passe depuis !!!!…
A méditer tranquillement pour faire mijoter dans vos esprits le cas des régimes totalitaires, de la France de Vichy, de la Hongrie d’Orban… Ou pourquoi pas celle de notre belle société démocratique dans laquelle nos décisions sont prémâchées par la mode et les médias… Et Peter Gabriel chante toujours « We do what we’re told » !

est-ce que tu veux lire ?

Puisque vous le demandez…. Voilà quelques lectures recommandées pour l’été…

Pourquoi lire plutôt que de regarder des vidéos…?
D’abord parce que les vidéos vous les regardez tout le temps
Ensuite parce que la lecture vous laisse le temps de vous interroger plutôt que de ne faire que réagir quand le discours est extérieur et continu.. Oui bien sur on peut toujours mettre sur pause.. -mais honnêtement- qui le fait ?

Vous pouvez lire tout ce qui apparaît dans les articles repérés dans la catégorie A LIRE, comme compte-rendus ou fiche de lecture.. déjà !
Ensuite,  entre la seconde et la première, la lecture idéale serait d’abord la presse…Le Monde, Le Figaro, Libération pour la presse nationale sont faciles d’accès… Pour les plus intéressés, la lecture de la revue l’Histoire et de la revue Carto n’est jamais une perte de temps… Si vous voulez prendre de l’avance en Spé, regardez les pages du site consacrées aux chapitres.. Il y a souvent une bibliographie et quand j’ai eu la patience de le mettre vous verrez quels bouquins sont accessibles à l’Alcazar…
Entre la première et la terminale, les conseils précédents restent valables. Les plus accros iront lire Ian Kershaw, le dernier bon biographe d’Hitler et spécialiste de l’Histoire de l’Allemagne au XXe siècle (La fin 1944-1945). Il a dernièrement publié une histoire de l’Europe déclinée en 2 tomes L’Europe en enfer (1914-1949) et l’âge global (1950 à nos jours)… Top ! Méfiez vous des bouquins concours (qu’on court, cons courts…) souvent écrits par des profs dont les dents rayent le parquet sans réel intérêt…  Je me demande encore pourquoi on fait la pub du Siècle des excès alors que Géopolitique et géoéconomie du monde contemporain, Puissance et conflits est de bien meilleure qualité.. Vous avez compris aujourd’hui tout est marché.. Donc je vous conseillerais toujours davantage les bouquins des historiens plutôt que ceux des profs d’histoire… Regardez ce que ça donne dans les pages du site consacrées à sce po…

Pour les passionnés de lecture… Oui , je sais , vous êtes encore moins nombreux, le rayon Biographie au 3eme étage de l’Alcazar est à avoir le tournis… Là encore il faut se méfier des auteurs, parfois même de certains collections, mais c’est tellement agréable ! Personnellement j’ai apprécié mettre un oeil dans les bios de Plon-plon (oui, ça intrigue au départ), Mac Mahon, Pasteur, Clémenceau, Aristide Briand, Churchill (Bedarida), Mussolini (Milza), Golda Meir, Joseph Caillaux, Gambetta, Willy Brandt, etc… Si vous voulez retrouver le frisson du film Stalingrad, lisez les mémoires de Vassili Grossman… etc…

A lire

[selon l’association française du poisson rouge, le poisson rouge est fait pour vivre « en bande » entre 20 et 30 ans et peut atteindre 20 cm.. le bocal a atrophié l’espèce, en a accéléré la mortalité et détruit la sociabilité. p 167]

Bruno PATINO, La civilisation du poisson rouge, petit traité sur le marché de l’attention,Grasset, 2019

