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=> Essor et Déclin… Déclin mais pas « apogée ». Déclin mais pas « décadence »…
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I – la question de l’empire
Document A : Dépoussiérer les empires pour éclairer le présent, J. Burbank & F. Cooper, dans l’Atlas des empires, La Vie, Le Monde, 2019, p 8
Un empire se présente comme une vaste entité politique, expansionniste ou conservant le souvenir d’un pouvoir étendu dans l’espace, et qui maintient la distinction et la hiérarchie à mesure qu’elle incorpore de nouvelles populations : ses différents peuples sont gouvernés différemment. Ainsi, une empire ce n’est pas une communauté homogène.(…)
Les empires développent une politique d’appartenance différente de celle des Etats-Nations. Ces derniers prônent un principe d’intégration fondée sur une homogénéité illusoire et un fort rejet du contraire (…) Les empires ne sont pas contraints à l’illusion de l’homogénéité et ne sont pas tenus d’encourager l’uniformité. Ils peuvent traiter la diversité comme une réalité sans fixer de relations hiérarchiques entre les multiples populations ou faire des distinctions.
Document B : introduction de l’Atlas des empires, C. Cabé, M. Lefebvre, La Vie, Le Monde, 2019
Prison des peuples ou idéal de l’universalité géopolitique, l’empire a été tour à tour déprécié et valorisé, puis considéré comme une organisation politique dépassée. Les sociétés devant progresser de la structure impériale à celle de l’Etat-Nation pour être réellement civilisées. Pour autant, cette soif de pouvoir et d’expansion qui caractérise les empires appartient-elle définitivement au passé ? Pas si sûr. Les concepts de puissance et de domination trouvent un écho particulier dans notre XXIe siècle mondialisé. Et s’il n’existe pas à l’heure actuelle d’empire au sens politique du terme, la tentation impériale ressurgit. Le chef du Kremlin, Vladimir Poutine, souhaite redonner « la place qu’elle mérite » à la Russie, celle d’un État fort qui tient tête à l’Occident ? De même pour Recep Tayyip Erdogan, le président turc dont les ambitions régionales traduisent la nostalgie de l’empire ottoman.
II – Apogée et déclin de l’empire ottoman
introduction CARTOGRAPHIQUE
lectures à plusieurs… 4 équipes pour 4 textes sur le sujet…
Document 1 : extrait Le loup et le Léopard, Mustapha Kemal ou la mort d’un empire, J. Benoist-Mechin, Albin Michel, 1954, pp. 60-64
Situé au carrefour de trois continents, cet édifice immense couvrait une superficie de près de 3 millions de km². Il allait du Danube à l’Euphrate et de l’atlas au Caucase. Vingt races différentes et une quinzaine de religions y vivaient côte à côte.(…) De toutes les grandes villes de l’Antiquité, seules Rome et Syracuse demeuraient en dehors de son orbite.(…) La chrétienté entière tremblait devant ses armes. « Il faut parler avec respect des canons du Grand Turc » disait Maximilien d’Autriche. Sa flotte était maîtresse de Rhodes, de Chypre et des îles de la mer Egée.
Soliman le magnifique – le Louis XIV de la Turquie – qui gouvernant toutes ces terres de son palais de Topkapi à Istanbul était révéré à l’égal d’un être surnaturel (…) Ce qui nous permet de nous faire une image exacte de sa puissance, c’est le défilé militaire qu’il organisa au printemps 1526, à la veille de sa première campagne contre la Hongrie.
« Ce fut, nous dit l’ambassadeur de Charles Quint, Augier Ghiselin de Busbecq, une parade assourdissante ». Les fantassins aux chaussures clouées de bronze martelaient pesamment le sol, les escadrons de cavalerie faisaient sonner les sabots de leurs chevaux, les affûts de canon et les chariots d’approvisionnement roulaient sourdement, (…) Entouré de ses gardes du corps aux chapeau empanachés et armés de hallebardes dorées, Soliman, coiffé d’un grand turban orné de trois plumes de héron de Candie, regardait s’écouler le flot ininterrompu de ses soldats, assis sur un trône de vermeil dressé face au Bosphore (…)
Trois cents ans, seulement, s’étaient écoulés entre l’arrivée des premiers cavaliers d’Ertogrul (ancêtre des Ottomans) sur le sol de l’Anatolie et ce défilé qui remplit l’Europe d’admiration et de stupeur. Trois cents ans au cours desquels les guerriers osmanlis (=ottomans), galopant de victoire et victoire, avaient échangé l’emblème du loup gris pour la bannière du Croissant, leurs tentes de feutre noir pour des palais de marbre blanc, et l’horizon désertique de leur steppe ancestrale pour le décor raffiné et fastueux de la Corne d’Or (=Istanbul).
