guerre froide et télé

Voilà un article lu (LMD) voilà quelques jours.. Si je vous conseille vivement de le lire, c’est que d’abord il n’est pas très long, ce qui rassure toujours le lycéen en vacances, ensuite parce qu’il attire notre attention (enfin… la mienne et puis la votre) sur ce que l’on vous donne en pâture historique à la télévision… J’étais déjà circonspect face à la série Apocalypse par le côté très émotionnel du montage et du commentaire.. D’un autre côté, Matthieu Kasovitz est un grand diseur et les images étaient inédites, donc.. que ce soit pour la 1GM, la 2GM ou même sur Hitler et Staline, ça valait le coup… La dernière saison sur la guerre froide provoque cette discussion sur France Culture, rapportée ici par un journaliste LMD… Lisez et appréciez les points de vue. D’un côté un monsieur, tout à fait respectable, grand réalisateur et grand nom de la télévision française qui défend sa production, tout à fait remarquable, et de l’autre un autre monsieur (oui je sais ça manque de femmes)tout aussi respectable, historien et assez critique par rapport à certains détails qui parfois ont l’air de montagnes…L’attaque de la Corée ou la construction du mur de Berlin ne sont pas soviétiques.. Tout le monde le sait.. Que cela se fasse avec l’aval soviétique n’est pas la même chose que sur ordre de Moscou…
Cela m’amène à penser que notre Histoire se fait objet de consommation.. C’est pas tout à fait nouveau, en revanche on va nous apprendre n’importe quoi.. Et le monde d’aujourd’hui lu avec une histoire qui n’insiste que sur ce qui existe aujourd’hui, c’est comme penser que le nez a été créé pour porter les lunettes (Merci Molière) ou que nous sommes moins humains sans portable (merci Apple)…

Quand la connerie devient monnaie courante, autant revenir au troc !

A vous de vous faire votre opinion :

Ce 8 novembre 2019, l’émission « Le cours de l’histoire », sur France Culture, reçoit Isabelle Clarke et Daniel Costelle, réalisateurs de la série documentaire Apocalypse, dont France 2 diffuse alors une septième saison. En contrepoint, l’animateur a convié au micro un historien spécialiste de l’Asie et de la guerre froide, Pierre Grosser. Les discussions ne ronronnent pas longtemps. D’une voix aussi distinguée que celle de Coluche entonnant un sketch, Costelle dévoile sa thèse : « Les Soviétiques ont un impérialisme, un besoin de conquérir le monde. »

Grosser : « Cette affirmation n’est absolument pas corroborée par les archives, c’est quand même un gros problème dans votre analyse. »

Costelle : « Il n’y a pas une ligne dans ce qu’on a fait qui n’ait pas été vérifiée par un collège d’historiens ! »

Les auditeurs, habitués au chuintement feutré de la station, comprennent qu’ils ne vont pas s’ennuyer. Exaspéré par le mépris des réalisateurs pour la recherche historique, Grosser pilonne une à une les fake news diffusées en première partie de soirée par France 2 : non, on ne peut pas dire que les Soviétiques voulaient conquérir le monde dès l’armistice, car, dans ce cas, ils auraient occupé la Corée du Sud en août 1945, au moment où aucun soldat américain n’y stationnait ; non, ce n’est pas le représentant de l’URSS qui obtient du Kremlin l’autorisation d’envahir la Corée du Sud, mais Kim Il-sung qui en fait expressément la demande à Joseph Staline ; non, la crise de Cuba n’avait pas pour cause la présence de missiles américains en Turquie, mais la volonté soviétique de protéger l’île d’une nouvelle tentative d’invasion américaine ; non, les communistes n’ont pas fait reculer Français et Britanniques à Suez en 1956 ; oui, consacrer six heures à la guerre froide sans évoquer le rôle négatif des États-Unis en Amérique du Sud et en Afrique relève du tour de force.

« Je refuse toute idée qu’il puisse y avoir des choses fausses, bredouille Costelle, fou de rage, alors que l’animateur perd totalement le contrôle de l’émission. C’est quelque chose qui peut se régler peut-être même dans les tribunaux entre nos historiens et M. Grosser. » Les réalisateurs de la série entendent populariser aux frais du service public une vision très personnelle de l’après-guerre : « Il n’y a jamais eu ce qu’on appelle l’impérialisme américain. (…) Le monde américain a été sans arrêt sur la défensive. » Grosser, que son enseignement à Sciences Po rend peu suspect de sympathies bolcheviques, tente d’aligner quelques phrases, mais Costelle, au bord de l’apoplexie, disjoncte : « Les historiens communistes sont les complices du goulag ! (…) Vous êtes nul ! Son père [l’historien Alfred Grosser] était bien, mais lui c’est un nul ! »

L’effet de révélation est saisissant. À la télévision, le pouvoir de conviction d’Apocalypse repose sur la magie hypnotique des images : on croit ce qu’on voit. La radio rompt le charme et laisse paraître l’intention.

Interviewé par Ouest-France (12 novembre 2019), le réalisateur a exposé sa science du comparatisme : « Les jeunes hommes violents qui ont suivi Hitler sont les mêmes qui ont suivi Staline, ou Pol Pot. Ce sont les mêmes qui ont brûlé un centre culturel à Chanteloup-les-Vignes. » Grâce au service public de l’audiovisuel, cette vision fumeuse du XXe siècle s’impose comme vérité jusque dans les manuels scolaires. Costelle, qu’aucune fausse modestie ne bride, a prévenu : « Toute l’histoire est en train de changer. Nous sommes sûrs que notre série est une très belle série, très publique, très forte, et qu’elle touche beaucoup. » Et qu’importe le vrai pourvu qu’on ait l’audience.

Pierre Rimbert

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