Quand on lit ce genre de livre, on est forcément amené vers cette « voix qui crie dans le désert »… Adolescents, vous nous donnez un modèle de vie ! Nous, soi-disant adultes, savons parfaitement dire quelles sont nos erreurs sans avoir le moindre geste pour ne plus les commettre !!! Nous savons pertinemment depuis Rousseau que sans régulateur, le libéralisme ressemble à la loi de la jungle : qu’importe les victimes pourvu qu’au seuil de ma porte je puisse faire ce que je veux. Nous savons pertinemment que les intérêts des grands actionnaires sont contradictoires avec les nécessités humaines ; qu’importe, tant que les actionnaires me permettent d’avoir du fric ou de la technologie, tout est bon, y compris l’esclavage de gens que je ne connais pas, tant que je reste un bon démocrate ! Le sujet du bouquin est un peu dans cette veine.. Il permet de brasser toutes les conneries qu’on a laissé installer au bout de nos doigts, ces superbes machines qui semblent nous rendre service et qui, pour le coup, nous maintiennent en esclavage… Je retiens quelques éléments…

« Une étude du Journal of social and clinical Psychology évalue à 30 minutes le temps maximum d’exposition aux réseaux sociaux et aux écrans d’Internet au delà duquel apparaît une menace pour la santé mentale » p 16

« L’économie de l’attention détruit peu à peu tous nos repères. Notre rapport aux médias, à l’espace public, au savoir, à la vérité, à l’information, rien ne lui échappe.
Le dérèglement de l’information, les « fausses nouvelles », l’hystérisation de la conversation publique et la suspicion généralisée ne sont pas le produit d’un déterminisme technologique. Pas plus qu’ils ne résultent d’une perte de repères culturels des communautés humaines. L’effondrement de l’information est la conséquence première du régime économique choisi par les géants de l’Internet.
Le marché de l’attention forge la société de toutes les fatigues, informationnelles, démocratiques. Il fait s’éteindre les lumières philosophiques au profit des signaux numériques. » p 17

un peu de vocabulaire….
no mobile phone phobia => nomophobie, pour désigner la peur panique face à l’éloignement même éphémère de son portable…
phnubbing : consultation ostensible de son smartphone en compagnie alors même qu’on nous adresse la parole.
athazagoraphobie : peur d’être oublié par ses pairs….

à partir de la p 29, Patino reprend des expériences en science du comportement faites dans les années 1930 sur des rongeurs… Quand une souris est mise dans une boîte équipée d’un bouton qui lui permet de faire tomber de la nourriture de manière régulière, on s’aperçoit que le rongeur se régule et n’utilise le bouton que lorsqu’il a faim. En revanche si la quantité de nourriture délivrée est aléatoire, le rongeur se met à pousser le bouton constamment, même s’il est rassasié. Les systèmes à récompense aléatoire, loin de faire naître la distance ou le découragement, jouent sur l’incertitude qui produit une compulsion qui se transforme en addiction. L’appât du gain,  même minuscule, empêche tout éloignement face au mécanisme… Avant d’être utilisé par les grandes plateformes du numérique, ce système a été appliqué dans les casinos et toutes sortes de jeux dits de hasard…

« sur Netflix, l’ergonomie du site tout comme certaines séries spécialement écrites pour la plate-forme sont fondées sur la théorie de la complétude afin de passer de l’habitude à l’addiction. Ce qui compte ce n’est pas la qualité de la série mais la frustration liée au visionnage incomplet. L’enchaînement des vidéos vise à ne pas interrompre la dépendance par d’autres sollicitations… » p.36-37

Décidément, nous vivons dans un monde de belles libertés !!!!

p 63 « .. peur sociale de rater l’immanquable alors même que les proches, les « amis » ou les connaissances y auront accès. Cette anxiété, qui va de pair avec la crainte d’être exclu par ignorance, est désignée par l’acronyme FoMO pour FEAR OF MISSING OUT »

p 64 : « La civilisation numérique est fondée sur les données, leur collecte et leur utilisation.Le capitalisme numérique sera un data-capitalisme. Les données personnelles ont souvent été comparées au pétrole de cette économie à venir (…) Mais dans sa forme initiale, brute, sans contrôle, l’utilisation de ce pétrole s’est faite dans une seule et même direction : comprendre les comportements pour mieux les prévoir, voire les influences. Avec deux objectifs qui sont comme les deux faces d’une même pièce : la surveillance pour les ordres autoritaires, et la captation du temps pour l’économie libérale de l’attention. »