Document 2 : extrait Le loup et le Léopard, Mustapha Kemal ou la mort d’un empire, J. Benoist-Mechin, Albin Michel, 1954, pp. 70-71
Jusqu’en 1566, il était de règle que le souverain exerçât personnellement le commandement de l’armée. Soliman, le plus grand homme de guerre de son siècle, était mort, comme il l’avait désiré sur le champ de bataille(…) Après lui les Sultans ne se mirent qu’exceptionnellement à la tête de leurs troupes. Enfermés (…) dans la prison dorée du Sérail, isolés du monde extérieur, étroitement surveillés (….) les Sultans Ottomans étaient déjà moralement émasculés avant de monter sur le trône. La vie des camps leur paraissait grossière et fastidieuse. Ils prirent donc l’habitude de déléguer leur commandement aux Vizirs (…)
Dans cette atmosphère malsaine, les vertus militaires des Janissaires ne pouvaient que se corrompre. Leur discipline se relâcha de plus en plus, et à partir de 1600, il fallut renoncer à leur imposer le célibat. Condamnés à une oisiveté grandissante, ils dissipèrent dans la débauche et les intrigues politiques toutes les forces qu’ils ne pouvaient plus dépenser à la guerre.
Le XVIIe et le XVIIIe siècles furent ponctués par leurs révoltes sanglantes. Jadis artisan de la grandeur de l’empire, le corps des Janissaires (Yéni-Tchéri) était devenu l’instrument de son déclin.
Mahmoud II (1809-1839) dut recourir aux moyens extrêmes pour s’en débarrasser. Il fit procéder , en 1826, à leur extermination massive. Sur son ordre 7000 hommes périrent en une après-midi. Ce carnage, qui révolta les contemporains, donna au Sultan une réputation de barbarie et de férocité quine contribua pas peu à discréditer son régime. (…) En anéantissant le corps des Janissaires – au lieu de le réformer – Mahmoud II avait brisé l’épine dorsale de l’armée ottomane. Celle-ci ne se releva jamais du coup qui lui avait été porté.
Document 3 : Histoire de la Turquie, I. Tabet, L’Archipel, 2007, p 13-14
Lentement édifié au début du XIVe siècle, sur les ruines de l’État seldjoukide d’Anatolie, puis au XVe siècle sur celle de l’empire byzantin, l’empire ottoman (…) est devenu, après la prise de Constantinople en 1453, l’une des puissances majeures de l’Europe et du Moyen-Orient. Il se considère comme l’héritier légitime de deux traditions impériales à vocation universelle, celle de Rome et celle de l’islam(…)
Alors que l’empire byzantin se distinguait par la langue grecque et la religion chrétienne, et celui des califes par la langue arabe et l’islam, l’empire ottoman repose principalement sur deux piliers essentiels : le Sultan et l’armée (…) Cet empire regroupant une multitude de religions, de langues et d’ethnies, ne cherchera jamais à les turquiser, ni même à regrouper tous les Turcs. Ceux-ci y jouent certes le premier rôle, mais les autres peuples ont une place considérable. Tant que l’État est fort et prospère, la juxtaposition communautaire subsiste, mais dès qu’il s’affaiblit, elle commence à se disloquer.
Disposant de l’armée la plus puissante d’Europe jusqu’à la fin du XVIIe siècle, et après avoir constitué une menace sérieuse pour la chrétienté, l’Empire ottoman amorce sa décadence au XVIIIe siècle Accumulant un retard économique et technologique croissant par rapport à l’Europe, et faute d’avoir su s’adapter, il connaît une succession de revers qui le contraint à subir la loi de l’Occident Virtuellement condamné dès le début du XIXe siècle, seules les rivalités de puissance et les recherches d’équilibre européen prolongent son agonie. A l’instar des empires russe, allemand et austro-hongrois, il disparaît à la suite de sa défaite militaire lors de la Première Guerre mondiale. Laquelle défaite précipite une mort annoncée par les lois historiques présidant au destin des empires multinationaux.