p. 71 « Le maintien en alerte par des notifications folles est devenu permanent. A l’alerte qui signalait un événement majeur s’est ajoutée celle de l’événement mineur puis de l’événement virtuel, qui aurait pu avoir lieu, et enfin de l’absence d’événement. Il en est de même sur les réseaux sociaux, qui sont passés du signal pour annoncer l’activité sociale des amis à l’alerte pour souligner l’absence d’activité. Dans la quête de l’attention, il n’y a pas de limite possible. »

p. 79 « Pour ceux qui fournissent l’information, les plates-formes sont devenues de faux-monnayeurs. A mesure que les géants du Web faisaient croître l’audience des médias, la valeur relative de cette audience diminuait. Pour une raison simple : dans l’univers numérique, l’espace publicitaire à vendre est illimité. Il y a donc une tendance permanente à la baisse des prix. »

p 82 « Chaque contenu est désormais traité comme s’il était publicitaire »

p 86 « En 2018, les 24 heures d’un citoyen américain durent un peu plus de 30 heures. Le sommeil absorbe 7 heures d’une journée, la nourriture, le ménage, la vie sociale, un temps similaire, 6h55, et le travail 5h13. A cès 19h08 minutes s’ajoutent 12h04 par jour consacrées aux écrans, aux médias et au numérique. Une moitié de vie. Une moitié de vie commercialisable. Une moitié de vie commercialisée. »

p 89 « Le désir n’a plus le temps de se construire. Et si par hasard il se précise et s’exprime, il arrive toujours trop tard : des centaines de stimuli nous ont assaillis et ont exigé une réponse. Rassasiés avant d’avoir eu faim, nous le sommes par une nourriture que nous n’avons même pas eu le temps de humer et de goûter. »

Vous trouverez dans la dernière partie des solutions pour remédier à cela.. p 152 : »Lutter contre la domination de l’économie de l’attention qui nous plonge dans l’addiction n’est pas un refus de la société numérique. C’est au contraire la réinstaller dans un projet porteur d’utopies, et réinstaurer une perspective de long terme sur le cauchemar de court terme. »..

Ah ! c’est vrai… Vous risquez de ne pas accrocher car dans cette phrase apparaît le mot « utopie », mot forcément exclu du langage bien châtié de nos sociétés intellectuelles au prétexte que 1 – l’utopie n’existe pas, l’étymologie signifiant « sans-lieu » et  2 – les dernières utopies ont fait des millions de morts lors de la dernière guerre mondiale, entre autres… Ok ! laissez condamner l’utopie qui est associée à l’image de l’extrême gauche, donc qui fait peur dans les chaumières conservatrices… Ok ! Laissez tomber.. Et regarder ce qui fait avancer l’humain.. L’argent ? C’est l’argent qui permet les découvertes ? C’est l’argent qui motive l’investissement personnel ? Alors comment vous expliquez la maternité ? Le bénévolat ? l’amitié ? la bienveillance ? L’utopie a toujours fait avancer l’humain, même si, comme toute chose humaine, l’excès d’utopie a provoqué des drames… Sans l’attrait de quelque chose qui paraît complètement fou et inédit, il n’y aurait pas eu Colomb ni Neil Armstrong… Et vous n’auriez jamais tenté de vous mettre sur vos deux jambes !!!

Antiques

Dans la série « Les Romains ont tout découvert »….

Sénèque, (Ier siècle ap JC) La vie heureuse, I, 5 :

« Mais en réalité, le peuple se dresse contre la raison en défenseur de son propre mal. C’est pourquoi il se produit ce qui se produit  dans les assemblées où ceux là qui ont fait les magistrats s’étonnent que ce soient ceux-là qui aient été faits, lorsque l’inconstante faveur populaire a changé. Nous approuvons et nous condamnons les mêmes choses : c’est l’issue de tout jugement rendu à la majorité. »

III, 4  : « Toute cruauté vient d’une faiblesse »

IV, 4 (très politiquement incorrect dans notre société de consommation où rien n’existe sauf le plaisir et l’envie, à se répéter en allant faire son shopping !) « Vois donc dans quelle servitude mauvaise et nuisible sera esclave celui que les plaisirs et les douleurs – les maîtres les plus changeants et les plus arbitraires – possèderont tour à tour. »

Aristote, La Politique, V, 1310b15

« La majorité des tyrans sont issus des démagogues qui ont gagné la confiance du peuple en décriant les notables »

débat en attendant

C’était un jour où les élèves (non pas MES élèves, mais LES élèves) ont relevé le défi du « – Bon aujourd’hui vous avez quelque chose à me proposer ? »… Cette proposition ne doit pas exister, en classe elle est « obscène », c’est-à-dire qu’elle n’a pas à paraître sur la belle et magnifique scène de la classe. Mais, toute comédie gardée, c’est aussi dire au corps collectif qu’il n’est pas là que pour entendre ou faire semblant d’entendre, mais aussi pour participer, prendre sa part….

« Vous avez dit un jour qu’on pourrait discuter sur le fait que la démocratie peut glisser vers la dictature … » Bon, je sais que j’en dis des conneries mais là !!! Mais qu’importe la contradiction, causons… La question sera donc officiellement : La démocratie peut-elle remettre en cause les libertés fondamentales ? Notre époque de populismes violents,  de néologismes aussi sots que « démocrature » ou « démocratie illibérale » ne laisse de poser la question, même si, posée ainsi, elle semble caduque.

Comment une démocratie pourrait-elle remettre en cause les libertés fondamentales car une démocratie c’est le respect des libertés fondamentales…? Sortez de vos conneries à 2 balles pour vendre vos canards, journalistes vendus ! La démocratie ne remet pas en cause les libertés fondamentales, qu’on se le dise !

Une fois qu’on est d’accord avec ça, il faut donc aller plus loin…

Pourquoi donc nos journalistes à la gomme (et autres spécialistes qui ne sont que des conquérants du pouvoir universitaire) nous parlent de démocratie « illibérale » ou de « démocrature » ??? <<Ne soyez pas servile>> me disait un jour un jury d’agrégation alors que je lui servais la soupe démago-pédagogique attendue… Parler de démocratie non libérale c’est tout simplement renier le caractère réellement démocratique du régime visé.. Et comme on ne peut pas, on ne veut pas faire tomber des régimes qui se disent démocratiques et qui ne sont pas ennemis dans la dictature on invente des catégories qui n’existent pas, des catégories médiatiques ou communicationnelles pour faire semblant de penser tout en restant dans le conformisme… Mieux vaut parler de « démocratie défectueuse » (flawed democracy) comme le dit cette étude de The economist qui paraît tous les ans depuis 2006 et dont vous pourrez trouver le dernier rapport (2023 et en anglais)  ICI

Dire « démocratie défectueuse » ce n’est pas dire « illibéral ». Une démocratie illibérale c’est un régime du style second empire qui n’utilise que le suffrage universel dans les outils démocratiques.. Et le vote seul ne définit pas la démocratie… Donc ce n’est pas une démocratie ! Pourquoi nos spécialistes (ou présentés comme tels) continuent de dire démocratie pour la Hongrie alors qu’ils ne l’emploieraient pas pour le second Empire ? Démocratie libérale, on sait ce que c’est. Quand un régime remet en cause un ou plusieurs des différents points que l’on a pu mettre en évidence en cours (SU + concurrence pour le pouvoir+alternance+libertés + égalité), la démocratie a des défauts.. Et ce n’est plus tout à fait une démocratie. Quand un pays se dit démocratique mais ne respecte pas ces conditions, on n’a pas à dire que c’est une démocratie : un régime autoritaire à tendances démocratiques c’est déjà plus honnête !