Document 4 : Civilisation matérielle, économie et capitalisme, XVe-XVIIIe siècle, F. Braudel, t. 3, Le temps du monde, pp.402-416
L’empire ottoman a des dimensions planétaires. Qui, en Occident, n’aura célébré, pour s’en étonner et s’en inquiéter à la fois, son étendue fabuleuse ? (…) L’Empire des Habsbourg, à son apogée, est plus vaste encore, mais c’est un empire dispersé à travers le monde, coupé par d’immenses espaces maritimes. L’empire des Osmanlis, quant à lui, est d’un seul tenant ; c’est un ensemble compact de terres où l’eau intruse des mers est comme prisonnière. (…)
C’est la terre, en tout cas, qui crée le carrefour du Proche-Orient, lequel donne à l’empire turc la source vive de sa puissance, surtout après la conquête de la Syrie en 1516 et de l’Egypte en 1517, qui parachève sa grandeur. A cette époque, il est vrai, le Proche Orient n’est plus le carrefour du monde par excellence comme au temps de Byzance et des triomphes premiers de l’Islam ? Au bénéfice de l’Europe sont intervenues les découvertes de l’Amérique(1492) et de la route du Cap de Bonne Espérance (1498). Et si, trop occupée à l’ouest, l’Europe n’a pas fait face de toutes ses forces à l’empire ottoman, c’est que des obstacles décisifs se sont, comme d’eux mêmes, opposés aux conquêtes de l’islam turc.(…)
L’erreur est plus encore de ramener l’histoire économique de l’empire turc à la chronologie de sa seule histoire politique. Celle-ci est des moins sûres, si l’on en juge par les hésitations des historiens de la Turquie. Pour l’un l’empire aurait atteint son zénith politique dès 1550, durant les dernières années de Soliman le magnifique (1521-1565), pour un autre la décadence se marquerait à partir de 1648, mais cette année qui voit les traités de Westphalie et l’assassinat du sultan Ibrahim Ier est une date plus européenne encore que turque. S’il fallait absolument proposer une date, je préférerais celle de 1683, au lendemain du siège dramatique de Vienne (…) Encore une fois, la politique n’est pas sans rapport avec l’économie, et réciproquement mais la « décadence » ottomane, quand décadence il y a, n’entraîne pas aussitôt celle de son économie.(…)
A mon avis, il n’y aura eu décadence franche de l’empire turc qu’avec les premières années du XIXe siècle. S’il fallait avancer des dates un peu plus précises, nous choisirions 1800 pour l’espace balkanique , la zone la plus vivante de l’empire, celle qui fournit le gros des effectifs militaires et des impôts, mais la plus menacée ; pour l’Égypte et le Levant, peut-être le premier quart du XIXe siècle ; pour l’Anatolie, les années autour de 1830 (…)
Resterait à savoir si ce premier tiers du XIXe siècle est, ou non , la période où s’accélère le processus de la décadence ottomane sur le plan politique. Ce mot dangereux de « décadence » que les osmanologues ont trop souvent ) la bouche, met tant de facteurs en jeu qu’il brouille tout, sous prétexte de tout expliquer (…) La faiblesse qui perdit la Turquie fut, nous dit-on, son impuissance à s’adapter aux techniques belliqueuses de l’Europe. Cet échec, en tout cas, n’apparaît avec clarté que rétrospectivement (…) Le mal ou les maux qui travaillent la Turquie sont de tous ordres à la fois : l’État n’est plus obéi ; ceux qui travaillent pour lui touchent des salaires aux taux anciens, alors que monte le prix de la vie ; le stock monétaire est probablement insuffisant, en tout cas l’économie se mobilise mal. Or réformer, se défendre et, en même temps, remodeler une armée et une flotte, étaient une œuvre de longue haleine, qui eût exigé de grosses dépenses proportionnés aux dimensions d’un corps si lourd.( …)
Dans cet univers en difficulté, l’entrée triomphante de l’Europe industrialisée , agissante et insatiable, progressant sans le savoir toujours, va sonner le glas. Encore faudrait-il ( …) ne pas se fier aux dires des contemporains car l’Europe du XVIIIe siècle commençait déjà à s’abandonner aux orgueils faciles.
la MAP : MAP ottoman 161119
que vous lirez en ayant pas loin de vous :
– le corpus : corpus empire ottoman nov19
– le montage sur la dernière période : malade XIXe
Introduction 6 siècles d’histoire en perspective :


une gageure chronologique :
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