Le fond du débat est très clairement posé par l’évolution politique de la France du XIXe… Chaque régime se pose en solution de l’obsolescence du précédent. Chaque régime pose la question de qui est capable d’exercer le pouvoir. Pose le SU (1848) mais enlève les indigents (31 mai 1850). Repose le SU (1851) mais détourne les suffrages (candidatures officielles)…. Notre Ve République a perdu une de ses caractéristiques démocratiques avec la fin des cohabitations : Macron aurait été réélu mais sans forcément une majorité à l’assemblée deux ans après !  La cohabitation renvoyait les politiques dos à dos, à leurs responsabilités : faites marcher la machine ensemble et arrêtez les discours ! Le quinquennat a muselé le législatif au moment où on en a une plus forte attente !

La réforme des retraites met-elle un point final à la démocratie en France ? Disons le en manifestant, ça fait toujours du bien, mais le discours ne tient pas la route, c’est évident ! Les défauts inhérents à l’égalité existent depuis longtemps dans les pays appliquant ou cherchant à appliquer la démocratie (cf Tocqueville). Mais l’existence de défauts ne signifie pas l’annihilation du caractère démocratique. Les inégalités économiques croissent en régime libéral, et cela a des conséquences sur l’implication politique des gens qui font les frais de cette inégalité croissante. Et ceux qui nous gouvernent le savent. Égalité politique et égalité économique sont imbriquées mais on ne veut que l’une et pas l’autre, et parfois au nom de la seconde on est prêt à rogner sur la première…

Et là on arrive sur notre question…. Nos démocraties libérales se conjuguent avec l’économie libérale qui est créatrice d’inégalités là où le régime politique se veut créateur de liberté et d’égalité… Tout régime vit avec une communication. Les soviétiques, comme Robespierre, comme les totalitarismes de droite, l’avaient compris :  ces régimes diffusent la propagande qui sert à étouffer la personne pour mieux diriger et refouler des questions permissives pour l’exercice du pouvoir. Mais ça ne marche pas (finalement on en est pas plus malheureux !)… Nos démocraties libérales actuelles sont obligées de fonctionner d’une manière apparentée (et qui marche mieux !), car il faut  laisser le peuple loin des réelles questions.. On le voit avec les questions agricoles : mieux vaut nourrir quitte à polluer que de laisser les concitoyens le ventre vide : un ventre vide, ça se révolte. D’abord la bouffe ! Après, viennent  le confort et la consommation. Ce sont les services de propagande les plus fidèles des démocraties occidentales et en plus ils sont gratuits pour l’État. Pendant que le/la citoyen/ne passe son temps à vouloir avoir telle ou telle chose dans son salon, il/elle ne pense pas que ses dirigeants sont hors de propos. Le discours sociétal évoluant, les techniques de communication avec, il est donc bien plus important de passer sa vie sur les réseaux plutôt que de s’occuper de gérer notre pays entant que citoyen actif puisque cela n’est pas possible… « Panem et circenses » disaient les Latins !

On en est au point aujourd’hui qu’après des siècles de culpabilisation à propos de l’envie et la gourmandise ces défauts sont devenues aujourd’hui des qualités, des preuves de bonne citoyenneté.. C’est l’envie qui fait consommer.. Sans envie, pas de pub, donc pas d’achat.. Consomme et tais-toi ! Vote et tais-toi ! Mais peu de choses changent, finalement…

La démocratie n’échappe pas aux circonstances. La loi, la constitution sont des textes qui fixent les règles, mais pas toutes.. Puisqu’il peut y avoir une interprétation des textes.. La pratique et les principes ne correspondent pas tout le temps. Orban est élu démocratiquement en Hongrie avec une grosse machine hyper démagogique, et applique une politique qui n’est pas toujours démocratique : démocratie défectueuse. Macron est élu démocratiquement, mène une réforme qui est attendue depuis longtemps, qui arrive trop tard sûrement (on reforme un système de retraite au moment où les départs annuels à la retraite vont diminuer…puisque les derniers boomers partiront à la retraite d’ici 10 ans) et qui n’est pas admise par une majorité.. Il se dresse droit dans ses bottes, au garde à vous dans la merde, conte vents et marées… Mais quand on maintient la peine de mort contre l’avis d’une majorité, personne ne manifeste ! Donc ce n’est pas la position de Macron, du dirigeant à la De Gaulle, (Moi je bosse pour vous,  même si vous n’y croyez pas, avec un petit goût du discours de l’avant-garde révolutionnaire à la Lénine) qui pose problème… C’est la médiation entre les discours, la manière d’intégrer les revendications, la manière d’inclure les citoyens dans la réflexion. Mais en France, là où tout le monde prend son voisin pour un con tant qu’il ne le connaît pas, inclure est une vue de l’esprit….

Tout étant une question d’échelle, l’inclusion proche est plus simple que l’inclusion éloignée, c-a-d en terme d’abstraction politique…

Aujourd’hui, une problématique pose davantage de questions : celle du climat. Là, l’État doit tenir et fort, contre vents et marées économiques… Mais là, en revanche, Macron n’est pas aussi ferme, aussi déterminé. On l’aurait admiré pourtant s’il arrivait à faire passer aux gros dirigeants économiques des mesures efficaces et drôlement nécessaires pour limiter les pollutions en tout genre que notre système économique produit (..pour que les citoyens ne se préoccupent que de leur narcissisme et pas de celui de leurs dirigeants…)… Au moment où les citoyens voudraient avoir davantage la parole, les techniques de gestion des groupes ou des revendications se multiplient.. (Reproduction de ce qui s’est passé au XVIe avec la diffusion de l’imprimerie : n’hésitez pas à feuilleter le bouquin de Felix Treguer sur Internet qui s’intitule « L’utopie déchue »…).. La température monte et la biodiversité diminue : la priorité est là, et pas forcément dans les comptes d’un État (ou bien plutôt des organismes privés de retraite qui vont encore en bénéficier)  qui a toujours de la ressource puisque c’est dans sa définition….

En bref, que l’on ait un dirigeant qui en impose, pourquoi pas.. Dans le principe ce n’est pas trop le problème d’avoir un chef « qui en a »… En revanche, il faudrait savoir sur quels dossiers on aimerait qu’il soit inflexible.. Je n’aurais jamais manifesté contre un président (de droite ou de gauche) qui aurait imposé des réformes en faveur de la biodiversité et de la lutte contre le réchauffement, quels que soient les bouleversements du quotidien que cela implique.. Mais je dois vivre dans un monde parallèle, non ?

Je retourne à mes selfies…

ne pas subir…

quelques petites lectures en passant, pour essayer de ne pas toujours « binger » en lieu et place d’exister !

Samuel Laurent, J’ai vu naître le monstre, Twitter va-t-il tuer la démocratie ?, Les Arènes, 2021

=> stimulant ou effrayant, comme vous le sentez. Un énième témoignage de repenti des réseaux, encore un esclavagiste qui veut se racheter d’avoir été inhumain ! Bon ! Ils sont gentils ces petits minous là mais ça ressemble plus à un gros coup de pub ou de déprime qu’une sincère mise en garde. La plupart de ces productions sur les RS sont déprimantes… Tant qu’on aura pas eu la simplicité d’appeler ces choses là par le nom qui leur convient, c-a-d le nouveau totalitarisme, on continuera à se prendre le mur ! On vous l’a dit et répété, il n’y a pas de leçons de l’Histoire.. On regarde les Hitler Jugend et les Komsomol avec un regard effrayé et apeuré, mais on laisse nos enfants sur les réseaux… Inconsistance de l’humain ! Bref, si vous ne le lisez pas, vous gagnez du temps pour lire des choses plus intéressantes…

Felix Tréguer, L’utopie déchue, une contre histoire d’Internet XVe-XXIe siècle, Fayard, 2019

Internet au XVe siècle, me suis-je dit, allons voir ce cocaïnomane chevelu …. De fait , les formations scientifiques ne produisent pas que des emmerdeurs. Le propos est très intello, utilise les références à la mode (Ah, Foucault, quel pied !) mais nous mène dans une réflexion stimulante sur l’Etat et les moyens qu’il prend pour maîtriser les outils de communication… D’où le détour par le XVe et le XVIe quand la Raison d’Etat naît comme une conséquence des guerres de religion et de la diffusion des idées par l’imprimerie. Comme si l’humanisme, dans son optimisme humain, avait provoqué un sursaut de l’Etat qui doit désormais s’adapter à un individu conscient de son individualité…
« Pour faire fonctionner l’espace public à son profit, l’Etat moderne a très tôt déployé 5 stratégies majeures qui forment la police de l’espace public :  la CENSURE, la SURVEILLANCE, le SECRET, la PROPAGANDE et la CENTRALISATION (des technologies de communication) » D’autre part, Internet a été essentialisé et l’utopie du départ a vite déchanté… L’utopie qui est ce qui mobilise le mieux, mais qui, ne trouvez-vous pas, semble en panne aujourd’hui ? Qui veut construire un monde meilleur dans un monde qui semble condamné ? L’Utopie s’avère aujourd’hui une possibilité de riches; les pauvres savent que sans révolution il n’y arriveront pas et que l’issue des révolutions ne dépend pas d’eux…

Byung-Chul Han, L’expulsion de l’autre. Société, perception et communication contemporaines, PUF, 2020

Dans la série, de temps en temps, il faut ouvrir un ouvrage d’un Allemand : « Le temps ou l’AUTRE existait est révolu »… « Ce ne sont pas la privation et l’interdiction, mais l’hypercommunication et la surconsommation, non pas le refoulement et la négation, mais la permissivité et l’affirmation qui la[=société] rendent malade »… « L’expulsion de l’autre met en marche un tout autre processus de destruction, à savoir celui de l’autodestruction »… « On propose en permanence aux consommateurs les films et les séries qui correspondent entièrement à leur goût, c’est à dire celles qui leur plaisent. Comme du bétail de la consommation, ils sont gavés de ce qui revient toujours à l’identique ».. « La terreur de l’identique englobe aujourd’hui tous les domaines de la vie.  On se rend partout sans faire d’expérience nulle part. On prend connaissances de tout sans acquérir une connaissance. On accumule les informations et les données sans aboutir à un savoir… »…  » Le Big data permet d’étudier les corrélations..La corrélation est la forme de savoir la plus primitive, elle n’est même pas en mesure d’étudier la relation de causalité, c’est à dire la relation entre la cause et l’effet. C’est COMME CA. La question du pourquoi est ici inutile. Rien n’est donc COMPRIS. Or savoir c’est comprendre. Big Data rend ainsi la pensée superflue. Nous nous abandonnons sans objections au c’est comme ça. »…

Julia de Funes, Le siècle des égarés. De l’errance identitaire au sentiment de soi, L’Observatoire, 2022.

Faut-il revenir sur la place de son grand père dans le cinéma français pour lire ce petit ouvrage bien fait et rassurant sur la capacité à penser des gens qui nous dirigent  ?… « à l’échelle individuelle, l’identité s’avère la plupart du temps un piège pour soi-même (…) Tentés à l’idée de croire que l’identité nous construit et nous fortifie, force est de constater qu’elle ne fait souvent que nous éloigner de nous-mêmes en nous confinant dans des emplois et des rôles. A l’échelle collective, il suffit d’un regard pour constater que les dogmatismes identitaires s’exacerbent et que l’universalisme perd de son prestige. Du temps des Lumières, l’universalisme était le chemin vers l’égalité et la liberté, il est désormais devenu, pour certaines communautés, synonyme de déni des différences et consolidation des injustices (…) En fin sur le plan théorique l’identité est un des seuls concepts à être si paradoxalement construit au point de ne mener qu’à des impasses philosophiques. Rien qu’en ouvrant le dictionnaire au mot « identité » deux acceptions contradictoires le définissent. Signifiant à la fois le même (être identique) et le différent (être spécifique), il est inévitable que toute recherche identitaire porte en elle une contradiction. »… et ça, ce n’est que le début !